XX PRÉFACE
faudrait pas prendre pour une hypothèse invraisemblable l'existence, en Grèce, au iv* siècle avant notre ère, d'un penseur orientalisant, plus que socratique et plus que platonicien dans l'excès de son mépris pour une démocratie ignorante, incapable de gouvernement; d'un rêveur ignoré, perdu au fond de quelque petit sanctuaire, qui aurait conçu l'idéal d'une corporation sacerdotale, semblable à celles qui chez plusieurs nations de l'Orient ont disputé l'autorité civile aux princes, différente de celles-ci seulement en ce qu'elle se guiderait exclusivement sur la justice et la sainteté pour la conduite du peuple, auquel elle assurerait le bonheur que seule peut lui donner l'entière soumission à des commandements divins.
La Grèce n'avait échappé que par une grande exception au sort commun des États où le régime théocratique fait prévaloir une notable partie de ses prétentions au gouvernement, dont cependant il ne parvient jamais à s'emparer totalement. La civilisation hellénique avait triomphé dans les guerres médiques. A une époque plus ancienne, l'esprit hellénique s'était refusé k suivre la voie commune des théocraties, voie ouverte cependant par un orphisme d'origine mal connue, que Pythagore et d'autres philosophes favorisèrent, au moins dans l'ordre spéculatif. Mais cet orphisme, qui n'avait pu se fonder comme religion de haute antiquité, tenta d'en conquérir le titre au moyen de traditions fictives et de la confection de poésies apocryphes, — c'est Platon qui nous l'apprend, — et resta, se mêlant plus ou moins à d'autres mystères, le représentant dans la Grèce d'une religion qu'on cherchait,