‹ Le mysticisme musical espagnol au 16e siècleChapitre 4 sur 66 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

race originale entre loules. Par la sohre austérité des Andalous, l'ardeur exultante des Valenriens, le pag^anisme latent des Catalans « italianisés », enlin la grave et âpre profondeur des Castillans, nous nous acheminerons vers le synthétique Tomas Luis de Victoria, vers le musicien mystique, le « continuateur progressif de Palestrina (1) ».

Arrivé à ce point extrême de notre travail, il nous sera facile d'opposer l'Espagne aux autres « nationalités » musicales du xvi'' siècle, c'est-à-dire l'épanouissement du mysticisme médiéval aux premiers pas de la jeune Renaissance ; et nous aurons ainsi tenté d'établir, contrairement à une opinion fort répandue, que l'Art du moyen âge ne s'est pas arrêté en pleine croissance, mais que son action s'est prolongée — en Espagne tout au moins — malgré l'Humanisme et malgré la Réforme (2).

Le sujet peut paraître vaste. Nous de^rons cependant admettre qu'il exclut toute incursion dans le domaine de la musique profane, du reste moins importante pour l'évolution artistique espagnole du xvf siècle. Mais il faudrait entreprendre une étude approfondie de chaque compositeur et même de chaque ouvrage, car si l'inspiration religieuse est identique, la forme extérieure varie. Nous borner à l'essentiel sera donc notre devoir. Puissions-nous seulement, par ce travail, détruire les préjugés qui ont fait si longtemps subordonner la polyphonie espagnole du xvi^ siècle aux polyphonies contemporaines — flamande, française ou italienne, — et montrer les liens qui rattachent cette haute manifestation d'Art, à la fois à l'esthé-

(1) L'expression est de D. G. Rodriguez, citée par M. Pedreil: La M ùsica Religiosa. Aùo II. n° 24, p. 375. — Notre ouvrage n'est pas une monographie de Victoria. Nous considérons cet artiste comme la synthèse, comme l'aboutissant des tendances artistiques et religieuses de l'Espagne au xvp siècle, dont Thistoire constitue notre principal objet.

(2) Ce dualisme esthétique est, au demeurant, fort captivant. Cf. Rio. Art Chrétien, Paris, 1861, t. II, ch. xi, p. 329 : a Comme cette apparition [des artistes mystiques] coïncide avec le mouvement que détermina dans une direction contraire, le culte de la Littérature Antique, il en résulte un parallélisme, ou plutôt un antagonisme qui donne une sorte d'intérêt dramatique à l'histoire de l'Art pendant toute la durée du xv« siècle », et nous ajouterons : pendant toute la durée du xvi« siècle espagnol.

tique (lu moyen âge, et au courant général du Mysticisme Catholique (1).

(l) Qu'il me soit permis de remercier ici les hommes éminents et les artistes désintéressés qui, de i)rès ou de loin, ont bien voulu s'intéressera mes travaux : MM, les Recteurs Liard et Thamin qui m'accordèrent leur haute protection ; M. Pierre Paris, notre cher Directeur de l'École Française d'Espagne, que je prie d'agréer l'hommage d'une dédicace ; mes anciens maîtres de la Faculté bordelaise, MM. Georges Cirot, Eugène Bouvy et Fortunal Strowski ; M. le Professeur en Sorbonne Romain Rolland ; M. Menéndez Pidal. professeur à l'Université de Madrid ; M. Felip Pedrell, le compositeur et musicologue très vénéré à qui me lie une longue amitié ; MM. Lliurat et Pujol, mes chers collègues de l'Orfeô Catalâ ; le P. Luis Villalba, Don Vicentc Ripollés, MM. Ferré y Doménech, les sympathiques « maestros » de l'Escurial, de Séville et de Tolède; le jeune et distingué P. Suùol, de Montserrat ; MM. Chabâs. Chavarri et Sanchis Sivera de la Cathédrale, et M. Penarroja du Corpus Christi de Valence. Enfin, je dirai tout ce que je dois aux bibliothécaires du Palais Royal, de la Nationale et de l'Ayuntamiento de Madrid ; du monastère de Santo Domingo de Silos : de la Diputaciôn de Barcelone, et des divers « archivos » de Salamanque, Saragosse-Huesca, Cordoue, Grenade, Alicante et Avila comme aussi de Bùrgos où j'adresserai un souvenir ému à la mémoire de l'admirable Don Federico Olmeda.

C'est, en effet, grâce à tant de bienveillance, de conseils encourageants ou de dévouements affectueux que j'ai pu mener à bonne fin, en un temps relativement court, la rédaction de cet ouvrage qui, je l'espère, éclairera d'un nouveau jour l'importante et cependant vierge question du mysticisme espagnol et de ses rapports avec l'art correspondant.

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