‹ Le Nain jaune réfugiéChapitre 16 sur 88 · LES ALLDÈS ET LES BOURBONS · texte numérisé non relu

LES ALLDÈS ET LES BOURBONS

Les puissances alliées une seule exceptée peut-^tre ^ n^ont fHi avoir d*autre but , en favorisant la rentrée des Bourbons en France, que celui de faire ^ cesser Tesprit de conquête et de révolution dont les effets avaient agité si cruelleineut le monde. Certes , jamais coalition des souverains et des peuples nVut un but plus respec-» table, et jamais résultat n*en fut plus glorieux. Tout était rentré dans Tordre, l'Europe avait reconauisson ancien équilibre 9 et toute la prudence du siècle avait été employée pour empêcher la nation française de venir désormais le rompre. Les souverains alliés ne s'étaient point bornés au secours inévitable de la force 1 ils avaient aussi , par lés conseils les plus sages et les plus libé-raux (ij, rendu au peuple français l'espoir d*étre enfin

(t) Vojrc} la note du corps diplomatique' i^u ministre Rîchclieii «or la bécessité de gouTenier les Français consCttutionneUement , avec modération , sageM9€ , sans acception tle ciasset ni de religions ct,a?ec tous las wfw^mu^i» ^wgk lia pt upl« agit4 par a5 aai^ ^ révoHitiôii.

gôiivérn^ par les principes de la modération et de la véritable justice. Quelque grands que ûisscut les sacrifices qui lui furent imposés», les hommes raisonnables de cette nation ne pouvaient s*empécher de mêler à leurs gémissemens quelques biéntédictions fur la main même C[ni les avait /rappés* Il seml^ait désormais que le repos intérieur de la ÎPrance dût être assuré , que les mécontens dussent être , non^seuloment contenus par la force , mais ramenés par la )::onduitë et les maximes équitables de^ s^ouverains alliés. Il semb^it sur-tout que le gouvernement Ir^nçais. ne pût concevoir 1* idée de s'écarter des r^)nfipif« ni^rPfignîrpR à sa propre conservation.

C'est au sein de ces espérances de l'Europe que de

nouveaux troubles s'^nponcept en France qu'une

conjuHKon presque générale éclate en même tems

q^il 4)ré3enee clés armées, alliées , que aur les cei^drcs epcoi*e fumantes des victimes d'un dernier mouvement " pbpuiaire , un parti désarmé , dispersé^ cherche à lever de nouveau la tête Ce premier effort est , à la vérité, comprimé; le parti victorieux célèbre son U'iorophe» mais un mécontentement sourd , une agitation intérieure et profonde se manifeste de toutes parts.... tou^ annonce

de nouveaux orages î Vingt cou jurations/^arf/VM/zV^/Y?^

peuvent encore être déjouées ^ lei imprndens peuvent encore payer de leur tête des efforts prématurés , mais pour tout homme "attentif, une conspiration générale dé l'opinion n'est plus douteuse; ce sera l'effet de l'indignation publique , une explosion subite qui éclatera en mêfne tems sur tous les points , et n'aura d'autre terme qn'une extermination peut-être réciproque et univei'selle.

• D'après des symptômes aussi allarmans , d'après le rang qu'occupe la nation fi^ançaise dans le système de l'Ëûrdpe ; il est de l'intérêt , non seulement de tout philosophe , mais encore de tout citoyen de la grande confédération européenne, d'examiner scrupuleusement les véritables causes de ces dispositions hostiles de la part de la nation, afin de ne point tenter d'apporter au mal •dès remèdes qui , sans dcfute , ne feraient que l'aggraver et le. rendre plqs insupportable. Certes d^ns la méde* ci'ne poUt;iaue , compie dans celle du corps huinaTn, l'am-

> patation d'un membre est quelquefois inévitable»

mftis l'hompie ^c l'art , qui faute d'observation , ou qui , par suite d'un tempérament fougueux, viendrait à nér

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gKger I«$. moyen» plci$ dovLX de gu^riflon et ne parie^ rait que de couper le membre malade.» ... Un tel hbmiQft serait regardé comme le bourreau de Tiiumanit^ !.4*i..

