AU CAMP DE CHARLEMA6NE
PRÉLUDE
Avant le lever du rideaiL
LE MAITRE 1)[J JEU
Vemperew^ Charlemagne attend des nouvelles de Gane et le tribut du grand pays d'Espagne,
Il s'est levé de bon matin. Il a entendu messe et matines. Il va s'asseoir devant sa tente, Roland y sera et Olivier aussi, le duc Nayme et beaucoup d' attires,
Gane va arriver, le félon, le parjure.
Alorii le rideau est levé.
AD CAMP DE CHARLEMAeNE
(Comme au premier tableau.)
GANE
Salut, au nom de Dieu! Je vous apporte les clés de Saragosse. Je vous amène aussi de grands trésors et vingt otages; faites-les bien garder. Vous ne devez pas blâmer Marsile au sujet de son oncle le calife ; car, de mes yeux, j'ai vu trois cent mille soldats, vêtus de leurs armures et coiffés de leurs casques; ceints de leurs épées au pommeau d*or niellé, qui l'ont suivi jusqu'à la mer. Ils quittaient Marsile à cause de la foi chrétienne qu'ils ne veulent ni recevoir, ni garder.
Avant qu'ils eussent cinglé quatre lieues, ils furent accueillis par le vent et la tempête ils y sont noyés. Vous ne les verrez plus.
Si le calife eût vécu, je l'amenais.
Quant au roi musulman, croyez-le vraiment, vous ne verrez pas le premier mois passer qu'il ne vous suive au royaume de France. II recevra la foi que nous gardons.
Il sera votre vassal. Les mains jointes, il recevra de vous le royaume d'Espagne.
CHARLEMAGNE
Grâces en soient rendues à Dieu! Vous avez bien fait mon message. Vous en aurez grande récompense.
Ma guerre est finie. F-ites sonner les mille clairons. Que les Français lèvent le camp; qu'ils fassent charger les bêtes de somme. Vers la douce France que tous s'acheminent.
Alors, les clairons devront faire entendre la sonnerie pour préparer le départ.
CHARLEMAGNE
Seigneurs barons, voyez les défilés et les étroits passages. Or, choisissez qui sera à l'arrière-garde.
GANE
Roland, mon beau fils. Vous n'avez pas baron d'un aussi grand courage.
CHARLEMAGNE
Vous êtes le diable vivant. Une rage de
mort vous est entrée au cœur. Et qui sera devant moi en avant-garde?
GANE
Ogier des Ardennes (1). Vous n'avez pas de baron qui le fasse mieux que lui.
ROLAND
Seigneur beau-père, je dois bien vous aimer ; vous m'avez fait choisir pourrarrièregarde. Charlemagne, le roi de France, n'y perdra, à mon escient, ni palefroi, ni cheval d.e combat, ni mule, ni mulet qu'on puisse monter; il n'y perdra ni un roussin, ni une bête de somme qui ne soit auparavant chèrement payée à l'épée.
GANE
Vous dites vrai; je le sais bien.
ROLAND
Ah I traître I mauvais homme et de mauvaise race! Tu croyais que le gant me tomberait à terre comme à toi devant Charlemagne.
A Chademmjne :
Donnez-moi l'arc que vous tenez au poing.
On ne me reprochera pas, à mon escient,
(l) On dit le plus souvent : Oi^ier de Danemark.
que je le laisse tomber, comme fit Gaue quand il reçut le bâton dans sa main droite.
loi, Charlemagne baissera la tête: il devra tirer sa barbe et tordre sa moustache.
LE DUC NAYME
Vous l'avez entendu; le preux Roland est très irrité. L'arrière-garde lui a été adjugée. Vous n'avez pas de baron qui la prenne à sa place. Donnez-lui Tare que tous avez tendu et trouvez-lui des gens qui l'aident bien.
AlorSy Charlemagne donnera l'arc à Roland qui devra le recevoir.
CHARLEMAGNE
Beau sire neveu, sachez-le bien. Je vous donnerai la moitié de mon armée; retenezla; c'est votre sauvegarde.
ROLAND
Je n'en ferai rien. Dieu me confonde, si je déments ma race! je retiendrai seulement vingt mille Français bien vaillants. Passez les défilés en toute sécurité. Ne craignez aucun homme, moi vivant.
l'archevêque turpin Par ma tête, j'irai.