CANE
Cela ne sera pas tant que vive Roland. Il n'y a pas un tel guerrier jusqu'en Orient.
Son compagnon Olivierestaussi très vaillant Les douze pairs, que Charlemagne aime tant, font l'avant-garde avec vingt mille Français. Charlemagne est en sécurité : il ne craint homme vivant.
MARSILE
• Beau sire Gane, j'ai telle gent que vous n'en verriez pas de plus belle. Je puis avoir quatre cent mille chevaliers; je puis bien me combattre avec Charlemagne et les Français.
Ce ne sera pas pour cette fois. De vos raahométans, vous auriez grande perte.
Laissez la foUe, tenez-vous à la sagesse.
Donnez à l'empereur tant de richesses qu'il n'y a .pas de Français qui ne s'en émerveille, plus vingt otages que vous lui enverrez. L*empereur retournera en douce France. Il laissera derrière soi son arrière*
fçarde.Son neveu y sera, j'imagine, le comte Koland et Olivier le brave, le courtois.
Les deux comtes sont morts, si Ton m'en croit. Charlemagne verra son grand orgueil tomber. Il n*aura plus jamais désir de vous faire la guerre.
MARSILE
Beau sire Gane, comment pourrai-je tuer Roland?
GAiXE
Je saurai bien vous le dire. Charlemagne sera aux défilés faciles de Size. Il aura mis derrière soi son arrière-garde. Son neveu, le comte Roland, le puissant, y sera, et aussi Olivier, en qui il se fie tellement. Ils auront dans leur troupe vingt mille Français. De vos mahométans, envoyez leur cent mille, qui leur livreront une première bataille. Les Français seront affaiblis et blessés. Je ne dis pas que des vôtres il n'y ait grand martyre. Livrez aux Français une seconde bataille. Roland n'échappera pas de Tune ou de l'autre. Vous aurez. fait un bel exploit; vous n'aurez plus de guerre de toute votre vie.
S'il se pouvait faire que Roland y fût
mort, Charlemagne perdrait le bras droit du corps. Ce serait la fin des merveilleuses armées. Charlemagne ne pourrait plus réunir de telles forces. La grande-terre (la France) iiesterait tranquille.
Ici, le roi Marslle devra embrasser Gane.
MARSILE
Il n'est pas bon conseiller celui dont on ne s'est pas assuré. Jurez la mort de Roland, s'il est à l'arrière-garde.
GANE
Qu'il en soit comme il vous plaît : je jure sur les reliques insérées dans la garde de mon épée Murgleis,
Alors, on apportera au roi Marsde le livre appelé ('orariy où est écrite la loi de Mahomet et sur lequel il devra faire son serment,
MARSILE
Ri, à l'arrière-garde, je trouve la personne de Roland, je le combattrai avec toute mon armée et, si je le peux, il y mourra cer- Uiinement^.
GANE
Bénie soit votre résolution.
Alors, entrera la femme du roi Marslle. — Cette apparition pourra être supprimée.
LA REINE BRAMIMONDE
Je VOUS aime beaucoup, sire Gane ; car mon seigneur et tous ses hommes vous prisent. A votre femme, je veux ptFrir deux bracelets où il y a tant d'or, d'améthystes et de jacinthes qu'ils valent plus que tout l'avoir de Rome. Votre empereur n'en eut jamais d'aussi précieux.
Gane devra prendre les bracelets et il les fourrera dans sa hotte.
Le roi Marsile appellera son trésorier Manduit.
MARSILE
Les présents pour Charlemagne sont-ilpréparés ?
mauduit
Oui, Sire ; très bien. Sept cents cha meaux chargés d'or et d'argent, et vingt otages des plus nobles sous le ciel.
Le roi Marsile tiendra le comte Gane par l'épaule,
MARSILE
Tu es très brave et très sage. Au nom de cette religion que vous tenez pour la plus salutaire, gardez de changer de résolution à notre égard. De mon avoir, je veux vous donner une masse: dix mulets chargés du
plus fin or d'Arabie, et il n'y aura pas d'année que je ne vous en fasse autant. Tenez, voici les clés de cette grande ville de Saragosse. Présentez le grand trésor à Charlemagne. Puis, faites-moi placer Roland à l'arrière-garde. Si je puis le trouver aux défilés ou dans les passes, je lui livrerai une bataille à mort.
GANE
Il m'est avis que je tarde trop.
Ganelon devra partir.
Alors, douze émirs musulmans viennent jurer sur le Coran de combattre Roland à mort (1).
LE MAITRE DU JEU
Ils vont s'armer dans une sapinière pour attaquer les douze pairs de France. Dieu!
quel malheur que les Français l'ignorent!