GAUTIER DE LUZ
Et moi avec vous. Je suis Thomine de Roland, je ne dois pas Tabandonner.
Alors, Charlemagne devra partir par le côté de sa fjauche. Au moment qu'il s'apprêtera à sortir, les clairons devront jouer avec entrain un air de marche connu de tous.
L'archevêque, Olivier, les autres pairs de France et Gautier de Luz resteront avec Roland, qui parlera à Gautier de Luz :
ROLAND
Prenez mille Français de France, notre terre : occupez les défilés et les hauteurs; que l'empereur n'y perde aucun des siens.
(ÎALTIER DE LUZ
Pour vous, je dois le bien faire. Avec mille Français de France, notre terre, je fouillerai les défilés et les hauteurs. Pour n'importe quelle mauvaise nouvelle, je n'en descendrai avant que sept cents épées aient été tirées au clair.
Gautier de Luz sortira par le même côté qu'est parti Charlemagne.
OLIVIER
Sire compagnon, je crois que nous pourrons avoir bataille avec les Sarrazins*
ROLAM)
El que Dieu nous Taccprcle! Nous devons bien tenir ici pour Chariemagne. Pour son seigneur, on doit souffrir détresse, endurer grand froid et grand chaud : On doit perdre de son poil et de sa peau. Il faut que chacun s'y emploie à frapper de grands coups, afin . qu'on ne soit pas chansonné dans de mauvaises chansons. Les infidèles ont le tort et les chrétiens ont le droit. Mauvais exemple ne viendra jamais de moi !
Pendant ce temps y Olivier aura écouté attentivement du côté de l'Espagne,
OMVIER
Du côté de l'Espagne quel bruit j'entends venir! Ceux-ci vont attaquer nos Français avec grande fureur. Gane le savait, le félon, le traître, quand il nous fit choisir par l'empereur.
ROLAND
Tais-toi, Olivier; c'est mon beau-père. Je ne veux pas que tu en sonnes mot.
Olivier devra monter sur un tertre, d'où il découvre le royaume d'Espagne. Puis il en descendra,
OLIVIER
J'ai VU tant de ces infidèles! Jamais
homme n'en vit davantage sur la terre' Ils sont cent mille devant nous,|bouclier!
au cou, casques lacés, -blanches armures| lances dressées, bruns épieux luisants. Vour aurez bataille, comme il n'en fut jamais df telle.. Seigneurs français, que Dieu voul donne du courage ! Tenez le champ poul que nous ne soyons pas vaincusl '
TOUS LES FRANÇAIS
Malédiction à qui s'enfuit !
l'un des français Pour mourir, aucun ne vous fera défauti
i)LmER I
Les Sarraziûs sont en grande force. Da nos Français, il me parait que nous avons bien peu. Compagnon Roland, sonnez votra cor. Charlemagne nous entendra; il ramènerJ
l'armée.
J'agirais comme un fou. En douce France, 1 je perdrais ma réputation. Je frapperaiB sans cesser de grands coups de mon épée |
MUS cesser ae grattas coups de mon épée Durandal. La lame en sera ensanglantée, jnsqn'» la garde d'or. Les traîtres Sarrazina sont venus aux défilés pour leur malheur.
Je vous le guranlis, tons sont jugés à mon.
OLIVIER
Compagnon Roland, sonnez votre cor; Charlemagne entendra, il fera revenir l'armée : l'empereur et ses barons nous secourront.
ROLAND
Ne plaise à Dieu qu'il puisse être dit par aucun homme vivant que j'aie sonné le cor pour des infidèles : mes parents ne recevront pas ce reproche. Quand je serai dans la grande bataille, je frapperai mille et sept cents coups. Vous verrez l'acier de Durandal ensanglanté. Les Français sont bons; ils frapperont vaillamment. Les Sarrazins d'Espagne n'auront pas de garantie contre la mort.
OLIVIER
Je ne sais pas ce qu'on pourrait blâmer.
Je les ai vus, les Sarrazins d'Espagne. Les vallées et les montagnes en sont couvertes, et les landes et toutes les plaines. Grande est l'armée de cette gent étrangère; nous n'avons qu'une petite troupe.
Mon ardeur en est plus grande. Ne plaise à Dieu et à ses saints anges que, pour moi,
la France perde de son renom. J*aime mieux mourir que d'être atteint par cette honte.
L'empereur nous aime parce que nous frappons bien.
LE MAITRE DE JEU
Roland est brave et Olivier est sage. Ils ont tous deux un merveilleux courage. Dès qu'ils seront à cheval et en armes, ils n'esquiveront pas la bataille par crainte de mourir. Les deux comtes sont bons et leur parole altière.
Les infidèles Sarrazins chevauchent avec rage.
OLIVIER
Roland, voyez un peu. Les voilà près de nous; mais Charlemagne est déjà trop loin.
Vous n'avez pas consenti à sonner votre cor. Charlemagne serait là; nous ne serions pas en détresse. Regardez là-haut, par les.
défilés : c'est une triste arrière-garde à voir que la nôtre. Qui l'aura faite, jamais n^en fera d'autre !
ROLAND
Ne dites pas ces paroles outrées. Maudit soit le cœur qui devient couard, qui tremble dans le sein ! Nous resterons fermes en
place. C'est de nous que viendront les coups et le carnage.
Mon compagnon, ne dis plus ces choseslà. L'empereur, qui nous laissa des Français, en mit à part ces vingt mille. A son escient, il n'y en a pas un lâche. Pour son seigneur, on doit souffrir de grands maux, endurer et grands froids et fortes chaleurs. On doit y perdre du sang et de la chair. Frappe de ta lance et moi de Durandal, ma bonne épée, que l'empereur me donna. Et si j'y meurs, celui qui l'aura pourra dire qu'elle fut à un noble chevalier.
Alors V archevêque Turpin devra monter sur le tertre pour parler aux Français :
l'archevêque turpin
Seigneurs barons, Charlemagne nous a laissés ici. Pour notre roi, nous devons bien mourir. Aidez à soutenir la chrétienté. Vous aurez bataille; vous en êtes tous sûrs, car de vos yeux vous voyez les Sarrazins\ Criez votre : « C^est ma faute. » Demandez pardon à Dieu; je vous absoudrai pour guérir vos âmes. Si vous mourez, vous serez de saints martyrs; vous irez siéger au plus haut du Paradis,
Tous les Français devront se mettre à genoux et Us diront : ME A CULPA.