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« missa. Glîa î (^xcelsis doo oraciô (fol. 20 h" ». Puis ils entendent un concert de « viliuela », de « panderetas » et de(( cynil);\luin «accompagnant — comme en Ic'îmoignentles merveilleuses vip^netles 18 et il) du manuscrit — un chœur de gracieuses « donzelles » de la cour : « Et des- « pues que fuere dicha la gloria t excelssis des. t Ios « Kyrios. t la oraçion. t la pistola. x la allelluya. vongan « donçellas que sepan biê cantar. t canten una cantiga. « T fagan sus trebeios... » (fol. 29).
Si nous passons à Alphonse X le Savant, nous nous trouvons en présence d'un compositeur d'une veine mélodique féconde, s'il nous est permis d'en juger par les célèbres « Cantigas » dont il écrivit certainement un grand nombre, surtout parmi les cent premières qui forment la partie sérieuse des chansonniers (i).
Les princes d'Aragon : Alphonse II le Chaste, Pierre IV le Cérémonieux, Jean P' le Chasseur et Alphonse V le Savant s'entourent d'artistes chrétiens ou maures, français, flamands ou germains (2). Jean II et Henri IV de Castille excitent les murmures du peuple par leurs prodigalités envers l'art lyrique (3) ; enfin les Rois Catholiques, et en particulier la reine Isabelle, donnent à la musique une impulsion nouvelle. Isabelle constitue une chapelle de plus de quarante chanteurs (4). « Dans la Lista de Ios oficiales « de la casa de laReina Catôlica Dona Isabel (1493), dans « le Libro de la Câmara, et en d'autres écrits de l'époque, « dit M. Altamira (5), on mentionne ce que l'on pourrait i( appeler d'une part « banda » militaire et orchestre, <( d'autre part la chapelle du palais. Dans la première qui
(1) Cf. H. Collet et L. Villalba, Contribution à l'Etude des Cantigas d'Alphonse le Savant. Bull. Hisp., t. XIII, n» 3, p. 270 sq.
(2) Cf. Pedrell. Die. de biogr. y de bibliogr. esp. — Cf. aussi Pedrell, Juan I de Aragon, compositor de mûsica : Rev. Est. Univ. Cat. Vol. III, 1909, pp. 21 à 30.
<3) Altamira. Hist. de Esp., t. II, § 538.
(4) Cf. Archivo de Simancas. Bernâldez : Hist. de Ios Rayes Gatol., et Gonzal. Fernandez de Oviedo : Libre de la Câmara.
(5) Hist. de Esp.. t. II. p. 542.
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« figura à la guerre de Grenade, prenaient part des trom- « pettes, des clairons, des « ohirimïas », des « sacabuches », a des « dulzainas » et des « atabales ». Dans la seconde « liguraient des orgues, des clavecins, des luths et d'autres « instruments, avec plus de 40 chanteurs. Le prince Don « Juan qui était très amateur de Tart et aimait à chanter et « à jouer, avait à son service toutes sortes de musiciens, et « dans Tinventaire des objets que Doua Isabel réunit dans (( l'Alcâzar de Ségovie (1503), figurent nombre d'instru- (( ments à vent et à corde, des collections de chant figuré « en latin, espagnol, italien, français et portugais, ainsi « que des chansonniers et des couplets de Yillasandino et « Alonso de Baena. »
Le « Cedulario del Rey Gatôlico » récemment publié dans le Bidletm de l' Académie de r Histoire (1), nous montre le Roi suivant de très près, au cours des années 1508 et 1509, le (( mouvement » des diverses provisions musicales. Il s'inquiète par deux fois des orgues d'Azcoytia, restées sans titulaire (2) ; il songe à satisfaire le fils du Connétable de Castille, Pedro Xuârez de Velasco, candidat à la succession du chantre de l'église de Calahorra, Juan Fernândez de Vergara (3) ; enfin il s'occupe sérieusement de don« ner à son chapelain, Mosen Mudarra, le « bénéfice » de Garni, dans l'archevêché de Tolède, « por lo mucho que « mosen Mudarra nos ha seruido é sirue (4) ».
