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leur lecture élait'la confirmation du spiritualisme, tel que lui-même Fentendait.
Platon a conservé avec un arl merveilleux, dans l'examen des méthodes hostiles au socratisme, et dans l'exposition de ses propres vues, même en ce qui touche la doctrine des idées, une certaine indéterminalion excluant les formules définitives, et il a eu de grandes, de sublimes échappées de théorie sur les origines morales, la constitution intelligible du monde, l'amour, la beauté, la divinité, sans que fût prononcé nulle part dans les Dialogues le dernier mol qui aurait formé de ce vaste ensemble un édifice rationnel achevé. Ce caractère unique otfre, en la personne de Platon, un personnage à introduire hardiment en de nouveaux dialogues, et à traiter avec la même liberté que luimême a traité son maître Socrate, auquel il a prêté tant d'idées auxquelles celui-ci n'avait certainement jamais songé. Le but serait analogue, c'est-à-dire que, de même que Platon entendait développer sous cette forme les pensées qu'il avait conçues et qu'il regardait sans doute comme le fruit semé dans son génie propre par le génie de Socrate, de même un philosophe néocriticiste se proposerait aujourd'hui, s'éclairant des lumières acquises en psychologie et en métaphysique depuis Platon, de présenter sa doctrine à l'état d'achèvement, telle qu'il aurait pu la construire en restant fidèle à ses tendances générales, et en découvrant les formules définitives et les arguments d'une logique inattaquable à opposer à ses adversaires, s'il avait délivré son esprit de l'obsession de la philosophie éléatique de l'être absolu.
ivt PnéFACE
Le platonisme uinsi iiilerpri'-li', ou pour mieux direl achevé, élevi^ à l'entière rationalité de ses propres vues, et porti^ à la perfeclion de civiles qu'il a chercliées pour Ik ri^vélatîoii du monde moral, pourrait s'appeler le Mystère de Platan, et aurait de réelles analogies avec la doctrine cosmogonique et eschatologïque de la personnalité, qui s'offre dans le néocriticisme comme la conclusion des analyses entreprises pour la constitution de la croyance rationnelle. C'est le plan que M. L. Prat s'est proposé et dont il commence l'exécution dans un premier dialogue historique dont la scène est le Jardin d'Acadhnnx, au temps de la vieillesse do Platon, et les interlocuteurs, des penseurs h. vues très divergentes réunis autour de lui pour k célébration d'un certain anniversaire socratique. La controverse, largement ouverte & tous les amis de la grande mémoire, est le digne culte vnuiî à l'incomparable héros de l'argumentation. L'auteur Ta traitée avec ce haut désintéressement esthétique qui convient Ji la méthode néocriticiste, telle que nous venons de l'expliquer. Il a montré le platonisme en opposition avec les systèmes que l'esprit platonicien avait à combattre, et il a conservé k chacun des personnages mis en présence ses idées et sa physionomie propre, en s'appliquant k prêter îi chacun toute l'intelligence et toute la force possible dans le maniement des arguments favorables U sa cause. 11 a décrit de véritables conflits d'idées luttant pour l'existence. La philosophie ainsi vue dans son histoire, à des moments bien choisis, ne se forme plus seulement de systèmes, d'abstractions coordonnées, mais de drapies, d'opinions actives qui attaquent et se
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défendent avec les sentiments et les passions qui les doivent naturellement accompagner. C'est la philosophie vivante.
Les questions qui, à toute époque, dominent les autres, et déterminent leurs solutions par les leurs, aux yeux du penseur qui les reconnaît sous leurs formes changeantes, ces questions demeurant les mêmes, il est aisé de transporter dans les débats des anciens philosophes celles qui s'agitent dans les sociétés modernes. 11 ne s'agit, à vrai dire, que d'une sorte de transposition par laquelle des termes qui, à travers une suite de modifications logiques ou grammaticales, nous sont venus à la place de ceux dont l'antiquité usait pour rendre des idées pareilles aux nôtres, ou voisines, ou analogues, soient employés en des acceptions vraisemblablement acceptables pour les personnages qu'on fait parler, en des cadres de doctrines et de discussions^ avec des incidents d'où ressortent des similitudes piquantes. L'auteur du Mystère de Platon a pu, suivant cette méthode, faire discuter à des anciens la question de l'empirisme et du positivisme, en opposition avec la psychologie idéaliste a priori^ et celle de la science considérée comme l'essentiel agent de la civilisation et du bonheur, d'une manière d'autant plus intéressante qu'il les a ainsi élevées à la plus haute généralité, et que la dernière surtout, prise du point de vue de l'antiquité, s'est trouvée soustraite à des causes d'illusion qui troublent aujourd'hui le jugement des deux côtés de la controverse.
Le personnage choisi pour être l'antagoniste de Platon, dans la querelle de l'empirisme et de l'apriorisme.
XTiii PRÉFACE
est un jeun^' honinip qui fut un temps son disciple, et qui, livn? maint«*nant à des études spéciales, a pris en dégoût les spéculations philosophiques, qu'il traite d'irrationnelles et vaines en résultat, tandis qu'il voit les sci«*nces d'observation jirandir, toutes pleines de promesses pour l'utilité des hommes. Cet ardent adversaire des rêveries du vieux maître est Eudoxos de Cnide, géomètre et astronome, que l'histoire des sciences place îi un rang élevé d'inventeur <»t rattache ordinairement à l'école d(? Platon. Ici, nous le voyons traiter sans respect, pour ne rien dire de plus, les preuves de Timmortalité de l'Ame hasardées dans le Phêdon, et opposer au g(;nnî d'argumentation peu scientifique employé dans cet illustre dialogue des objections assez fortes pour obliger Platr)n k reconnaître que ses démonstrations ne sont point apodictiques, qu'elles n'ont qu'une valeur relative à la condition intellectuelle des personnes auxquelles elles s'adressent. En présence d'un esprit plus exigeant, le philosophe n'abandonne pas seulement les symboles, il va jusqu'à ne plus chercher un appui sur l'existence de l'ànie, — existence qui est déjà pour la preuve de rimmorlalilé une pétition de principe, — mais il s'élève jus(|u'à l'idée la plus générale de l'entendement et d(^ la conscience, ou personnalité, qui est en effet la condition fondamenUilc de toute connaissance. C'est au prix d(» C(»ll(» transformation du concept de l'àmc que IMalon triomphe de la méthode empiriste d'Eudoxos, (jui, pour soutenir sa cause, aurait à montrer comment (le In sensation considérée dans l'objet et dans Timage, pcMit s'engendrer l'acte de sentir. Et c'est aussi la première (l(»s transformations dont l'auteur veut nous mon-