XXII PREFACE
lité. Il nous impressionnera comme ces personnages de bas-reliefs qui, par la tête et les épaules, jaillissent hors du marbre, mais dont Téchine reste prise aux veines dans la matière fatale.
Flaubert a détaché de l'esprit les formes. Salammbô aime avec des raisons de femme, pour la griserie d'un sentiment. Elle se glisse jusque la tente de Mathô afin de paraître noble devant l'amour de Tanit, afin de jouer, devant sa conscience, un rôle qu'elle admirera. Puis, l'homme Tayant prise, elle se donne à lui jusqu'à en mourir, malgré sa fierté de caste. Et pas un instant le doute ne s'impose de savoir si la déesse mène la vierge aimée du serpent. Le frisson des dieux tressaille en elle. Elle semble une main de Tanit, une main qui va reprendre fatalement le Zaïmph dérobé, pour le suspendre aux points de ce sanctuaire en voûte courbée sur du vide, sur l'Espace.
Ni plaisir, ni douleur, ni sympathie, ni antipathie, ne caractérisent les mouvements d'âme dont nous afî'ecte le récit du créateur. Si l'ensemble des descriptions, si la magnificence du style, si le geste de l'armée mercenaire, si la