Examinons donc attentivement si , chez la, nation francise , cette disposition aux révolutions est un vice ra-* dical que rien ne peut guérir., s*il ne provient que du besoin constant de trouble et de désordre chez certaiiis Lommes et dans ciertaines classes de l'état, ou si , tdmt «u contraire, les hommes les plus sages et les j>lui éclaira ne sont pas x-éduits à la triste- perspective de ne pouvoir espérer aucun repos durable d'après la marche pien^o du gouvernement des Bourbons et.de. lafaction domixiantç» Pour y parvenir , voyons quelle a été [a conduite respective du corps de la nation «t du gouvernemeint depuis i8i4* ^

S'il est d'une vérité incontestable que Icjs Bourhona » h cette première époque , ne furent présentée au peuple français et aux souverains alliés que par suite d'une patite intrigue diplomatique (2} , il faut aussi convenir, qu'on .fit très peu d'efforts poui* soutenir alor:) la précédente dynastie. La première abdication de Bo^iaparte ne lai^Mi que peu de regrets en France , l'armée ^Ue - iméknei , quéi(|ue encore formidable se soamit àans peine, et panai Jes citoyens ,. les Bourbons n'auraient peut*êlre point, dans le principe, trouvé de plus zélés défenseurs contne le retour de Napoléon que dans ies aiïciens répjablioains et les libéraux , qu'il avait cruellement persécutés. C'est qu'alors on était plein du sentiment de touteftlas soufrfrances qu'il avait fait éprouver à la nation et des dan» Mrs auxquels il l'avait exposée. Chacun s^ Hvrait donb a l'espérance de voir les Bourbons ramener le calme €t le bonheur au sKin de la p.atrie. Avec dételles^* positions , il leur était si facile de se faire aimer , d'e£facet* jusqu'au souvenir de celui qui paraissait alors le seul fauteur de tyrannie «n Europe !...• Maispar qufcU^ fatalité se fait-il qu'en peu de mois un murmure géné«« rai d'improbation et d'allarmes se répandit dapstontl^ la nation ? par quelle fatalité se fait-il qu'après dix.n|pia d*un règne vraiment favorable dans »t8 premiers effets ^ à la seule approche d'un homme naguère détesté ,unr partie considérable de la nation se lève par un meu-

(i) Voyex nofaioineut Tôarra^c ck Mr de Pradt sur les érâaen^iBidu 3i mslls }8i4-,

yenMnt spontané, tandis que Pantre portimi ne îâit pas le moindre e/fort pour soutenir les possessears de

!a couronne ? Comment se fait-îl qu'une fouie coi^-

sid^able d'hommes riches , de fonctionnaires ëminens , <|ue presque tous lès hommes éclairas en France « ]K*ennent aussitôt lé parti du nouveau prétendant , maigre la présence de l'Europe encore armée coûtre lui ^..i. Gomment ? Les fautes multipliées d'un gouTemement de mauvaise foi vont nous l'expliquer.

En premier lieu le roi , qui s'était jadis annoncé comme un prince éclairé et libéral, et au nom duquel tant de promesses avaient été faites ,,est à peine sur le trône que loin de paraître sensible au' retour du peuple Français pour sa dynastie , il déclare à la face du monde qu'il n|^ tient ici-bas sa couronne que d'un prince étranger (3) il viole en méme-tems , par un coup d'autorité qui rappelle le despote qu'il ne faisait que rcm- |>lacer , les divei*$es conditions qui lui avaient ouvert es avenues du trône. Enfin , comme par une grâce insigne, il accorde, il octroyé une constitutioii dont le teite doit se prêter à toutes les^ interprétations de Pintrigue et du pouvoir, et qui, bien qu'octroyée, est violée chaque Jour sans pudeur par les ministres , dont on persiste à ne point vouloir établir la responsabilité. Ces mêmes ministres parodient ceux du gouvernement impérial » contre lesquels ils ne cessent pourtant de déclamer \ ils commencent à vouloir égarer l'opinion publique ; Us établissent dans leurs journaux et dans les tribunes publiques un système de calomnie et de diffamation contre les hommes et les choses les plus recommandables de la ré- Tolutiou ou du gouvernement impérial. Ils font flétrir sous le nom de jacobins ceux là qui seuls ont eu le courage de lutter contre les excès révolutionnaires et donnent le nom àe fidèles à ceux qui ont lâchement foi , ou qui , par leurs affreuses trames , ont euxtnêmes cherché à pousser le peuple à tous les excès. Ils donnent le nom de bonapartistes au petit nombi*e qui avaient eu la générosité de lutter sans cesse contre le despotisme de Napoléon dans le iems de sa puissance , pour prodiguer des éloges à ses plus misérables satellites 9 qui le trahirent lorsqu'il n'était plus en son pou-

(3) Voyci la lettre du roi de France au prince rcgent d'Angleterre.

