‹ Le mysticisme catholique et l'âme de DanteChapitre 15 sur 29 · Mallh., XXI, 13. Marc, XI, 17. Luc. XIX · texte numérisé non relu

Mallh., XXI, 13. Marc, XI, 17. Luc. XIX

2. D*aiU(%urs, devant la morale éternelle, le stade actuel de révolution de la morale humaine n'est que transitoire encore. Il faut en apprécier l'importance, mais ne pas vouloir que le Christ en ait prédit l'avènement comme s'il devait être le stade définitif ; ce serait présomptueux de priser si haut le temps où Ton vit ; nos descendants, à coup sûr, seront tentés de nous imiter sur ce point, et sans plus de raiHon.

S,BuUeUn de la Société française de Philo$op Uie^numéro de mars 1902: Discussion sur les Éléments chrétiens de la Conscience contemporaine. Dans la discussion à laquelle donna lieu la thèse de M» Darlu. M. £. Le Roy soutint une interprétation de la doctrine de Jésus assez analogue à celle que nous proposons ici«

cepte de devenir parfait, parfait pour soi-même, d'une perfection mystique ^ ; Tolstoï enfin, qui confond les paroles adressées aux apôtres, les seuls hommes, à peu près, auxquels Jésus ait donné des instructions à part, avec les paroles qui vont à toute Thumanité ; Tolstoï qui méconnaît, plus que tous les autres, en même temps que la complexité, très harmonieuse, mais si riche, de la morale évangélique, le parti pris évident, chez le Christ, de n'enseigner que l'essentiel de la morale, et qui voit une condamnation de toute dialectique où il n'y a que l'emploi d'une méthode d'autotorité et de persuasion tout à la fois, la seule conforme à la mission messianique cent fois affirmée ? ^ Nulle part, l'amour seul, ou la perfection intérieure seule ne sont recommandés par Jésus ; nulle part, il ne condamne une savante organisation de l'activité et de la justice humaines au nom de Ton ne sait quelle anarchie sainte dédaigneuse de tout ce qui n'est point la charité naturelle ou surnaturelle ; rien de ce que nous donnons pour fin aux efforts de la société laïque n'est exclu du monde régénéré. La contradiction qui règne entre ceux qui interprètent ainsi les Evangiles, montre qu'ils se sont mépris sur l'étendue de la cité de Dieu selon Jésus ^

1 . Du rapport de la Morale chrétienne à la Conscience contemporaine^ dans le vol. 11 de la Bibliothèque du Congrès international de philosophie, Colin, Paris, 1900.

2. V. Ma religion (trad. franc., chez Fischbacher) ; Religion et mo^ raie (trad. fr. chez Schleicher) ; et surtout. Les Evangiles (trad. fr. chez Perrin).

3. Nous avons retrouvé, dans le Mémoire de M. Pipenbring, présenté au Premier Congrès international d'histoire des Religions (Paris, 1900), sous ce titre : Les principes fondamentaux de l'Enseignement de Jésus j et que nous ignorions en écrivant ces pages, une conception de l'enseignement de Jésus concordant avec la nôtre sur un point très important. M. Pipenbring, tout en décrivant Teschatologie de Jésus comme ie fait M. Loisy, et en se séparant, d'autre part, de Ritschl et de son école, accorde que la doctrine du Christ, en ce qu'elle a de plus personnel, concilie parfaitement et consciemment Tamour de Dieu et de la perfection avec l'amour de l'humanité. Bien que la doctrine évangélique sur le royaume de Dieu prête à de nombreuses discussions, et que notre interprétation, en ce qu'elle a de traditionnel, heurte, à certains égards du moins, quelques affirmations récentes, nous croyons pouvoir présen* ter notre thèse avec une entière confiance, car elle est conforme au sens obvie des textes les plifs authentiques. Nous avons d'autant moins besoin d'entrer dans Tezamen des questions controversées, que l'£van«

Il est donc souverainement conforme à son esprit de retourner une de ses paroles et de dire que quiconque n'est pias contre lui est déjà avec lui, que quiconque sait pénétrer sa vie des principes de la moralité essentielle, tend, pour le moins, vers Tidéal évangélique. On peut être à la fois complètement homme et parfait chrétien. Jésus n'est pas plus venu pour abolir la nature que pour « abolir l'ancienne Loi* », mais bien pour les achever. Déjà Tertullien savait découvrir du christianisme chez des âmes païennes^ ; ceuxlà sont le plus près de Jésus qui songent à utiliser, en vue dû bien, toute forme de l'activité humaine. Voilà le vrai christianisme, point systématique, point exclusif, très complexe et nonobstant très un, très précis et très sévère dans ses exigences, mais pourtant possible à pratiquer en tout genre de vie ; doctrine vraiment égalitaire, puisqu'elle convient aussi bien à l'aristocratie des saints et des doctes, aux âmes moyennes, à la plèbe enfin des esprits peu doués et des volontés faibles.

C'est ce christianisme que retrouva, dans Tintégrité de son principe, S. François d'Assise, et que S. François de Sales entreprit d'adapter à toutes les conditions,à celles de l'évêque et du docteur comme à celle du moine, à celle du gentilhomme comme à celle de l'artisan, à celles de l'épouse et de la mère comme à celle de la vierge. Platoniciens, ils le sont, certes, plus même que le second, un lettré pourtant, n'en pouvait douter ; mais ils sont surtout de vrais chrétiens.

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