LE MILIEU ESPAGNOL
îiuli'o moine : Fr. do los Sanlos. Nous y liouvons de courLes luonoj^i'apliics de niusiciens , du plus haut inlérùt (l).
Ces inusieiens se répartissiîut dans plusieurs monastères où ils se distinguent autant par leurs talents (jue par leurs vertus. A l'abbaye de la Sip^la de Tolède, on cite le P. Juan de S. Lorenzo et le P. Fr. Pedro Castellon. Le premier est tout à la fois : basse, maître de chapelle, correcteur, portier et maçon (2). Comme musicien, il possède une fort belle voix, et se montre remarquable lecteur. Dans ses fonctions de « maestro », il désire que « Dieu Tappelle à lui du chœur » où il guérit de toutes ses souffrances physi(jues qui sont fort grandes... 11 est vi'aiment le Père des Pauvres vers lesquels, ajoute le chroniqueur, il étendait les mains de la même façon qu'à la tête de ses chanteurs il marquait la mesure des hymnes clamés à la gloire de Dieu. — Le second Fr. Pedro Castellon, « naturel de Gandie », fit preuve dès le noviciat des plus nobles vertus et montra « qu'il n'y avait pas moins de consonance en « son esprit et en son âme qu'en son génie de musicien ». Chargé de rinlirmerie de la Collégiale, il s'y fit remarquer par de telles aptitudes, que ses supérieurs l'envoyèrent au « Royal Collège de San Lorenzo » où il serait parvenu à la « Régence des Chaires » si la maladie n'avait interrompu son labeur inlassable. Du moins fut-il commis au « Magisterio de Novicios », à la « Yicaria », et à l'administration des prébendes du monastère. Et en ces divers emplois il donne les plus édifiants exemples de sagesse et d'austérité. 11 étudia l'Écriture avec le docte Fr. Carlos de Valencia, ainsi que l'hébreu et le grec ; et il écrivit des livres fort appréciés, parmi lesquels une Apologie en défense du Doclor Màximo. Le chroniqueur insiste sur la chasteté de
(1) Cf. Sigûenza, llist. del Monast. del Escorial, passim. — Et P. Gayangos. Cat. cit. Classe III, t, III, secl. II. General llistory of Spaiu : Add. 28.3j5 et Eg. ::iOi7.
{2) La basse (contrabajo) Fr. Marco de Cardona, delà Murta de Gardona, servait aussi, à Yuste, à « oncaùar y aderezar los jardines ».
134 LE MYSTICISME MUSICAL ESPAGiNOL
Fr. Pedro, sur sa patience qui le fit appeler le « Prieur martyr » par le général de l'Ordre lui-même : Fr. Pedro Rosales. Il suppléait avec une habileté consommée soit le maître de chapelle, soit le chanteur principal, soit Torganiste, et il composa de nombreuses messes et motets de haute inspiration, ce qui ne l'empêchait point d'être un Prédicateur admirable. Ce grand religieux mourut des suites d'une chute de mulet à l'âge de soixante-trois ans. Le duc Fr. de Borja assista à son enterrement qui eut lieu à Saint-Miguel de los Reyes à Valence.
Le monastère de Sta Gatalina de Talavera compta au xvf siècle deux grands musiciens : En premier lieu, le P. Fr. Francisco de Guadalupe, qui fit ses études au collège de S. Lorenzo et devint rapidement fort instruit en matière d'exégèse, de mathématiques et surtout de musique. Ses hymnes en plain-chant pour les Offices de la Visitation de la Vierge et de l'apôtre saint Jacques étaient justement célèbres. Nommé prieur du couvent, il exerça une influence sensible sur l'Ordre tout entier. Mais l'excès du travail l'épuisa et des accès de goutte aiguë Fachevèrent : il mourut le 6 octobre 1614. — Le Père Fr. Felipe de los Reyes, né à Saucedillo, était doué d'une merveilleuse voix de « tiple. » Ce fut un bon musicien, et ce fut un vrai mystique. Avant matines, ne le trouvait-on pas à genoux dans le chœur, priant, sanglotant ou ravi en extase ? Il avait une préférence marquée pour le mystère de la Nativité, et, le jour de Noël, il ne se possédait plus : se déguisant dans les « villancicos », chantant, dansant, émerveillant tout le monde par une joie presque surnaturelle. On le croyait alors « inspiré de l'Esprit Saint ». Or la mort le surprit justement deux jours avant la fête de Noël d'une année non précisée par notre historien. Le sourire aux lèvres, l'espoir dans les yeux, il partit en murmurant « qu'il allait chanter la Calende et les Matines au Ciel ».
Nous citerons, en terminant, un grand artiste et un Saint du monastère du Parral de Ségovie : Fr. Pedro de Trivino. Il était né dans une bourgade de Ségovie nommée