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Toîr de les combler de bienfaits...» E« même - tens ^ les princes de la famille royale parcourent la France \ Tu!! pour organiser dans le midi dés bandes d'assassins et de fanatiques , l'autre pour insulter à Topinion publique et aux braves qui avaient versé leur sang pour a patrie» Les anciens nobles commencent à traiter avec hauteur et mépris les habitans des campagnes , ils leur annoncent le retour de Tancien joug , ils menacent les acquéreurs de biens nationaux et extorquent par là des Tévocatrons de ventes consommées^ Enfin les ministres du culte prennent la première part dans ce système de divisions intestines^ ils allarm'ent les consciences, ils cheixhent , sous prétexte d'erreurs' passées , à dés\inir l'époux et l'épouse , ' le père et le fils. Ils établissent une inquisition vexatoire hors du temple et jiteques sur les objets les plus innocents^ Bientôt ils laissent entendre le mot de dîme , de restitution des biens du clergé

Cependant Bonaparte dans son isle , s'instruit de tout ; il médite sur les fautes de ses adversaires , il lit avec avidité tous les journaux de l'opposition , et ceux du gouvernement plus favorables encore à ses desseins. ••• Bientôt il croit devoir s'élancer..... Il s'empare des vœux des mécontens , il exagère , il est vrai ^ leurs motifs d'allarmes , il leur parle du retour peut-être chimérique

du régime féodal mais les autres motifs n'étaient-

ib pas assez puissans pour réveiller le peuple en sa fa-* veur ?...•.. que font alors les Bourbons i ils mettent le comble au mécontentement et au mépris par des pro^^ testatlohs ridicules de fidélité à la charte , de respect

\ tout( s les libertés de la nation retour inutile qui

ne trompa personne et qui ne leur fit trouver aucun ' défenseur. Ils se retirent enfin , non pour aller combatti'C , mais pour intriguer lâchement auprès des ca^ binets étrangers , et pour allumer la guerre civile dans le sein de la patrie qui les repousse.

Cependant l'artisan prin^cipal de cette révolution donnait encore de trop justes sujets d'ailarroes aux puissances coalisées.. •• il avait même déjà donné en France des motifs trop légitimes de défiance aux amis de la H*

berté Ce réveil de la nation française , opéré sous

de tels auspices , devait lui être funeste*.... Le destia

1>rononça contre elle , et les ^Bourbons rcmuatcreat saÇ e trône pour la seconde fois*

A lexir retoiiB,'îb feignent d'aTOu^rquelques fautes (4)^ ild.veulent , disent-ils , pardonner , tout oublier même» Ils parlent de liberté de la presse , ils conservent quel* ,ques minîstrts : populaires , ils flattent l'armée encore .puissante , ils s eftorcent , par des raisonnemens spë^ cieux , de pixmver qu'on les avait méconnus, calom-^ •niés ; mais a peine l'armée de la Loire est-elle dissoute , À;peine les forteresses sont-«elles occupées par les alliés ,

3ue leur système se dévoile tout euticr« Plus de libei^té e la presse, plus de liberté individuelle, plus de su*- .reté de consicreoce* Les écrivains sont obligés ^e,se taire -CM de se prostituer au pouvoir, les cachots se rem- •plissent, les exils se multiplient , les assassinats s'orga-*»

niscnt contre . les protestans du midi •• Cependant,

Je pouvoir 4^ la foction régnante avait encore besoia .d'un appui. Il fallait le secours des notables ultra-roya^ listes ^ on vput avoir une chambre toute dévouée y maia ou craint encore l'impartialité des électeurs quoique 'choisis dans les classes les plus opulentes de la société* Une ordonnance royale autorise alors les préfets a choi- 'sir un certain nombre d'électeurs. Ainsi , le parti ultraroyaliste , obtient la majprité* Les chambres se réunissent , et l'on n'entend plus parler que d'épurations , de destitutions et de projets de lois reVofufionnaùvs contre tortt ce que la révolutiort a [Produit de grand et d'utile. Vainement , la chambre a été ajournée ^ l'esprit qui Ta dirigée dirige encore le ministère.

Toutes les espérances sont déçue»; il ne reste plus que là pei'spective de la terreur et de l'avilissement.

