Luc, X
2» Les conseils pauliniens, sur ce point, ne sont que le commentaire de l'Evangile. V. Malth., XVHI, 3, 4. Marc, X, 11 ; XVilU 17.
des, maïs la voix de Dieu, du Dieu qui ordonne ; sa mission lui impose une autre méthode, un autre langage que ceux qui conviennent au savant, au philosophe, au théologien même : s*il n'enseigne pas comme eux, cela ne prouve point qu'il méprise l'esprit. Mais, surtout, n'oublions pas qu'il parle pour tous, que les penseurs, en particulier, ne sont qu'une infime minorité de la foule dont toutes les unités lui sont également précieuses parce qu'elles sont égales devant lui, qui est la Loi, qui est le Verbe *. Il faut que la bonne nouvelle les atteigne tous, et tous à la fois. A des frères, il convient qu'il soit ainsi parlé ; aucun mot à part pour une élite qui n'a rien fait pour être une élite ; c'est à l'humanité commune à tous qu'il s'adresse. En conséquence, le « Fils de l'Homme >> fera appel de préférence au cœur et à la volonté, parce que le cœur de chacun peut être ému, parce que la volonté de chacun peut être sollicitée, tandis que l'intelligence n'est pas pareillement ouverte en tous. L'unique objet d'un enseignement tel que le devait donner Jésus, c'est ce qu'il y a de plus simple parmi ce qu'il y a de plus noble dans la science des choses de l'âme.
C'est pourquoi, par exemple, Jésus parle moins de justice que de charité, de ce qu'il faut à fortiori ne pas faire que ce qu'il faut d'abord vouloir faire. Rien de plus légitime, puisque l'idée mère de l'éthique est celle du bien, non celle du non-mal, et que la haine du mal a logiquement pour cause l'amour du bien. Toutes les formes de la justice, y compris la justice pénale elle-même, dont on doit dire har-
1. Cette expression johannique ajoute certainement aux affirmations que formule Jésus sur sa propre nature dans les trois premiers Evangiles ; mais ceux*mêmes qui prétendent que jamais Jésus ne se fit de luimême une idée si haute, ne peuvent nier du moins qu'il ne fut très vite considéré comme le Verbe même, ni que le Christ johannique n'achève très harmonieusement Timage que présentent les autres Synoptiques, où la filiation divine de Jésus est très clairement indiquée en de nombreux passages d^une authenticité incontestée, et distinguée du lien filial qui existe entre les autres hommes et Dieu. A noter aussi le ton d'autorité que prend Jésus, comme si la Loi morale elle-même s'exprimait par sa bouche. — Quant à l'égalité de tous les hommes devant Dieu et devant lui, elle est partout affirmée dans les Evangiles. V. par exem* pie, Matth., XI, 5.
diraent que celui qui chassa les vendeurs du Temple* ne désapprouve pas le principe, ne peuvent-elles pas se justifier au nom de la charité même? Celle-ci, bien entendue, se prête à interdire jusqu'aux excès d'un zèle aisément ençlin,soit à tyranniser pour améliorer,soit à aggraver les châtiments pour les rendre plus proportionnels aux fautes et plus efficaces. N'est-ce point enfin la sublimité de la charité qui fait l'abomination de la violence et de la ruse ? Les modernes qui croient inaugurer Tère de la justice ne sont point autorisés à déprécier TEvangile de l'amour. Ceci contient cela. Jusqu'à la fin des temps, on pourra inventer en éthique sans rien trouver qu'on ne puisse rattacher déductivement au christianisme essentiel. Au lieu de nous étonner que le Christ n'ait pas dit, à ses contemporains, des vérités que les nôtres sont seulement capables d'entrevoir, réjouissons-nous sans orgueil de pouvoir tirer, aujourd'hui encore, des conséquences nouvelles des principes qu'il développa juste assez pour être compris de son temps *.
La compréhension des modernes, au reste va-t-elle si loin qu'on le pense? Ne semble-t-il pas que l'Evangile est trop riche pour beaucoup, même des plus intelligents et des mieux intentionnés ? Combien ne peuvent Tembrasser tout entier, parce qu'ils l'abordent avec quelque idée préconçue? Ils choisissent en lui une idée qui les frappe, puis, le systématisant d'un point de vue étroit, ils le faussent tout entier. Ainsi font, entre autres penseurs, M. Darlu, qui ne lit point dans TEvangile la loi de justice, mais seulement la loi de charité' ; M. Remacle, qui n'y découvre que le pré-