‹ Le mystère de Sainte Eustelle, vierge et martyre, patronne de la jeunesse chrétienne; drame en trois actes en versChapitre 42 sur 46 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

EUSTELLE, FLORA FLORA

Eustelle !

EUSTELLE

Mon amie.

FLORA

Ah ! j’ai peur ! Ah ! je tremble !

C’est le monde ettonChristquime troublentensemble... On dirait que mon cœur est percé de ses traits.

EUSTELLE

T’aurait-il fait sentir ses aimables attraits ?

Je l’ignore. Parfois de son nom je l’appelle.

Puis je le fuis soudain, violente et rebelle.

Je voudrais le connaître et redoute sa voix.

Il me pousse à l’autel, mais il est sur la croix.

De moi s’il voulait trop quand je sens qu’il m’attire ? L’aimer ! oui ! je le puis, mais non jusqu’au martyre.

EUSTELLE

Tôt ou tard il viendra te demander pourquoi,

Quand il est ton Auteur, le monde fut ta loi.

FLORA

Je suis trop jeune fleur pour être moissonnée,

Et pour mourir avant la fin de ma journée !

EUSTELLE

La vie est une épreuve ; en abrégeant le jour,

La fleur s’ouvre plutôt dans l’éternel séjour.

Calculer avec Dieu, c’est souffrir et non vivre ;

Il nous faut tout quitter pour l’aimer et le suivre.

„ FLORA

Je voulais te prier d’obéir à César.

Par Eutrope, au Sauveur j’appartiens, c’est trop tard. Sur mon front a coulé l’eau pure du baptême,

De l’Esprit j’ai reçu les dons par le saint Chrême ; Eutrope m’a donné le Sauveur de sa main,

Et des anges ma lèvre a recueilli le pain.

[Comme en extase.)

O mystères sacrés, feu d’amour qui m’enflamme,

O cet appel brûlant qui s’élève en mon âme !

O rayon lumineux qui sur mon front a lui !

O l’unique désir de ne penser qu’à lui !

(Elle reste un moment silencieuse , les yeux levés au ciel.)

Je voudrais d’un seul mot exprimer ma tendresse,

Me consumer d’un coup dans l’ardeur qui me presse ; Mais qu’est un mot humain devant l’Etre infini ? Qu’est l’amour quand Jésus à l’âme s’est uni ?

L’âme et Dieu ! le soleil de ses feux étincelle ;

Le cristal au rayon ne prend qu’une parcelle !

L’âme et Dieu ! L’océan reçoit la goutte d’eau Sans agrandir sa vague et changer son niveau !

L’âme et Dieu ! D’un côté le tout qui m’a ravie ;

De l’autre le néant qui marche vers la vie.

( Eusielle reste recueillie dans ses pensées.)

L’âme et Dieu ! Non jamais mon esprit n’a songé Aux abîmes profonds où ton cœur est plongé.

Tu n’es plus de la terre en parlant de la sorte.

eustelle, revenant à elle-même .

Oh non ! je suis du ciel où mon amour m’emporte,

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