Jean XIII, 23, 25 ; XXI
sont incontestablement trop différents pour qu'on les puisse réduire à l'unité ; il est manifeste, dùt-on d'abord s'en scandaliser, que Jésus les tient tous pour également fondamentaux, pour équivalents. Mais devons-nous penser qu'ils s'accordent aux yeux d'un vrai philosophe, et qu'ils formaient expressément pour Jésus, non un agrégat, mais une harmonie de vérités ? On peut répondre en même temps à ces deux questions.
Si la morale véritable est la loi de l'âme tout entière, l'art du moraliste doit, de toute nécessité, viser à concilier des tendances multiples, voire même divergentes, car notre nature est compliquée et diverse ; il doit concilier des devoirs qui diffèrent comme les conditions où doit se mouvoir à la fois notre activité ; concilier, d'une manière générale, le plus de tendances possible avec le plus de devoirs possible, sans rien sacrifier, mutiler, immobiliser de notre spontanéité. Or,les textes que nous avons cités suffisent déjà à montrer que tel est bien Tesprit de la morale évangélique ; la suite fera voir par le détail la valeur philosophique de cette morale.
De nombreux passages des Evangiles témoignent que Jésus entendait professer une doctrine très une sous la diversité de ses aspects. D'abord,il identifie la perfection abstraite et l'Etre parfait réel, car il dit : <( Cherchez avant tout le royaume de Dieu et sa justice * » ; la « volonté du Père ^ » et la sainteté de la loi ne font qu'un, comme il convient, dans son enseignement ; l'amour du Dieu personnel, dont il faut souhaiter le règne et la gloire, coïncide avec la tendance vers la perfection, comme en Dieu coïncident existence réelle et essence parfaite. '
Ensuite, le Christ déclare que le commandement d'aimer Dieu et celui d'aimer le prochain « sont semblables ^ »,bien que le premier soit le principal et le u plus grand * ». Il fait seulement cette restriction, rappelée du Deutéronome, que