‹ Le mystère de Platon: AglaophamosChapitre 11 sur 23 · PREFACE XVII · texte numérisé non relu

PREFACE XVII

défendent avec les sentiments et les passions qui les doivent naturellement accompagner. C'est la philosophie vivante. .

Les questions qui, à toute époque, dominent les autres, et déterminent leurs solutions par les leurs, aux yeux du penseur qui les reconnaît sous leurs formes changeantes, ces questions demeurant les mêmes, il est aisé de transporter dans les débats des anciens philosophes celles qui s'agitent dans les sociétés modernes. 11 ne s'agit, a vrai dire, que d'une sorte de transposition par laquelle des termes qui, à travers une suite de modifications logiques ou grammaticales, nous sont venus à la place de ceux dont l'antiquité usait pour rendre des idées pareilles aux nôtres, ou voisines, ou analogues, soient employés en des acceptions vraisemblablement acceptables pour lés personnages qu'on fait parler, en des cadres de doctrines et de discussions, avec des incidents d'où ressortent des similitudes piquantes. L'auteur du Mystère de Platon a pu, suivant cette méthode, faire discuter à des anciens la question de l'empirisme et du positivisme, en opposition avec la psychologie idéaliste a priori^ et celle de la science considérée comme l'essentiel agent de la civilisation et du bonheur, d'une manière d'autant plus intéressante qu'il les a ainsi élevées à la plus haute généralité, et que la dernière surtout, prise du point de vue de l'antiquité, s'est trouvée soustraite à des causes d'illusion qui troublent aujourd'hui le jugement des deux côtés de la controverse.

Le personnage choisi pour être l'antagoniste de Platon, dans la querejle de l'empirisme et de l'apriorisme.

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est un jeune homme qui fut un temps son disciple, et qui, livré maintenant à des études spéciales, a pris en dégoût les spéculations philosophiques, qu'il traite d'irrationnelles et vaines en résultat, tandis qu'il voit les sciences d'observation grandir, toutes pleines de promesses pour Futilité des hommes. Cet ardent adversaire des rêveries du vieux maître est Eudoxos de Cnide, géomètre et astronome, que l'histoire des sciences place h un rang élevé d'inventeur et rattache ordinairement à Técole de Platon. Ici, nous le voyons traiter sans respect, pour ne rien dire de plus, les preuves de l'immor- , talité de l'âme hasardées dans le Phédoa, et opposer au genre d'argumentation peu scientifique employé dans cet illustre dialogue des objections assez fortes pour obliger Platon à reconnaître que ses démonstrations ne sont point apodictiques, qu'elles n'ont qu'une valeur relative à la condition intellectuelle des personnes auxquelles elles s'adressent. En présence d'un esprit plus exigeant, le philosophe n'abandonne pas seulement les symboles, il va jusqu'à ne plus chercher un appui sur l'existence de l'âme, — existence qui est déjà pour la preuve de l'immortalité une pétition de principe, — mais il s'élève jusqu'à l'idée la plus générale de l'entendement et de la conscience, ou personnalité, qui est en effet la condition fondamentale de toute connaissance. C'est au prix de cette transformation du concept de l'âme que Platon triomphe de la méthode empiriste d'Eudoxos, qui, pour soutenir sa cause, aurait à montrer comment de la sensation considérée dans l'objet et dans l'image, peut s'engendrer l'acte de sentir. Et c'est aussi la première des transformations dont l'auteur veut nous mon-

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trer la possibilité dans le développement historique de l'esprit platonicien.

Eudoxos ne donne pas son nom à ce premier dialogue ; il en déserte la scène à un certain moment sous le coup de rindignation que lui cause l'exposition d'une doctrine théocratique, étrange, il est vrai, pour des oreilles grecques, et dont le porte-parole, que l'auteur a tenu à mettre en vedette, se pare d'un nom mythique lié aux traditions orphiques : Aglaojjhamos, Ce personnage curieusement inventé n'est pas un de ces orphéotélestes, très méprisés, que Platon a représentés [La Rép.^ 1. II) assiégeant les maisons des particuliers pour leur enseigner les moyens d'expier leurs oéchés, ou ceux de leurs parents décédés, et leur vendre à cet effet des amulettes, des indulgences, le mérite de certains sacrifices. C'est un théologien d'une tout autre portée, éloquent, inspiré, fanatique, narrateur de merveilles, un rêveur qu'à bien des traits de ses discours on prendrait pour un simple imposteur, si l'on ne le croyait plutôt fou, de ce genre de folie pour lequel on n'a pas encore inventé de nom particulier, ce qui fait que l'on confond quelquefois. Platon s'est intéressé à ce vieillard inoffensif, farouche en théorie seulement, qu'il a rencontré en Sicile et dont il a fait son hôte à Athènes. Une fois acceptée, la fiction dramatique à laquelle l'auteur a recours pour nous présenter le personnage d'Aglaophamos, se croyant ou se prétendant le prêtre d'un dieu inconnu aux Grecs, faisant remonter sa propre origine à l'âge des Héros divins, se disant en même temps venu, comme envoyé de ce dieu, d'un pays mystérieux, lointain, où il était revêtu de la suprême magistrature, il ne

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