‹ Le mysticisme musical espagnol au 16e siècleChapitre 15 sur 66 · SI Q · texte numérisé non relu

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« ...queria que no cantassen seglares entre ellos, que unas visperas vino « un contra-alto de Plasencia muy bueno, y llegôse al facistol con los can- « tores, y cantô con ellos un verso muy bien : pero no tornô â cantar el « segundo, porque luego vino uno de los barberos corriendo y dixo al Prior « que echasse aquel cantor fuera del coro, y assi se le uvo de dezir que cal- « lasse. »

(1) Ihxd. « ... Presentôle un Maestro de Gapilla de Sevilla que yo conoci' « que se dezia Guerrero, un libro de motetes que él avia compuesto, y de « missas, y mandé que cantassen una missa por él, y acabada la missa « embiô â llamar al confessor y dixôle : 0 hideputa, que sotil ladrôn es « esse Guerrero, que tal passo de fulano y tal de fulano hurtô : de que quece daron todos los cantores admirados, que ellos no lo avian entendido hasta que despues lo vieron. »

(2) Cf. accord de — sur fin de ho MO et celui de — - sur MI de Dominum.

LE MILIRU KSI>A(;N0L

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Critique impitoyable, compositeur émérite, Charles- Quint était encore un chanteur à la voix bien sonnante. Les Moines l'écoutaient souvent, derrière la porte de son appartement alors qu'il psalmodiait quelque motet connu, ou fredonnait « en consonance avec ceux du chœur )> dont il percevait les moindres négligences, malgré la distance et répaisseur des murailles (1). Cet amour du chant le poursuivait même la nuit, et son secrétaire Van Maie était sans cesse réveillé pour chanter, avec Tauguste

(1) Cf. Sandoval. Ibid. «. .. que muchas vezes le escuchavan frayles detrâs « de la puerta, que salia de su aposento del altar mayor, y le veyan Uevar « el compas, y cantar a consonancia con los que cantavan en coro, y si « alguno se errava, dezia consigo mismo : 0 hideputa bermejo, que aquel « errô, 6 otro nombre semejante... »

mais exigeant malade, de pieux duos ou des versels de FÉvangile (1).

El quelle importance donne-t-il à la composition de sa bibliothèque musicale ! Gomme il a soin de ses libros de canto, et comme il s'impatiente lorsque la caisse des partitions, qu'il attend de la Flandre, tarde un peu à le rejoindre!. Le 15 avril 1558, la Reine de Hongrie écrit de Cigales à Juan Vâzquez (2) pour qu'il se dépêche d'envoyer la musique demandée; le 26 mai, c'est Gaztelù (3) qui la réclame avec instance, de Guacos, à Juan Vâzquez; le 7 juin, l'empereur lui-même avise Juan Vâzquez de livrer la caisse à Quijada auquel il a donné des instructions spéciales ; le 20 juin, Gaztelù réitère ses appels à Juan Vâzquez ; enfin le 4 juillet, Gaztelù accuse réception de l'envoi « dont sa Majesté s'est bien réjouie ». Ne diraiton pas d'une affaire d'Etat?

Jusque dans cette étrange « répétition de la mort » que Charles-Quint se donna à Yuste le 30 août 1558, la musique lient la plus grande place : « Il entendait la musique lugubre « qui se chante d'ordinaire aux messes consacrées pour « les morts ; il écoutait attentivement les hymnes, les « antiennes, et les autres prières que les assistants enlon- « naient d'un Ion triste pour demander à Dieu, selon l'usage « de l'Église romaine, le repos éternel de son âme et une « place au séjour des bienheureux. Lui-môme se joignait « avec une dévotion touchante aux chants de l'Assemblée, « et implorait la miséricorde du Souverain juge des « hommes (4). »

Cette scène extraordinaire des funérailles, où l'empereur, du cercueil, exhalait avec une ardente piété la plainte des mourants; les chants nocturnes des psaumes; le goût marqué du prince pour les hymnes religieux ; son culte

(1) Cf. Van Maie. Lettres sur la Vie inter. de C/i. Q,, t. I. /2) Vâzquez de Molina, secrétaire d'Etat. Martin de Gaztelù, secrétaire Jitique. Cf. Pichot. Op. cit., p. 300.

(3) Cf. Gachard. Op. cit., lettre CLIV.

(4) Th. Juste, Ch. Q. et Marg. d'Autriche.

