SCÈNE V A l'Abbaye
BOUTE-EN-COURROVE.
Maisirc, sachic\, ve\-là li abbes, Bien le conçnois.
ROBERT
C'est bien; a li parler m'en vois Dans abbes, ci-dedan^ entre\ Et vostre trésor me montre^ Appertement.
LE MOINE
Vous qui voule\ si fièrement Le trésor de céens véoir, Qui estes-vous ï Dites me voir, Que je le sache.
Avant, avant, l'espée sache Brise-Godet, et si l'en donnes Si grant cop que tu le méstonnes Tout mort icy.
L ABBE
BOUTE-EN-COURROIE
Voici le seigneur abbé, maitre, Je le connais.
ROBERT
Qui doit lui parler? Moi.J'yvais.
{Parlant à l'abbé.) Rentrez, abbé, que l'on me montre Vos biens, c'est mon vœu. Qui va
Fait follement. [contre
LE MOINE
Vous qui voulez si fièrement Voir, sans que rien ne vous retarde, Ce que dans ce couvent on garde, Dites-moi — c'est le moins je Vos noms, vos droits, [crois —
ROBERT
Brise-Godet, tu vas répondre :
Donne un coup d'estoc qui l'efFon- Qui de pareils mots a le tort [dre. Cherche sa mort.
l'abbé.
Non, sire, non; pour Dieu merci! Pour une parole échappée
Coustel n'espée ne sachiez ; Grâce. Éloignez-moi cette épée.
Bonnement partout ce sachic^, Dans ce cloitre de bout en bout Vous menray à mont et à val. Vous verrez tout.
Mais que vous ne nous facie\ mal.
Je vous en pri.
Or, nous menés donc san\ detri
Véoir vostre trésor, or sus, Avant que nous vous corons sus.
Je le conseil.
ROBERT
C'est le trésor seul qui m'importe, Sans délai que l'on me l'apporte, Ou je vais, en cas de refus, Vous courir sus.
L ABBE
Certes je l'accors et le vueil.
Vene\, seigneurs, puis qu'il vous Vostre voulentè sera faille, [haitte Or ça, ve\-ci noslre trésor.
Ve^-ci premièrement draps d'or, Ve\-ci chasubles et tuniques, Ve\-ei d'autres part no\ reliques Qui sont dignes et glorieuses, D'or et de pierres précieuses Comme vous vèe\ aournées.
Certes, maintes belles journées Ceulx qui telles ouvrages font, Pour les mestre en l'estat quil\ sont Y ont mis ; ce sachiez de voir Et ont gangnié de grant avoir, Ce n'est pas double.
ROBERT
L ABBE
Puisque votre honneur le souhaite Sa volonté soit satisfaite.
Le voici donc notre trésor :
Premièrement ce sont draps d'or; Voici chasubles et tuniques; D'autre part voici nos reliques, Dignes qu'on les vienne adorer.
Voyez, nous les finies parer, Comme saintes et glorieuses, D'or pur et pierres précieuses.
Il a fallu pour y pourvoir Et grand travail, et grand avoir Ce n'est pas doute.
ROBERT
Moine, or cnlens et si m'escoule : Assez, moine, entends, et m'écoute.
Dy me voir; qua-t-il en ce coffre \ Pourquoi ne me montres-tu pas
Tu ne m'en fais né compte n'offre, Ce coffre, que je vois là-bas i - Que veult-ce dire ï Tu vas le dire.
.!■; MYS'l ERE DE ROBER l LE l>lAliI
l'abbé.
L ABBE
// sert que nous y mêlions, sire, Ce coffre renferme, messire, Les choses estranges, san? faille, Ce que — dépôt sacré pour nous, Qu'a garder souvent on nous baille Et que nous gardons contre tous, — De bonne foy. Ce que du dehors on confie
A notre honneur, à notre vie, A notre foi.
ROBERT
Tu le di\, mais se je ne voy Tout en l'eure qu'il a dedans, Je ne seray pas bien conlens De loy san^ faille.
LE MOINE
D'y véoir, sire, ne vous chaille, Puis qu'il n'y a du nostre riens ; Car, sachiez, s'ily a nul\ biens, Ils sont cslrano-es.
ROBERT
Est-ce bien vrai? J'en doute, moi.
Moine, allons, c'est trop longtemps
[feindre Obéis, ou tu peux tout craindre Je t'avertis.
LE MOINE
Là, rien, sire, je le redis N'est à nous, parles saints apôtres, Tout est à d'autres.
BRISE-GODET
Vas, si te lais et ne chalanges De monseigneur la voulcnlé ; Ou telle chose en vérité Sur ceste teste sentiras De quoy jà Dieu ne loeras.
Ne dy mol non.
l'abbé.
Mon chier ami, pour le Dieu nom, Pardonne^ li s'il a mespris,
BRISE-GODET
N'attends pas qu'il soit irrité.
Va, fais selon sa volonté, Moine, ou je vois ce qu'il t'apprête, Crains pour ta tète.
L ABBE
Il n'est pas de sens bien appris, Et peut s'être aisément mépris.
iS
// n'est pas de sens moull apris.
Chier sire, je vous ouverray Ce coffre et si vous monsterray Qu'il y a sire.
ROBERT
Ve\-ci un scie scellé de cire, Qu'est-ce dedans l sont-ce deniers J'oins miex ci eslre qu'es greniers Au blé n'a l'aveine d'assc\.
Seigneurs vous tou\ avant passe\, En bcsons;ne vous convient mettre San% plus longuement ici eslre Brise-Godet pren les premiers Ces joiaux, et toy ces deniers Lambin, cl toy Boule-en-Couroye Levés toute cette monnoye ; Et toy ces joiaux, Rigolel, Pren avecqu.es Brise-Godet Rien n'y laissieç.
LAMBIN
C'est fait, maistre ; devant issie\, Nous vous suiverons, pié à pic.
Moines, de vous n'ay point pitié, Ceci emport.
Au nom de Dieu qu'on lui pardonne S'il n'est pas prudente personne.
Ce coffre donc, on l'ouvrira, Et ce qu'il contient on pourra Le voir, messire.
ROBERT
Quel est ce sac scellé de cire, Qu'y trouve-t-on .- Sont-ce deniers?
Cloîtres ne sont pas des greniers. Décidément, beau sire moine, Ce qu'on y prend vaut mieux qu'a- Allons, c'est s'arrêter assez, [voine.
Tous, l'un après l'autre, passez.
Que l'on se fâche ou que l'on grogne . Vite, mettez-vous en besogne :
Brise-Godet, prends les premiers De ces joyaux, toi les deniers, Lambin, et toi, Boute-en-Courroie, Enlève-nous cette monnoie, Et toi ces bijoux, Rigolet, Prends ainsi que Brise-Godet.
Que rien ne reste.
LAMBIN
Vous pouvez partir vif et leste, Nous vous suivronstous pied àpied.
Moines, de vous je n'ai pitié.
Et tout j'emporte.