UN PAÏEN
Non. Taisez-vous.
C’est devant nos grands dieux qu’il faut être à genoux.
LE MARAICHER
Vos dieux ! mais le mépris jusques à mon front monte. Vos dieux !
LES PAÏENS
Oui ! nos grands dieux !
LE MARAICHER
Ils font rougir de honte.
Nos vierges devant eux doivent craindre et trembler. Quel père, quel époux voudraient leur ressembler ?
les païens, menaçant .
A mort !
(. Les soldais séparent les païens des chrétiens et se mettent entre eux,)
PROCULUS
Je ne veux pas d’émeute en cette ville.
(A Eutrope.)
Voilà ce que tu fais d’une troupe incivile.
(Aux chrétiens .)
Qu’est donc pour vous des lois l’auguste majesté ?
UN CORROYER
A notre évêque saint rendez la liberté.
PROCULUS
Qu’il renonce à son Christ !
LES CHRÉTIENS
Jamais !
PROCULUS
Alors qu’il meure !
UN MARAICHER
Noux voulons qu’avec nous notre évêque demeure.
PROCULUS
La force est à la loi.
UN CORROYER
La justice est à Dieu.
proculus, aux chrétiens.
Eloignez-vous.
LES CHRÉTIENS
Non ! non ! nous restons dans ce lieu.
Tous, nous le défendrons.
( Ils veulent se grouper autour d' Eutrope et d'Eustelle. Les soldats les repoussent. C'est une mêlée.)
eutrope, aux chrétiens.
Calmez votre colère.
Aux volontés du ciel je ne veux pas déplaire.
Pour nourrir l’homme il faut que le grain soit broyé.
Je suis le grain du Christ, pour lui sacrifié Par la dent des lions, par le fer ou la flamme, Succomber comme vous, mon Dieu, je le réclame.
le centurion, bas à Proculus.
Cet Eutrope s’est fait l’ami des corroyers ;
Pour le sauver, ils s’uniront aux maraîchers.
eustelle, aux genoux d' Eutrope.
Père, bénissez-moi.
proculus, hors de lui , relevant violemment Eustelle.
Que dis-tu ? mot indigne !
Renoncer à ton père est une insulte insigne.
(Il repousse Eustelle , fait quelques pas, puis s' approchant du bourreau.)
Il nous faut le frapper sans rendre aucun arrêt.
EUTROPE
A boire le calice, ô mon Dieu ! je suis prêt.
proculus, aux soldais.
Dans sa demeure obscure, en lui laissant ses chaînes, Qu’il soit abandonné !
[Aux chrétiens !)
Vous, quittez les Arènes.
( Les chrétiens sortent , poussés par les soldais.)