‹ Le mystère de Robert le DiableChapitre 25 sur 63 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

Chez Robert.

ROBERT

E ! Sire Diex, qui ne despis

ROBERT

O toi qui ne repousses pas,

LE MYSTERE DE ROBERT LEjDIABLE.

Quelque pécheur, né ne veul\ perdre Pour tant qu'a ioy se vueuille Je te mercy de la bonté [aherdre, Que m'as fait qui la voulenté As eslainte en moy de mal faire.

Certes bienyroit mon affaire Se mes subje\ povoie attraire A bien, et de leurs maux retraire; Non pour quant leur enparleray Si tost comme en mon fort venray.

Diex vous gart tou\.

LAMBIN

Dieu, le pécheur pour peu qu'il

[veuille Te revenir ; ta main m'accueille, Te dis merci de ta bonté, Et de m'avoirfait volonté De maîtriser en moi, d'éteindre La fureur qui me faisait craindre.

J'aurais droit à d'autres pardons, Si j'attirais mes compagnons Vers le bien, où me veux complaire, Et pouvais du mal les retraire.

Voici mon fort, ils y sont tous.

Dieu soit pour vous !

LAMBIN

Nostre maistre, ben vegnie\ vous ! Vous venez à point, notre maitre,

Je croy qu'estes à desjuner, De ce dîner voulez-vous être ? Et nous venons aussi dîner. Là seyez-vous.

Vene\ seoir.

ROBERT

Biaux seigneurs, voule\ oïr voir De mal faire me vueil cesser; Et pour mes pechie\ confesser M'en vueil aler au pape à Romme.

Se vous pri à tou\ que preudomme Des oresmais chascun deviengne Et que de mal faire s'abstiengne.

Repentez-vous chascun dès cy ; Et requérez à Dieu mercy Je le vous lo.

ROBERT

Beaux seigneurs, sachez entre nous Que j'en finis avec ma vie Passée, au bien va mon envie.

De mal faire je veux cesser, Et, pour mes péchés confesser, M'en aller jusqu'au Pape à Rome.

Que chacun de vous soit prud'- [homme, Je vous en prie, et désormais Se iepente comme je fais.

Je ne saurais — qu'au bien il Le louer trop. [vienne —

BOUTE-EN-COUROYE.

BOUTE-EN-COURROIE

Ave\ oy'i seigneurs, haro! Entendez-vous, seigneurs, haro!

Rourt je croy devient hermittes Renards, dit-on, se font hermites.

Maistre, sachiez que quanque dites Maître de ce que vous nous dites, Rien ne fer av. Rien ne ferai.

BRISE-GODET

BRISE-GODET

Boule en Courroie, je seray Compte pour vrai que je serai

De ton accori ; se m'aïst Diex ; De ton accord et ton entente, M' entente est d'embler plus et miex Le vol de plus en plus me tente. Que onques ne fis. J'y veux faire, je le promets,

Mieux que jamais.

RIGOLET

Si feray je, soie\ eut fis, Pour chose qui puist avenir Ne m'en pense point abstenir Jusqu'à la mort.

RIGOLET

Moi de môme, quoi qu'il advienne Ne croyez que je m'en abstienne, Jusqu'à la mort.

ROBERT

Puis que vous estes tou\ d'accort D'ainsi en mal persévérer, Diex ne vous laira point durer.

Car je, pour li, sans plus attendre Vueil de vous tou\ venjance prendre.

Toy premier aras ce lopin, Passe! et toy gis-te-là, Lambin ; Entre vous autres passerez Par mes mains, voirm'eschappere\; Ici mourre\ tout maintenant, Estre vous feray coy tenant.

C'est fait ! Or dorme\ là vos sommes

ROBERT

Ainsi vous êtes tous d'accord, Chacun dans le mal persévère, Mais Dieu va vous être sévère.

Ce mal, où vous voulez durer, Sur vous il veut le réparer, Et c'est moi, qui sans plus attendre, Vais, pour lui, sa vengeance prendre, Toi, pare moi ce coup d'estoc, Lambin ; toi résiste à ce choc, Boute-en-Courroie; à toi cet autre; Rigolet. Tous aurez le vôtre.

Par mes mains vous pairez vos torts

Des ormais sere\ preudes hommes, Il n'y ara point de deffaull.

Le feu céens bouler mefauli En l'eure, et la maison ardoir, Voire mais je regars l'avoir Qui y est grant, gaslé sera, Si qu'a nul jà bien ne fera.

Ho ! je feray miex, se je puis, A la clef l'itcil fermer cesl huis.

Or ça cy ne demourray mie, Je m'en vois à celle abbaie A l'abbé dire mon conseil, Et de l'avoir comment je vueil Qu'il en soit fait.

Sans merci. Les voilà tous morts.

C'en est fait. Dormez là vos sommes, Désormais vous serez prudhommes, Ce repaire est maudit de Dieu, Sur l'heure mettons y le feu ; Mais dedans, lors que j'y regarde , Je songe qu'il s'y trouve en garde Et grosse richesse, et grand bien, Qui seraient ainsi mis à rien.

L'or ou l'argent qui là foisonne Ne serait profit pour personne.

Je ferai donc mieux si je puis.

A la clé fermons bien cet huis Et courons jusqu'au monastère Dire à l'abbé ce qu'il faut faire De cet avoir.

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