‹ Le mysticisme catholique et l'âme de DanteChapitre 10 sur 29 · Jean, X, 80 ; XVII · texte numérisé non relu

Jean, X, 80 ; XVII

de la morale, un panenthéisme réel qui la justifie logiquement, qui lui confère une unité profonde tout en lui permettant de rester riche et diverse.

Enfin Jésus permet et même ordonne d'unir, à Famour de Dieu et des autres, Famour de soi. « Tu aimeras ton. prochain comme toi-même »\ dit-il, indiquant par là qu'il existe des limites raisonnables à cette folie de la charité qu'il est pourtant venu prêcher, et que l'amour de soi, qui révèle à chacun ce qui peut satisfaire aussi les désirs de ses semblables , n'est pas contradictoire avec le sentiment altruiste. N'est-ce point, d'ailleurs, l'amour de soi qui renseigne ce dernier sentiment sur la voie à suivre ? II le fonde même, en un sens: car y aurait-il obligation d'aimer qui ne s'aimerait pas soi-même et serait, par suite, incapable de bonheur? N'est-ce pas, dans un ordre d'idées tout voisin, l'existence du devoir individuel qui fonde les obligations réciproques des hommes ? On n'arrive pas à bien parler de ce qui regarde la société si Ton n'a reconnu d'abord la valeur de l'individu. Mais laissons ce point ; tout ce qui nous intéresse ici, c'est de constater qu'un certain amour de soi est l'objet d'un précepte très étroitement relié aux autres par Jésus ; à celui d'obéir à Dieu tout d'abord, puisque Dieu veut notre salut. « Perdre son âme » est assimilé par Jésus, non seulement à un acte insensé, nous dirions aujourd'hui irrationnel, mais encore aune défection, au mépris dune des œuvres divines les plus nobles et les plus aimées de l'Auteur des choses». Il stigmatise aussi la renonciation à la forme la plus excellente du bonheur comme la plus honteuse des faiblesses, identifiant de la sorte cudémonisme individuel et devoir individuel. Et lorsqu'il condamne violemment ceux qui donnent « le scandale » % il subordonne, en un sens, le devoir envers soi-même au devoir envers autrui, comme ailleurs il rattache le premier, aussi bien que le second, au devoir envers Dieu, et, ailleurs encore, tous nos devoirs à celui du perfectionnement individuel

Page 1