I. L'air se rassérène
Et se vêt de beauté et de lumière très pure,
0 Salinas, lorsque résonne
La musique suprême
Que gouverne votre main savante.
IL A ses accents divins
Mon ame, plongée dans l'oubli,
Recouvre ses sens
Et la mémoire perdue
De ses origines illustres.
IIL Et comme elle se connaît,
En sa condition et ses opérations elle s'améliore;
Elle méconnaît l'or
Que la vile multitude adore.
Et la beauté trompeuse s'anéantit.
IV. Et l'àme franchit l'espace tout entier Pour arriver à la plus haute sphère.
Où elle entend une autre espèce D'impérissable
Musique, qui est la source et le principe.
V. Elle voit comment le Grand Maître Appliqué à cette immense cithare.
D'un habile mouvement Produit l'harmonie sacrée
Qui régit et soutient ce temple éternel. VL Et comme elle est composée
De nombres qui concordent, elle envoie aussitôt
Une réponse consonante,
Et toutes deux, àl'envi.
Elles entremêlent une très douce harmonie. VIL Là l'àme navigue
Sur un océan de douceur, et finalement
En lui elle se noie de telle sorte
(1) Comme l'affirment — à tort, verrons-nous — Milâ [op. cit,, I, p. 293) et Menéndez y Pelayo : Hisl. de las Ideas Estéticas, III. La Estética Platônica, p. 93.
Qu'aucun accident
Etranger ou passager elle n'entend ni ne ressent.