‹ Le mystère de Platon: Aglaophamos (volume 2)Chapitre 4 sur 22 · PRÉFACE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE IX

On comprend par \h ce que devrait être le genre du dialogue philosophique adapté au service du néocriticisme et de ses démonstrations ; il faudrait que tous les interlocuteurs s'y montrassent également intelligents et vivants, et défendissent jusqu'au bout leurs opinions. Le lecteur de la feinte dispute devrait être, comme un spectateur de drame ou de comédie, laissé libre de tirer lui-même la moralité de la fable, d'après les impressions qu'il reçoit de l'œuvre d'art, et non point soumis en esclave à la décision du penseur qui se suscite l'apparence d'un contradicteur, en ne lui prêtant que juste ce qu'il faut de iiiots pour acquiescer, ou pour préparer sa propre défaite.

Les philosophes illustres du xvn^ siècle, quand ils ont abaissé leur génie dogmatique à cette forme do démonstration, étaient dans un état d'esprit peu éloigné de celui des auteurs de catéchismes, et ne croyaient pas possible, ou, en tout cas, utile, de donner de la vraisemblance et de la vie à des discours qui n'auraient pu, suivant eux, qu'encourager l'erreur. Berkeley seul, parce qu'il vivait h un moment où la libre pensée, en Angleterre, attaquait avec animosité les croyances théologiques et se répandait beaucoup dans la classe instruite, a reproduit assez exactement, dans son Alciphron, les opinions, hostiles à la religion et au clergé, de ceux qu'il appelait les petits philosophes ; et, en les réfutant, il a bien fait sentir, à quelques endroits, la passion qui les animait, et la sienne propre, inspirée par sa foi religieuse. Dans ses Dialogues d'Hylas et de Philonoûs, œuvre d'argumentation admirable, on ne peut pas dire qu'il ait présenté et formulé, ni réfuté,

Page 1