Après ce récit trop fidMc de la marche des évèneinens en France t il «^^t unportant de suivre la marche de Topinion publique au milieu de cette fluctuation d'es-

Eérances et de mameurs^ pour démontrer que les Bourofts , bien loin de rattacher les Français aux idées de paix et de soumission politique , ont tout fait pour le» ramener promptement à un système opposé*

Au commencement de ièi4t tout esprit de domination militaire , tout esprit de révolution démocratique et violente était entièrement détruit eh France. Chacuït convenait que les conquêtes, en violant la justice , avaient fait le roalneur de la nation •, et le parti de Toppositioii publique n'aspirait qu'à mettre de fustes bornes à Tar-

(4) Voyez 1m proclamattoB dm toi , datéo de Cambrai , »9»&v *

I]4traire du pouvoir ; maïs en «e rattftchàut t6tijôuVs à; la monarchie héréditaire ; on semblait avoir oublie jii9cni'au nom de republique. Sur la fin de la même année , . ù est vrai, l'opinion avait déjà subi ouelques- chafi^ gemens : la conduite des Bourbons en France , en 'Bs-^^ pagne, celle dii roi de Sardaignc; du pape comme prinae temporel , commençaient k indisposer 4es esprits conti'e^ la monarchie et à i^veiller d'anciens souvenirs enfa-. vieur du système contraire ^ souvenir» ou^aui^ait bientôt I fait évanouir un gouvernemelit monarchique équitable* AiSi commencement Ât i8i5 , le même esj^it se rnani-^ ' iesta sous le* rapport des ^pinrous politiques^ et si'l«'| aort des armes eût été favorable à *»• France , quîsait^ si le sjstén^e militaire n'eût pas repris quelqn'empirë*' i 'Enfin , dans les derniers troubles , dans les derni^es*< conjurations , il parait que l'esprit de républicanisme 1 tendait ^ se propager davantage encore. Cependant, éu* les Bourbons venaient à sticcotaiber saus que la France ^^ eût à soutenir une lutte étrangère , nul doute que la^' parti de ta monarehie constitutlonneUe' en fa%*eur doutai ' prince ami des lois he triomphât sur tous les autres partis*. ••• Mais si l'oppression dure encore long-tems^ si tout se réunit pour accabler en France les amis d'un > gauvei^nemcnt légal ^ si tous les fléanx viennent encore,/

fondre sur cette malheureuse cçntrée elle succom«

i>Qra sans doute encore , mais ce ne peut plus être qua par une extermination générale !•••«• Ét^i , par hazard, le' destin , dont les décrets sont au-dessus de toutes les r combinaisons humaines, venait à renouveller l-t tema * de ses triomphes je le demande \ quels dangera .

Courraient de nouveau menacer la paix du monde et I cause dei: rois ?...•«

D'après cette marche de Popinion publique en France^ résultat unique de la conduite des Bourbons , il -me paraît biep démontré qu'ils ont agi. directement contre . le but des souverains alliés , et qu^ sous ce premier

f»oint de vue , ils ne mgritent plus aucune pcotection* I est également démontré qu'il ne s'agit point en France de deux partis aveugles et momentanés pour oa contre la personne des dominateurs ) mais d'une guerre éternelle et. raisonnée de deux systèmes opposés, inconcl^ liâbles : Tes prit de domination exclusive d'une part ^ et . iTautrepart le désir d'une égale participation pourtour " les «itoj^ens aux avantages sociatu» Qu*Qa ne s*y, trompe ^

point : ce nVst p«$ à la monarchie même que Topiûion publique a déclare la guerre , mais aux monarques qni persistent à vouloir favoriser Taristocratie de classes par* < ticuli^rCj» et le retour des terni d'ignorance et de barbarie.

Les d^veloppemens, , peut - étre^ trop étendus , dans lesquels nous avons ëteobliges^d'entrer spécialement sur la première partie delà question, ont Tavantage de nous dispenser d*un examen plus particulier sur la seconde partie djB la proposition , .^avpir : s'il serait de l'intérêt dtss alliés de soutenir les Bourbons de nouveau , dans le cas oïl la majorité des , Français /e déclarerait contre eux? Il est évident que , puisque ces princes ont si mal répondu à l'Attente de leurs illustres protecteurs , que si « malgré les leçons répétées de l'expérience, que si, malgré les conseils le^ plus sages des souverains , ils ne font qu'exposer sans cesse les peuples à prodiguer , pour une . querelle personnelle , le plus pur sang ded citoyens ^ il est évident qu'il est de l'intérêt des alliés , non de les soutenir dans up système aussi déplorable , mais de les abandonner à leur malheureux sort , et de déserter les bannières d'un prince qui s'est ouvertement déclaré le citef d'une faction oppressive du reste de la nation !

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