‹ Le mystère des foules (volume 2)Chapitre 18 sur 28 · PREFACE XXIII · texte numérisé non relu

PREFACE XXIII

vérité des impulsions morales conseillant le peuple assiégé, si la colère du barbare, l'ambition du suffète et la haine envieuse des marchands ligués contre le génie d'Hamilcar flattent notre sens de la beauté, s'ils marquent une minute de calme délicieux pour l'imagination qui s'étire, afin d'embrasser en son regard l'étendue lumineuse du tableau, il y a, d'autre part, la malice de l'histoire où se démène madame Bovary, et la dérision qu'elle inflige à notre jugement. Bouvard avec Pécuchet sautillent à la face de saint Antoine, gnomes ridicules et pédants. Carthage et Yonville composent l'antithèse d'un voisinage que resserrent les siècles courts. Le même sourire que mime le saint Jean-Baptiste du Vinci surprend notre méditation. L'œuvre de Flaubert, comme l'équivoque personnage du peintre, appelle la somme des pensées humaines, pour rire avec une raison mystérieuse de leur grandiose envergure. Tant nous nous complaisons à sentir l'immensité de l'esprit, que la peine de l'apprendre inférieur à l'Inconnu, ne dissipe point la joie de cette plaisance.

Dans l'âme de Flaubert, il y a plus que de

Page 1