Matth., XXII, 30. Marc» XII
Ton doit « adorer Dieu seul »*. Dieu doit être l'objet suprême de notre amour ; il le faut préférer quand il s'agît d'opter entre lui et autre chose que lui ; mais Jésus paraît bien regarder comme exceptionnels les cas où cette alternative se présente véritablement : elle n'existe guère en effet pour qui jouit d'un sens droit et qui sait aimer raisonnablement. Au reste, bien souvent Talternative n'est qu'apparente et il s'agit seulement de deux devoirs qu'on ne peut remplir au même moment ; il nous enseigne qu'en ces circonstances le devoir envers notre semblable doit nous occuper d'abord, que l'acte pieux, que l'acte purement rituel surtout peuvent attendre. Est-il doctrine plus sage ? L'obligation religieuse n'est-elle pas en effet, parfois, la moins pressante, puisque Dieu n'a, somme toute, besoin de rien ? Jésus insiste même beaucoup moins sur la sainteté générale dont l'âme se revêt lorsqu'elle s'élance directement vers le Seigneur, que sur l'obligation de traiter, pour lui plaire, ses semblables comme ils sont traités par Dieu. Les hommes en totalité sont « ses enfants ^ », « il pleut et il fait luire son soleil également sur les bons et sur les méchants ^ » ; il met son pardon au prix de notre propre miséricorde* ; nous ne lui plaisons qu'en luttant avec lui de générosité, qu'en voyant en eux comme lui — qu'il nous soit permis d'employer ici le mot kantien — de véritables fins. L'homme de la « loi nouvelle » ne dit plus à Dieu, quand il a péché contre son prochain, ainsi que l'homme de la loi ancienne : « C'est contre vous seul que j'ai péché ^ » De même que Jésus identifie, en Dieu, personnalité et perfection, de même, en se déclarant à la fois Fils de Dieu et Fils de l'homme et en exigeant que tous les hommes soient uns comme il est un avec le Père ^, il signifie qu'un lien substantiel existe entre eux, et entre eux et Dieu, comme entre lui et Dieu, comme entre lui et eux. Il y a dans l'Evangile, au-dessous
1. Deut., VI, 13 ; IV, 19, etpassim. Malth., IV, 10. Luc, IV, 8.