INTRODUCTION
En Espagne, au xvi*^ siècle, les musiciens religieux, comlemporains de Thérèse de Jésus ou de Jean de la Croix, de Greco ou de Zurbaran, destinaient au lutrin des églises gothiques (1) d'admirables œuvres chorales que distingue une originalité de race, et qui possèdent une rare vertu expressive. Cette vertu, c'est le mysticisme catholique, et nous pourrons bientôt dire le mysticisme du moyen âge.
Les œuvres dont nous parlons, écloses à Tombre des cathédrales médiévales, expriment l'âme vivante de cette époque exceptionnelle du xvf siècle espagnol. Donc le musicien qui ne les étudierait que par la seule technique
(1) Cf. B. Rodés. L'Ame des Cathédrales. Préf. d'Ed. Schuré, p. xxvii : « C'est Gœthe, je crois, qui a dit le premier ce mot souvent répété : L'architecture est de la musique figée. » — L'évolution de Tarchitecture et celle de la musique sont identiques, sinon parallèles, quoi qu'en dise M. Ch.Lalo (Esquisse d'une Esthétique Musicale scientifique. Paris. F. Alcan, 1908, p. 313). « Les historiens de la musique chrétienne du moyen âge ont souvent cherché à montrer que son évolution fut parallèle au développement, mieux connu de l'architecture; en même temps, si possible, à celui de la langue, ou tout au moins de la langue liturgique; à celui de la science et de la métaphysique ; en général à la civilisation elle-même : de part et d'autre, dit-on (oubliant la spécialisation des fonctions et des organes) ce sont les mêmes influences qui sont ressenties : ce sont donc, sans doute, les mêmes routes qui ont été suivies. Par exemple, à l'art roman correspondent les neumes ; à. l'art gothique fleuri du temps de Philippe-Auguste, les chants des trouvères, les proses. Puis vient la décadence, c'est-à-dire la maigreur, l'abus de la techniquer l'affectation du détail, à la fois dans l'ar-