‹ Le mystère de Robert le DiableChapitre 46 sur 63 · PREMIER CHEVALIER. PREMIER CHEVALIER · texte numérisé non relu

PREMIER CHEVALIER. PREMIER CHEVALIER

Je vous diray, Sire, son plait ; Peut-être, ayant pris pour signal

Aussi qu'avons eu bataille Aux paiens, il à la merdaille De céens si s'est combalu ; Et puet estre quil\ l'ont balu, Au mains y pert.

Le bruit que faisait la bataille, A-t-il défié la canaille, Pour la combattre à sa façon, Et reçu de quelque garçon Dans la lutte, en pleine figure, Cette blessure.

L EMPERIERE.

C'est voir, mais par Saint Philebert Qui mal li fera ne se doubte Se je le scé, qu'il ne li couste Si quil se lenra ben de rire.

Mais, or ça, qui me sara dire Qui a ce chevalier esté Qui par sa prouesce et bonté En la bataille nous a mis Au dessus de no\ ennemis ; Qui m'en dira l

Cy vient la fille muete et li monstre que c'est le fol, mais le père ne congnoist le signe ; si en demande à sa maistresse.

Je ne scé que me montres la, Fille, se Dieu s' amour me doinl ; Maistresse, congnoisse^ vous point A certes, ne save\ de fait Aux signes que ma fille fait.

Quelle veull dire.

L EMPEREUR

Soit, mais si quelqu'un désormais Lui fait mal, et si je le sais, Il n'aura pas raison de rire.

Or, ça, ne pourra-t-on me dire Quel est le vaillant inconnu, Le chevalier soudain venu Au milieu de notre détresse, Qui, par sa force et sa prouesse, En la bataille nous a mis Au-dessus de nos ennemis ?

Qu'on me l'apprenne.

Arrive la fille de l'Empereur, qui, muette, montre que c'est le fol; mais le père, ne comprenant pas le signe, en demande le sens à la maîtresse.

D'où vient ma fille? Qui l'amène Céans, à cette heure? Quel est Aussi le signe qu'elle fait?

Que montre-t-elle?

LA MAISTRESSE

LA MAITRESSE

Elle vous monstre, treschier sire, Ici, la vérité l'appelle,

Que c'est ce fol la, mau veslu Sire : vous montrer que celui

Qui pour vous s'est hu/ combat u ; Qui vainquit pour vous aujourd'hui,

Et tant a fait que Sarrasin Est ce malheureux en guenille,

Sont desconfii et mis afin Voilà ce que veut votre fille; Par sa puissance. C'est ce fol, oui.

L EMPER1ERE.

Diex vous envoit maie meschanec !

Est ce le sens dont l'escole^ ; Au lieu d'enseignicr laffole\.

Se vous n'en pense^ autrement Vous ne sere\pas longuement En cest estât, qu'il ne vous couste ; Comment tendroit un fol la rote Des chevaliers en une guerre, Quil en péust lonneur acquerre Par dessus tou\ }

ije CHEVALIER.

L EMPEREUR

Ce chevalier ce serait lui!

Vraiment, ma fille à votre école Au lieu de s'instruire s'affole, Maîtresse. Il peut vous en coûter De lui laisser ainsi gâter L'entendement. A vous en croire Donc, à ce fol revient la gloire De la bataille d'aujourd'hui, Où le payen a si bien fui !

Fols ne font pas si bonne guerre.

Ne croyezque l'honneur s'acquière Par telles gens.

DEUXIÈME CHEVALIER

Il ne fault pas qu'il soit estôuç, Non, mais par hommes diligens,

Mais qu'il soilhoms plain de savoir, Dont l'esprit sainement travaille, Qui veult sur tou\ lonneur avoir Et qui puissent dans la bataille Dune bataille. Mettre, pour l'honneur en avoir,

Bras et savoir.

L EMPERIERE.

Vous dites vérité san% faille ; Il y fault bien sens et prouesce

L'EMPEREUR

Il y faut bon sens et prouesse.

Allez vous en, allez, maîtresse,

R'ale\ vous eut, rale\, maistresse, Et ma fille aussi remmenez,

El ma fille aussi renmenc; Et surtout mieux l'endoctrinez.

El autrement ïendottrinc-. Vrai, c'est merveille, que ces fem- Seigneurs , merveille est de ees [mes,

[femmes, Elles semblent très sages dames,

//- sont toutes tressages dames, Mais, soit la lune, soit le vent,

Mais a lafoi% sont si lunages On s'aperçoit le plus souvent

Que vous verrez que les plussages Que> fut-ce même la plus sage,

Sont les plus niées. Aucune sous son bavardage

N'a l'esprit sain.

l'escuier a l'Emperiere. L ecuyer.

Ve\ ci le vin et les espices Voici les éPices> le vin

Que demandé des ores ave; ; Que vous désirez qu'on vous serve, S'il vousplaist ains que vous huve\, Vin de réserve.

Prene\ ici

L EMPERIERE.

Voulentiers ça, je pren ce cy

Avant du vin.

L EMPEREUR

D'abord, pour mieux faire à mon

Ceci prendrai.

[gré,

L ESCUIER

Vc\ le cy cler et net cl fin Comme de bouche.

L ECUYER

C'est, voyez sa couleur vermeille.

Vin de bouche à faire merveille.

Eut-on jamais rien de plus fin Qu'un pareil vin.

L EMPERIERE.

// est bon et net san% reprouche, Ne scé combien il fu cuve%.

Avant, seigneurs, avant buve; Aussi iresiou\.

L EMPEREUR

Il est sans reproche, et d'un âge Tel qu'on l'ignore. Allons, courage.

Buvez, car sans vous je ne bois Ce vin de choix.

PREMIER CHEVALIER

Treschicr sire, si ferons nous, Puis qu'avec beu.

PREMIER CHEVALIER

Soit, et de très grand cœur cher Vous n'aurez pas aie redire. ; sire, Puisque vous bûtes avant nous, Nous boirons tous.

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