‹ Le mystère de la rédemptionChapitre 8 sur 78 · I.F: MYSlfellK DE I A IlÉDF Ml'TION · texte numérisé non relu

I.F: MYSlfellK DE I A IlÉDF Ml'TION

opéré notre rédemption par ses souffrances sur la croix ; nous sommes vraiment des rachetés (!).'•

Saint Irénée insiste, après saint Clément, sur l'idée de substitution ou de satisfaclio vicaria : Jésus-Christ nous a rachetés paf son sang ; il a donné son âme pour notre âme, sa chair pour notre chair (2).

De même, pour saint Cyprien, le Christ s'est substitué à nous : lui qui n'avait point de péché, il a souffert pour les péchés des autres (3).

L'idée de satisfaction appelle celle de sacrifice ; car le prix payé à Dieu pour nos fautes apaise son courroux, et la satisfaction, qui est une expiation pénale, devient aussi un moyen de propitiation. Nous allons trouver également cette no tion de sacrifice dans les documents déjà consultés.

l'idée de sacrifice

Notre-Seigneur, pendant sa vie terrestre, a constamment devant les yeux la pensée de sa

(1) BAENAB., Evist., V. I, 6, 7, XIV. 4-6.

(2) S. IREN., V. Adv. Haeres, c. I; P. G., VII, 1121.

(3) S. CYPEIAN., Epist., LVI, n. VI^ De Bono Patientise, VI; P. L., IV, 554. 626.

mort future, et cette mort, il la prédit bien des fois à ses disciples (1). Il la considère comme un baptême de sang, comme un calice que son Père lui a donné à boire (2) : idées qui éveillent déjà celle de sacrifice. Il se consacre lui-même, c'està-dire se voue à la mort en qualité de victime (3). «t Le verbe àvr/;(o, interprété d'après le rituel de l'Ancien Testament, signifie : « Je m'offre en sacrifice. » Maldonat déclare que tous les auteurs qu'il a pu lire donnent cette même interprétation, qui depuis est encore courante parmi les catholiques (4). »

Au moment de mourir, le Sauveur laisse de nouveau et très clairement entendre que son trépas est une immolation, un sacrifice, puisque son corps est livré pour nous, son sang versé pour nous, et que dans ce sang est conclue et sanctionnée la nouvelle alliance, de telle sorte que ce sang est non seulement le signe, mais la cause même de cette alliance o).

Les Apôtres nous diront comment ce sang a la valeur d'un sacrifice expiatoire. C'est lui, explique

a) MATTH., XVI, 21, 25, XX, 17-20, XXI, 38, XXVI. 12; MaEC. VIII. 22, 31, IX, 30-31, X, 32-35; LUC, IX, 22, 44-45, XVIII, 31-35, XX, 14-15; JOAN., X, 10-18.

(2). MATTH.. XX, 22. XXVI. 37-47; MaEC, X, 38, XIV, 34-42; Luc, XII, 50, XXII. 40-47.

(4) J. RrviÈEE, Le dogme de la Bédemption, p. 97.

(5) Luc, XXII, 19-20; I Cor., XI, 24-25. — Cf. EIVUEE. p. 93.

saint Jean, c'est ce sang qui nous purifie et nous lave de toutes nos souillures ^1;.

Le Christ s'est livré pour nous, prêche saint Paul, comme une victime de suave odeur ; il est le sacrifice pascal offert pour l'humanité (2 1. Nous reviendrons plus tard sur ce sujet.

L'épître aux Hébreux établit longuement, comme en une sorte de traité, cette divine économie du sacerdoce et du sacrifice de Jésus-Christ. Prètr* éternel, institué par Dieu, le Christ doit offrir une victime, et elle n'est pas autre que luimême. Après nous avoir rachetés, il entre dans le Saint des saints par son propre sang, lequel, plus efficace que le sang de toutes les victimes, blanchit notre âme, lave nos fautes. Offert une seule fois, ce sacrifice nous vaut une rédemption éternelle (3).

Saint Clément voit en Jésus-Christ notre pontife et notre grand prêtre, dont le sang a sauvé tous ceux qui croient et espèrent en Dieu (4).

Saint Ignace lui donne également ce titre et ce rôle de pontife suprême, ac/ufeû^fS).

L'épître de Barnabe considère la passion comme

(1) Avoc, I, 5. V, 9, VII, 14, XXII, 14.

(2) Ephes., V, 2; I Cor., V, 7. — Cf. F. PEAT, La Théologie de saint Paul, p. 283.

(3) Eel)., V, VII, VIII, IX. X.

(4) s. CLEM., Cor., XII, XXVI, LXIV.

(5) S. IGNAT., Philad., IX

un sacrifice, 'dans lequel la chair du Sauveur a été offerte en victime, e-j^tav (1).

Egalement pour saint Irénée, la mort de ésus- Ctirist est un sacrifice, figuré et préparé par l'immolation d'Isaac, sacrifice où Dieu offre son Fils unique et chéri pour notre rédemption (2).

Le sacrifice offert et accepté. Dieu nous réconcilie avec lui. Cette idée de réconciliation est dominante dans la théologie rédemptrice de saint Paul. L'œuvre de la récoHciliation est parfois attribuée par l'Apôtre, d'une manière globale, à toute la mission terrestre du Sauveur. « Dieu nous a réconciliés avec lui par le Christ..., car Dieu était dans le Christ réconciliant le monde avec lui-même et ne leur imputant pas leurs offenses f3). " Mais l'acte vraiment réconciliateur c'est la mort de Jésus-Christ sur la croix. « Alors que nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils 4\ » Le Christ, par sa mort, a renversé le mur de séparation qui mettait l'inimitié entre les Juifs et les Gentils, il les a réconciliés taus les deux avec Dieu''o).

Cette œuvre de salut e.st un acte gratuit 'de l'amour de Dieu, mais dans le plan divin elle se rattache comme condilion à la mort de Jésus-

(1) BAENAB., Epist., VII. 2. 5.

(2) S. lEEN., IV. Adv. Haeres., V, 4;; P. G., VII, 986. (Z\ II Cor., V, 18-19; Fphes., II, 4-8.

f4) Rom., Y, 10.

(5) Epheg.. II; Colas.. II.

Christ. Dieu a voulu, avec sa bonté, manifester aussi sa justice, en subordonnant notre réconciliation à une véritable expiation (1).

Saint Irénée reprendra cette belle théorie paulinienne. « Le Christ, par sa passion, nous a réconciliés avec Dieu (2-. La Chair innocente a réconcilié la chair qui étqjt retenue dans le péché et lui a rendu Tamitié divine '3). »

Cette idée, qu'il est utile de considérer à part quand il s'agit d'une élude des textes, ne demande pas à être examinée séparément dans une synthèse théolog-ique. La notion est déjà contenue dans le concept de la satisfaction et du sacrifice, qui ont pour effet de produire cette réconciliation, et dans celui de la rémission des péchés et de la restauration de l'homme, qui sont précisément la réconciliation réalisée, accomplie.

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