‹ Le mysticisme musical espagnol au 16e siècleChapitre 19 sur 66 · I.K MILIKU ESPAGNOL · texte numérisé non relu

I.K MILIKU ESPAGNOL

Madrona, (|u'il quitla pour aller étudier la musique avec l'illuslre BeriiarJo Clavijo, dont nous aurons plus lard à nous occuper. Il ac(|uil aux leçons du maîlre, une science profonde d'organiste. Il se présenta d'abord au concours de l'église d'Avila, n'obtint pas la place, mais se fit remarquer tout près du vainqueur. Fr. Pedro retourna donc à Ségovie, aux côtés de sa mère pauvre et infirme. Lorsque la place d'organiste d'Ampudia devint vacante, il accourut, enleva brillamment le prix, et s'étant fait prêtre, vécut « saintement dix années » en cette nouvelle résidence. A la mort de sa mère, Fr. Pedro prit l'habit de Hiéronymite, le 15 septembre 1625, pour l'édification de toute la communauté. Sacristain du couvent, prêtre prébendier et organiste réputé (1), il ne craignait pas de balayer et recueillir les ordures, d'émêcher les lampes, de nettoyer les cellules, s'estimant heureux d'être ainsi « le valet de chambre de Dieu et de sa Très Sainte Mère » pour laquelle il professait une dévotion attendrie. Sa distraction en de si fatigants travaux était de jouer du clavicorde, et par la douceur de ses accords il entretenait « son âme en de saints désirs ». Les apprentis-musiciens venaient en foule, de toutes parts, lui demander des conseils et une méthode. Les maisons religieuses lui envoyaient des disciples dont il sut faire des maîtres et qui plus tard continuèrent les traditions hiéronymites. Le Supérieur Général l'envoya pendant huit mois comme organiste à Saint- Bartholomé, et il y ravit tous les moines par les accents mystiques de ses improvisations. A son retour, il s'enferma au Parral et n'en sortit plus malgré toutes les sollicitations dont il fut l'objet par la suite. Son amour pour la Vierge le fit sculpteur : il fabriqua ainsi pour la statue de la chapelle une couronne d'argent, et pour l'enfant Jésus une

(1) Fr. delos Santos dit, op. cit. : « Hablando deste siervo de Dios, « Pedraza (aquel monstruo de la naturaleza en el tocar de el organo, siendo « racionero en la Iglesia de Segobia) dezia que solo abi'a dos Organistas « en Espana que valiessen algo, y que el uno era él y el otro el Religioso « del Parral. »

auréole du même métal... De faible constilulion, il ne se ménag'eait point, et c'est au bout de trois années de souffrances supportées avec une patience exemplaire qu'il expira le jour de l'Annonciation de l'an 1669.

Nous devons borner là l'étude du livre de Sigiienza, car nous risquerions de dépasser l'époque « mystique » qui seule nous intéresse, et qui n'excède pas le premier tiers du xvii'' siècle. Qu'elle nous ait suffi à justifier le mot de M. Blasco Ibânez et à le développer. Ces Hiéronymites étaient vraiment des artistes et des saints, et s'il nous est difficile de retrouver aujourd'hui leur influence effective, du moins pouvons-nous présumer qu'elle fut grande jusqu'à la corruption de la musique d'Eglise que produisit en Espagne au début du xix® siècle l'introduction et la vogue de la religiosité théâtrale d'Italie.

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