EUROPE RENAISSANTE
Le Concile de Trente, en donnant de s.ij^es avis [)Our rexéculion de la niusi((ue sacrée, n'avait pas porté atteinte à l'intégrité même du chant gréj^oiien, considéré jusqu'alors comme intanj^ihle. Cependant nous avons vu que (les abus s'étaient depuis longtemps introduits dans les chapelles religieuses. Si la restauration sacrilège ne portait que sur ces abus, pouvait-on soutenir qu'il y eût vraiment sacrilège ?
L'idée d'une réforme du chant liturgi(|ue se lit plus nette et plus pressante après la clôture du Concile de Trente, sous Pie IV, en 1563 (1). L'Espagnol Fernando de las Infantas, qui joua — comme nous le verrons — un rôle prépondérant dans cette importante allai re d'une Revision du Graduel Romain, nous explique lui-même le mal dont soutirait le plain-chant : « Au temps — d'heureuse mémoire — de Grégoire XIII, comme les musiciens modernes trouvaient mainte difficulté dans le chant grégorien... par suite de l'obscurité due à son ancienneté, ils en appelèrent [au Pape] en lui demandant de changer [le plain-chant]. Par ainsi se seraient ruinées les bibliothèques de l'Église de Dieu qui furent établies pour la louange et le culte divins. Mais lui [Infantas] en sa petitesse, eut, avec la grâce de Dieu, la force de s'y opposer; et par son inter-
la tradition relif^ieuse qui, née à Rome, s'enracina profondément dans la terre espagnole. Ne nous font-elles pas songer, en effet, aux actes du Concile de Clermout qui eurent une si grande inlluence sur les « Cortes générales » de Catalogne célébrées le 10 mars 1131 sous Raraôn Berenguer III. Cf. Bol. de la Acad. de la Hist. t. IV. p. 360-363. Liber II Antiquilatam cathedvalis Bavcinonensis : [V]... Et cum psalmodis et hymnis vacare deborent, gloriose vocis freti munimine {sic), allegationum suarum varietate, iustum et iniustum fasque nefasque confondunt...
(1) Sur cette question, Cf. E. de Uriarte= Un documento importantisimo para la historia del Canto Gregoriano, dans La Musica Relig. de Espaha. Bol. Mens, de la Asociac. Isidor. de Madrid. Ano IV, n» 43, Sept. 18'jy. — Narciso Hergueta. Notas diplomàticas de Felipe II acerca del cantoUano, misales, breviarios y demis lib. liti'irg. Rev. de Archivos, t. XIII, 1903, p. 39. — R. Mitjana. Estudios sobre alg. compositores esp . del siglo XVI, IV. V, Rev. Musical. Bilbao, 1910, n<" 9 et 10.
cession... les bibliothèques... et le vieux chant furent sauvés d'une nouvelle injure, et écrits par raisons musicales, une fois que furent aplanies les suspicions et les difficultés ; de telle sorte que cette nouvelle tentative de revision des livres de chant, déjà commencée au grand détriment du public, fut totalement interrompue par mandat du Souverain Pontife et du Collège des Cardinaux (1) ».
Ce fut grâce à Philippe II — éclairé par les rapports d'Infantas — que la transformation du plain-chant ordonnée par Grégoire XIII à Palestrina, put échouer. Quels furent donc les motifs et les effets de la diplomatie du monarque espagnol?
Il faut d'abord préciser la position des Romains : Grégoire XIII avait bien chargé Palestrina — comme le prouve une lettre de Pierluigi au duc de Mantoue en 1578 — d'amender le Graduel; mais Tœuvre du restaurateur se borna à la simple revision. Cependant le geste du Pape devait avoir une plus grande portée, comme en témoigne une lettre écrite par le musicien-poète Cimello, de Monte San Giovanni, le 15 décembre 1579, au célèbre cardinal Sirletto (2). Dans cette lettre, il n'est point question de Palestrina, et les réformes proposées dépassent en audace tout ce que Ton peut imaginer : On ne prétend à rien moins qu'à réduire les mélodies grégoriennes à des thèmes pour « 34 fugues »..., et à publier une édition fructueuse de ces motifs à virtuosité.
Pendant ce temps, Palestrina ne restait pas inactif, quoi qu'en dise Baini (3) . Mais son travail de revision ne parut qu'après sa mort : VEditio Medicea ou VEditio Veneta de Liechtenstein (4) ne l'arrachèrent pas à son silence ;
(1) Cf. Mitjana. Loc. cit., n» 9, p. 202.
(2) Cf. Dejob. De l'influence du Concile de Trente..., p. 253 sq. — Côdice Vaticano : 6193. II. p. 501.
(3) Cf. Memorie storicho-criliche délia vita e délie opère die Gio. Fierluigi da Palestrina. Roma, 1828, II, p. 116-117.
(4) Le texte concordait avec le Missel de 1570.