Ces quelques exemples, que nous ne pourrions multiplier qu'en nous éloignant de notre sujet, sont de bons témoignages du goût des monarques espagnols pour la musique ; goût qui eût pu devenir fatal à l'art national, lors de la venue dans la péninsule de Philippe le Beau, le 28 avril 1506, et, plus tard, du futur Charles-Quint, au milieu d'une cour de nobles et d'artistes flamands. L'historien Van der Straeten en a profité pour insinuer la pré-
(1) T. LIV, p. 373, sq.
(2) /(i.,p. 38i, n»23. — T. LV, p. 180, n" 266.
(3) Id., t. LV, p. 345, no 581.
(4) Id., t. LV, p. 370, n° 610. p. 372, n- 619.
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pon(l<''rancc, dans laniusicjuc espagnole, de rélérricnt néerlandais [[). C'est là une grave erreur, et nous préférons le mot de M. Pedrell : « On dirait (jue le contrepoint llainand « avait, pour fouler les terres espagnoles, laissé là-has, « sur les bords de l'Escaut, ses formes anguleuses et « ses sévérités de /ond... Les compagnons de Philippe « le Beau, comme ceux de Philippe H, modèrent leurs « rigueurs scholastiques sous l'action bienfaisante de « notre soleil... (2). »
L'invasion flamande n'interrompit pas, en effet, la tradition espagnole d' « expressivisme » religieux. Bien au contraire, elle augmente le trésor mystique de l'Espagne des compositions d'un Gombertoud'un Févin, par exemple, qui s'efforcent manifestement d'oublier leur origine septentrionale. Ce fut « tout profit », pourrait-on dire, ou du moins un stimulant pour les maîtres espagnols, que la présence, pendant tout le xvi^ siècle, d'artistes étrangers choisis parmi les meilleurs, et qui leur apportaient, avec la science de Josquin des Prés, l'exemple d'habitudes de travail inconnues de méridionaux enclins à une douce oisiveté .
Les rois, d'ailleurs, les protégeaient. Charles-Quint surtout eut pour eux une prédilection certaine. Élève luimême, en sa jeunesse, du flamand Van Viven qui lui enseignait l'épinette et l'orgue ; disciple plus tard du fameux Bredemers (1472- lol7) surnommé Henri de Namur ; entouré jusqu'à son départ pour l'Espagne de maîtres néerlandais, écoutant jouer leurs compositions par ses sœurs si musiciennes, il devait nécessairement garder de ce ^contact premier une durable impression. Aussi forme-t-il ses célèbres chapelles de Madrid, Vienne et Bruxelles, de chanteurs flamands. Marino Cavalli le constate en ses Relazioni : « Les chanteurs de Charlesce Quint, dit-il, sont au nombre de quarante... Ils forment
(1) Van der Straeten. Les Musiciens Néerlandais en Espagne.
(2) Pedrell. BwZZ. delà Musiq. Relig. Ano, p. 323.
« une chapelle qui est la plus complète et la meilleure de « la chrétienté (1). Elle a été recrutée aux Pays-Bas, deve- « nus aujourd'hui la source de la musique (Li paesi hassi « que sono oggedi il fonte de la musica). » Et les archives de Simancas qui nous donnent l'état de la maison du monarque lorsqu'il la licencia, au mois de juin 1556, nous offrent une liste de canlores aux noms exclusivement flamands. (2)
Nous n'avons pas ici à traiter de Charles-Quint musicien. Le livre curieux de M. Van der Straeten (3) nous présente une série de conjectures qui sont en somme des faits exacts et concluants. Mais cet historien a limité son ouvrage à l'entrée du prince au monastère de Yuste, et c'est précisément à partir de cette époque qu'il nous est indispensable de connaître les goûts de l'empereur et son influence directe sur l'école espagnole. En effet, dès son abdication, Charles-Quint se sépare de sa chapelle néerlandaise, et se plonge dans la vie dévote si bien chantée par les musiciens d'Espagne.
C'est la liste des rémunérations proposées pour les Hiéronymites du couvent de Yuste, qui nous initie aux secrets de cette retraite; c'est aussi sa correspondance échangée avec la reine Marie, Juan Vâzquez de Molina et Martin de Gaztelù; c'est enfin THistoire de Siguenza et la chronique de Sandoval.
