PREFACE IX
L'émotion esthétique serait celle-là,
La douleur et le plaisir, plutôt l'inquiétude et le calme, s'unissent en une harmonie du même instant pour nous contraindre àpanteler. C'est la contemplation d'un équilibre survenu entre l'apparence négative (peine) et l'apparence affirmative (joie) qui nous enivre de contentement. L'artiste a su, parla précellence de son œuvre, rejoindre cette essence de mentalité supérieure vivant en dehors de l'affirmation et de la négation : le phénomène pur, entrevu par nous sans pouvoir jamais être décrit objectivement, parce que la misère de nos sens nous oblige à trop déterminer.
Ressentir cette émotion-là,- devant un tableau, nous permettra de dire qu'il est œuvre d'art pensé.
Au contraire, si nous nous affectons dans un théâtre, parce que le traître caché derrière un portant va poignarder la sainte héroïne, ou mieux, parce que l'institutrice fille-mère — très noble selon les dramaturges — ayant réussi jusque cette scène à dissimuler sa faute, la voit tout à coup révélée, l'émotion capable de nous étrangler d'angoisse ou de mettre des