‹ Le mystère de Robert le DiableChapitre 39 sur 63 · J8 CHEVALIER · texte numérisé non relu

J8 CHEVALIER

// est vrai\ fol\, il y pert bien Et n'est mie de ce pais,

PREMIER CHEVALIER

De l'autre, c'est déjà la prise.

Ilfautqu'unnouveaupainl'oncuise.

De la miche il s'est emparé Bon gré, mal gré.

l'empereur.

Cet homme, plus je le surveille, Me semble une étrange merveille.

Il est vrai fol, et tout à plain.

En deux il a brisé le pain, Et c'est au chien dans ce partage, Non à lui, qu'il fait l'avantage.

Qui donc est-il?

DEUXIÈME CHEVALIER

On cherche sans trouver le fil.

Il n'est pas de ce pays certe,

Mais de ce sui trop esbahis Qu'il ne parle ne qun muet ; Et je croy vraiement qu'il est Muet acertes.

L ESCUIER

Mais vèe\ merveilles apperles Du fol qui va après le chien Par tout le suit. Il l'aime bien En sonfolois.

L EMPERIERE.

Or vas après, foy que me dois, Et pren bien garde qu'il fera.

Et se le chien il suivera, Quel part qu'il voit.

l'escuier.

Sire, si Dieu grâce m'envoit, Voulentiers soieç tout certain.

Je revieng, et vous acertain, Le fol gist emprès, ce sachiez, Vostre chien qui s'est couchiez Soub% le degré.

l'emperiere.

Se tu me veulç servir a gré Osle de ci premièrement Et puis t'en va\ isnellement Et li portes cosle et cossin, Couverture et Àj. draps de lin, Pour li couschier.

Mais — cela surtout déconcerte- Il parle aussi peu qu'un muet.

Je crois qu'il l'est.

L ESCUYER

Mais voici plus étrange chose, Le fol partout court et se pose Où court et se pose le chien:

Il l'aime bien.

L EMPEREUR

Vas après, vas et le regarde, Et vois vraiment, prenant bien garde, Si, quand Louvet s'arrête ou fuit, Le folle suit.

l'escuyer.

Je vais où monseigneur souhaite, Et sa volonté sera faite.

Je reviens, sire, ayant pu voir Ce que vous désirez savoir :

J'ai vu le fol, je vous le jure, Près du chien couché sur la dure Sous le degré.

l'empereur.

Ce n'est pas un gite à mon gré, Pour lui. Prends coussins, couver- Oreillers, fais bonne mesure [ture, Enfin de tout ce qu'il faudra, Pour que le fol, sous un bon drap, Heureux s'endorme.

LESCUIER.

Treschier sire, san% plus preschicr, Si coin commande^ le fera/, Si lost que osté de ci aray ; C'est fait ; je vois san\ déporter, Au fol un lit faire porter Et puis asseç tost revenray.

Treschier sire, oe\ que diray, J'ay fait porter au fol un lit, Pour li couchier plus par délit ; Mais sachie\, sire, en vérité, Il la en sus de li bouté; De l'avoir n'a point de désir Mais le\ le chien, s'est mis jésir, En bonne foy.

l'emperiere.

A il point de fuerre, soub\ soy, Je ne menls pas ï

L ESCUYER

A vos ordres on se conforme.

Ici prendrai tout ce qu'il faut C'est fait. Qu'on le porte aussitôt Au fol, pour qu'on puisse lui faire Le meilleur lit. — Mais autre affaire:

Le fol repousse tout du pié?

Il ne veut, n'est-ce pas pitié?

Il ne veut rien pour bien s'étendre.

Un coin est tout ce qu'il veut pren- Auprès du chien, [dre

l'empereur.

A-t-il au moins, dis-le moi bien, De bonne paille.

L ESCUIER

Treschier sire, oil, un bon tas Quant je vis ce, sachiez de voir Qu'il n'ot cure de lit avoir, Du fuerre li baillay asse\ ; La dedans se sont entasse^ Li et le chien.

L ECUYER

Sire, j'en ai, vaille que vaille, Fait un tas pour le malheureux, Qui dans ce lit eut été mieux, Mais il n'a souci du bien être, Dans le tas l'ai vu disparaître Avec le chien.

l'emperiere.

Or les laissés, il sont moult bien Puis qu'ainsi est.

L EMPEREUR

Cessons, puisqu'il n'estime rien Un lit plus tendre?

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