‹ Le mysticisme catholique et l'âme de DanteChapitre 24 sur 29 · Sag., VIII · texte numérisé non relu

Sag., VIII

du Christ : le Nouveau Testament lui-même humanise en un sens le divin. Mais le divin humanisé n'est point vraiment masculin dans le Christianisme ; quand il Test le plus, dans Tart par exemple, il ne Test pas tout à fait ; souvent la beauté du Christ est au moins un peu désexua- Usée, ou même offre quelque chose de féminin, parce que Ton veut exprimer principalement, de cette beauté, la grâce ineffable. Ce n'est pas tout. Un dogme des plus médités, dans TEglise, est celui de la résurrection des corps, prélude d'une vie où les sexes n'existeront plus, mais où les âmes élues, auxquelles conviendra encore le nom d'épouses du Christ, seront plutôt féminines cependant. Plus, aussi, le catholicisme se développait, plus le culte des saints, des saintes, de la Vierge surtout, prenait de l'importance, favorisé qu'il était par l'art du peintre et du sculpteur, qu'il inspirait : en la Mère de Dieu s'unit, avec la suprême beauté féminine, le rayonnement de la grâce divine captée en quelque sorte à sa source, car l'être qui le reçoit est si proche de l'Etre infini ! La liturgie applique d'ailleurs indifféremment les mêmes louanges à Marie et à la Sagesse incréée * : aussi le sentiment chrétien, tout pénétré de marianisme, tendait-il, dès l'époque de Dante, à regarder plus que jamais la Divinité elle-même à travers la beauté de Marie, qui colore de la plus sainte, de la plus exquise féminité, tout le ciel catholique. Enfin, le Dieu évangélique se définit par l'Amour % un amour sans limites, qui ne craint de faire aucun sacrifice ni d'en exiger aucun du fidèle ; il est bien l'amour humain porté à son comble : tel en sa folie l'amour de Dante pour Béatrice, tel surtout le zèle dont brille l'âme parfaite de Béatrice pour le service de Dieu et le salut de Dante. Le poète devait et pouvait donc, sans trop d'invraisemblance, humaniser le divin. Comment au reste, comment séparer l'Amour et la Beauté, surtout si on les conçoit sous leurs formes les plus pures et les plus hautes ? Chacun d'eux ne semble-t-il pas la définition même de l'autre ? Et Tidée du premier et l'image de l'autre, quelle que puisse être la

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