Charles-Quint modifie ses impressions musicales au cours de la vie recueillie qu'il mène à Yuste. La musique religieuse le captive et l'enchante. D'accord avec Fr. Juan de Ortega (4) ou bien Fr. Francisco de Tofino (5), il désigne les moines qui formeront sa nouvelle chapelle : « On fit « venir du monastère de Saint-Barthélémy de Lupiana
(1) Celle de Madrid.
(2) Relaciôn de los criados que el Emperador nuestro Seûor que esta, en gloria ténia al tiempo que deshizo su casa por el mes de junio de 1556 anos. Cf. Gachard. Retraite et mort de Ch. Q. au monast. de Ymte, t. H.
(3) Van der Straeten. Ch. Quint musicien.
(4) D'ap. Pichot. Chron. de Ch. Q.
(5) D'ap. Van der Straeten. Op. cit.
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« Fr Antonio de Avila pour servir d'organisU;, ainsi que (( deux ténors, deux contralti, deux hasses-taiiles, et deux « dessus, qui furent clioisis dans les maisons liiéronyinites « de Valence, de Prado, de Zamora et de Ségovie. Plus « tard, cette inusi(jue fut complétée par la venue à Yuste « de fray Juan de Villamayor qui y fut appelé du inonas- « tere du Parral de Ségovie pour y être maître de chapelle « et basse-taille, et par celle d'un nouveau ténor, d'une « nouvelle basse, d'un nouveau dessus, tirés des couvents « de Barcelone, de Talavera de la Reyna, d'Estrella, et « de Saragosse. (1) » La chapelle ainsi constituée, le prince en surveille les exercices qui sont nombreux. Outre la grand'messe du dimanche à plain-chant, il y a la messe particulière de chaque matin, et d'autres offices supplémentaires que Ton célèbre à son caprice. «Quoique nous « fussions un grand nombre de prêtres, nous étions tous « occupés à ces messes, écrit un témoin (2), de sorte que « je ne saurais dire si pendant son règne il a mis plus de « zèle à diriger ses guerres entreprises pour la cause de la « foi, qu'il n'en a montré à Yuste à se prosterner devant « les autels, s'en tenant aux prières parce que ses infirmi- « tés ne lui permettaient plus de recourir aux armes. »
A force d'entendre ainsi les messes, les hymnes ou les motets interprétés par les moines, Charles-Quint en apprécie la valeur exacte. Il devient un critique à l'oreille exercée et vigilante : il ne permet pas les fausses notes, les dissonances, les voix étrangères. Sandoval rapporte ainsi la déconvenue d'un contralto excellent de Plasencia, lequel, s'étant mis à chanter avec les moines, reçut l'ordre aussi grossier qu'immédiat de quitter le chœur ; le prince avait distingué une voix qui ne lui était pas familière, qui troublait l'ensemble accoutumé, et il n'avait pu la souffrir (3) .
(1) Mignel. Ch. V, son abdical.^ sa retraite au monast. de Yuste.
(2) Cf. ms. du Hiéronymite anonyme, analysé par M. Backhuisen Retraite de Ch. Q., p, 35.
Cô) Cf. Sandoval. Vida y Hechos del emp. C. V. - Lib. XXXIl, § 7
Les plagiats musicaux ne lui échappaient pas davantage, et l'anecdote si connue du maître Guerrero est caractéristique à cet égard. Ce grand artiste espagnol ayant présenté humblement au monarque un livre de motets et de messes, Charles-Quint l'accueillit avec bienveillance, le donna à ses chanteurs, mais, à la fin de l'office, appela son confesseur et, tout en jurant, cita les passages de Guerrero oii se décelait l'imitation — inconsciente selon nous — d'autres maëstri. (1) Cette constatation n'entraîna point d'ailleurs la disgrâce de Guerrero, puisque, en 1561, une gratification lui fut allouée, et que, de plus, le curieux motet attribué par Nebra à Charles-Quint fut corrigé — du moins le croit-on — par le compositeur sévillan. Ce motet est, en effet, d'un style remarquable et même audacieux (2). Qu'on nous permette d'en donner la réduction:
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