‹ Le mysticisme catholique et l'âme de DanteChapitre 25 sur 29 · Jean, IV · texte numérisé non relu

Jean, IV

sublimité de l'objet qui nous ravît, ne rappellent-îls point inévitablement le souvenir de ce qui fit battre le cœur et délecta les yeux ? Combien, spécialement pour Dante, ceci dut être vrai !

Il n'est pas sans intérêt, avant de suivre le progrès de la divinisation de Béatrice dans Tesprit de Dante, d'insister encore sur ce fait, que la tendance à féminiser le divin ne lui est point spéciale. Elle est contenue chez lui par une orthodoxie rigoureuse, et visible seulement à Tanalyse minutieuse de ses œuvres, dont le sens obvie ne la laisse point d'abord apparaître. Mais elle se relie pourtant à celle qui fit voir au théosophe Boehme \ dans la Mère de Dieu, le principe du principe divin lui-même ; elle est, toutes reserves faites, celle qui porta Gœthe vieillissant, à rêver de ces Mères 2 qui étonnaient le simple Eckermann ; elle explique peut-être la piété du monde antique pour ces déesses à qui Ton rendait encore de si fervents hommages quand l'Olympe s'écroulait ; elle avait inspiré bien des théogonies asiatiques antérieures à la théogonie d'Hésiode ; et à vrai dire, il peut être tentant, sinon de la pousser à bout, du moins d'en tenir compte (ni S. Jean ni Platon ne s'y opposent), pour achever le concept métaphysique du divin. Le divin, c'est la source universelle, le réservoir des essences, la fécondité infinie ; c'est l'inaltérable, le parfait ; c'est ce qu'il faut se représenter sous les plus magnifiques symboles et regarder comme l'Amour même, puisque tout ce qui est en reçut gratuitement l'existence. Mais reconnaître cela, n'est-ce point découvrir en lui, sous ses divers attributs, cet « éternel féminin » dont parle Gœthe, dont les images sensibles les plus adéquates sont la mère qui enfante, ou la vierge adolescente dont le charme enivre les cœurs ?

Toutes ces raisons réunies expliquent comment se juxtapose, chez Dante, à une théologie et à une mystique tout abstraites, dures parfois jusqu'à nous révolter comme fait telle horrible histoire du paganisme grec ou hindou, un culte

1. V. la belle et profonde étude de M. Boutroux publiée dans ses Etudes d'hisloii'e de la philosophie,

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