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pour les livres de jnusi(juc dévote; entin le choix — pour la chapelle retirée de Yuste — des rnoin(;H Iliéronyrnites qui étaient, comme nous le verrons tout à l'heure, des ascëles et des mystiques; tout cela ne prouve-t-il pas chez le monar(|ue omnipotent de son plein ^ré enseveli dans une nouvelle Thébaïde (1), ce que nous pourrions appeler u un retour mystique », bien explicable, semble-t-il, chez un prince désabusé, et qui, dans sa jeunesse aventureuse, était apparu à l'ambassadeur Contarini comme un « tem- « pérament nerveux, impressionnable, un caractère « mélancolique et porté à la rêverie » ? (2)

Cette disposition au mysticisme était d'ailleurs héréditaire dans la famille impériale, et Philippe II en est un exemple frappant. Le licencié Baltasar Porreno nous donne sur la religion du monarque nombre de détails typiques (3). «Dans la dévotion, dit-il, ce fut un Gonstan- « tin : dans la prudence un Justinien : dans l'éloquence un « Adrien: dans la clémence un César (4)... » Même en négligeant les commentaires par trop flatteurs du chroniqueur, nous devons bien prendre en considération certains faits : « C'est avec grande humilité et dévotion, écrit-il, « que le roi recevait les lettres que lui écrivait la Sainte «Mère Thérèse de Jésus, dans lesquelles elle avisait Sa

(1) Sa vie de chaque jour, à Yuste, était presquexclusivement consacrée aux exercices de piété. Cf. le ms. inédit du « coronista » de Ch. Q. D. Juan Paez de Castro (Escorial, III, § 23), Annotac. y Relac. diversas de lo sucedido en europa dende el aùo de iSlO hasta el de 1559... II, relaciôn del retiram*o del l<lmperador a Sant Juste en Espana. — Après les premiers soins de toilette, « acornodavasse en la cania para rezar, y tardarja casi II horas-estando con dolor leija las devociones. Gujl. Malinço. » A midi « oia missa ». Après le déjeuner il causait avec ses « criados » et son « confessor. » Dans l'après-midi, « Fray Régla leya el psalterio... y Gujl... le leja a S. Bernardo de jnteriore homine, y la vida del Chrjstjano que hizo Constantino... y el Evangelistarjo de Marco Marulo. > Il dînait ensuite, et, à 9 h., s'en allait dormir, ou plutôt prier...

(2) Inutile de dire que dans le cortège des funérailles royales, les chanteurs n'étaient pas oubliés. Cf. A. de Barcia, Pompa funèbre del emp. Carlos V. Rev. Archivos, t. IX (1903), p. 429 sq.

(3) Dichos y hechos I de el Seîior Rey | D, Felipe | segundo | el Prudente I ...

(4) Id., cap. I, p. 3.

« Majesté de certaines choses et lui en demandait d'autres « pour son ordre, ce que Sa Majesté accordait avec une « grande libéralité : et poussé par les lettres et l'estime « qu'il en avait, il fut le protecteur et le père de sa reli- « gion (1)... — ... Sa religion fut si grande, ainsi que son « zële chrétien, que souffrant de la goutte, le duc de Najera c( lui envoya de Valence Pachete Morisco, grand herbo- « riste, lequel était un homme connu pour les guérisons « extraordinaires qu'il opérait avec des herbes. Mais le « roi sut que ce Morisco avait été emprisonné par le Saint « Office, parce qu'il se prévalait d'un Familier pour cherce cher les herbes, et il fut impossible d'obtenir qu'il le vît « de ses yeux, malgré l'espoir qu'on lui donnait de recou- « vrer la santé ; et il disait : je ne veux pas la santé par « d'aussi mauvais moyens (2)... — Il eut le plus grand « respect du Saint-Sacrement de l'autel. Il accompagna « toujours la procession de la Fête-Dieu, la tête décou- « verte, comme «hijode padre», sans ombrelle (3)... — « ... Passant par Tarancon, ville de l'évêché de Cuenca, (( un dimanche, un cheval de son carrosse perdit un fer, « et il envoya demander au curé de la ville la permission (( de le referrer, montrant ainsi sa profonde religion et sa c( foi chrétienne (4)... »

Ces quelques traits, fort curieux, rapportés par Porreno, sont plus instructifs sur le caractère du roi que les considérations alambiquées d'un Van der Hamen, par exemple (5).

Cette passion pour les choses de la religion, le monarque la reporte heureusement sur l'art religieux par excellence, sur la musique sacrée. L'un des premiers actes de son règne a été de recueillir la riche chapelle de son père. Bientôt sa renommée de Mécène des artistes s'établit. Les

(1) /(/., cap. V, p. 69.

(2) Id., cap. VI, p. 88.

• (3) Id., cap. VI, p. 88.

(4) kl., cap. VI. p. 105.

(5) Van der Hamen. D. Filipe el Prudente, fol. 169 B. sq.

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musiciens lui (lédient leurs œuvres : un des modèles de <( dedicatoria » est celle du célèbre Luys Milan — en tôte (le son livre El Maestro — au roi Don Juan de Portugal, mais Philippe Jï n'a rien à envier au noble auteur de la Défense de la musique moderne : Pisador ou Fuenllana, Guerrero ou Victoria, pour ne citer que quelques théoriciens ou compositeurs connus, ont recours « à l'aide et an « pouvoir royaux (1) ». Bien plus, les étrangers font appel à la libéralité du prince espagnol : Palestrina adresse en 1560 et en 1570 au « Roi Catholique et Invincible » ses second et troisième livres de Messes, précédés de dédicaces adulatoires suggérées par le cardinal Pacheco. Nous avons vu en détail (2) que lorsque le pape Grégoire XIII décide, par un bref du 25 décembre 1577, la révision du chant ecclésiastique contenu dans le Graduel Romain, c'est à Philippe II que s'en remettent les « conservateurs ». Le monarque dont l'histoire rappelle le beau rôle au moment du conclave de 1559 (3), déploie au grand Concile le zèle que l'on sait, et que l'on retrouve ensuite dans l'organisation des quatre synodes de Tolède, Séville, Salamanque et Saragosse (4). Quels que soient les motifs qui le font agir, Philippe apparaît bien à son peuple comme le gardien jaloux de la tradition religieuse.

Cette sévérité dans l'orthodoxie, dont la musique bénéficie (5), se traduit encore par l'interdiction des « villancicos » dans les églises d'Espagne, en 1596 (6). Dégagé de toute attache profane, débarrassé des licences de l'élément populaire, sauf de « modifications » sacrilèges, le chant reli-

(1) Cf. Guerrero. Dedicat. du Canlicum Beatae Marias,.. Louvain, 1563.

(2) Cf. chap. II.

(3) Cf. Rie. de Hinojosa ; Felipe II y el Conclave de 1559. p. 108.

(4) Porreiïo. Op. cit., cap. vi. p. 92 — cap. xiv, p. 245 =z ...su obcdlencia y devociôn â la verdad Christiana y silla apostôlica.

(5) Philippe II aima la musique sans la pratiquer, au contraire de son fils : Cf. Cabrera de Côrdoba = Felipe II, Bey de Esp.. lib. 1, cap. i : « Tuvo... en el oir sutileza tanta que no sabiendo mùsica ni que término de voz tenla (porque jamâs cantô) juzgaba en ella advertidamente. »

(6) Cf. Cerone. Melopeo, LXVIII.

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gieux brillera désormais en Espagne d'une pureté insoupçonnée au dehors.

La même influence — certainement bienfaisante — du roi se fait sentir dans son entourage, et dans les fondations qu'il lui plaît de créer. L'histoire de TEscurial nous offre ici le thème de curieux développements.

• En 1563, pendant la construction du monastère, Philippe II, au cours de ses visites, habite une mauvaise bâtisse provisoire, continue au chœur. Or, un soir, il apprend qu'un livre de plain-chant pour l'office divin vient d'arriver, et qu'on l'a placé sans mot dire sur le lutrin : (( Il eut, dit alors Siguenza, une telle envie de le voir, que (( les religieux une fois couchés, il se faufila (entré à « gâtas) par une fenêtre dans le chœur, tandis que San- « tiago l'éclairait avec une chandelle. Le Prieur, selon sa « coutume, fit sa ronde pour voir si les moines étaient « bien couchés ; et comme il aperçut une lumière dans le « chœur, il entra pour voir qui était là, et y trouva le « Roi qu'il surprit ainsi en flagrant délit. Le Prince sans « doute eut honte, car il lui fallait bien avouer qu'il était (( entré par la fenêtre ; petitesse peut-être de la part d'un « si grand Prince, mais à coup sûr indice de curiosité et « de convoitise pieuse et sainte (1). »

Dans le Libro de Memorias deste Monasterio de S^ Lorençio el Real (2), dont le manuscrit porte encore des notes marginales de Sigiienza (3), on peut suivre pas à pas la construction du palais-monastère et son organisation, que le roi surveille de très près. Le 10 août 1571, commence « l'exercice du chœur » (4). La veille, deux choristes étaient venus se joindre aux moines du monastère de N^S* de Guadalupe(5). Le jour de Saint-Lorençio,

(1) Sigùenza. Hisl" del Monast° ciel Escortai.

(2) Ms. de lEscorial. j. k. 7, mal publié dans la Colecc. de Doc. inéd. para la Hist. de Esp., t. III et VII.

(3) Cf. fol. 198.

(4) Cf. fol. 34.

(o) Cf. fol. 35 sq.

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