‹ Le Nain jaune réfugiéChapitre 17 sur 88 · COMMISSION DES RÉCLAMATIONS · texte numérisé non relu

COMMISSION DES RÉCLAMATIONS

La séance du 5 Juillet est ouverte à midi moins un quart* Tin gai»çon de bureau remet entre les mains du secrétaire une lettre portant le timbre Bruxelles. Le président l'ouvre ^ et passant rapidement à la signature , il ne lit pas sans surprise le nom de M. Hubin.

Un membre demande et obtient la parole^ Messieurs , dit-il, cette lettre ne peut qu'être. une mystification de M. Hubin qui est plus malin qu'on ne pense , et Je fonde l'opinion que j*émets sur une déclaration offi--. ciclle insérée dans l'Oracle du 3 juillet , déclaration dans laquelle M. Hubin manifeste l'intention de ne point s^a-^ vilir en se mettant , en quelque sorte , sur la même ligne ^ue les auteurs du Nain Jaune, L'Orateur conclut par demander qu'on passe h l'ordre du jour.

Un autre membre soutient une opinion contraire : les sermens des poètes comme ceux des amans s'envolent B^jec le seutiment qui les dicte , et certes M» Hubin est

%n poêle ^ la premîère Vol^e; tout Iç oiOBâi! iit ttw. Utimn : témoin sa dernière fable ^ui est devenue là MÀe du public,

I«es avis se partagent » la discuaston s'anime^ L'ordre du jour ! Aux voix ! Là parole ! — Un membre : Timpaiw tialité nous fait uh devoir d^adoiettre toutes les récla-' mations : ceHe de M-. Hubin { je parte de sa réclamation et tion de son impftrtisitîté If'celle de M\ Hûbin^ dis -je , doit être dirigée contré nous : 'c*est un nouveau motif pour là Bre et pour Pinséfer*

Le président annonce qu'il va consulter la' commis-^ sion.

La première épreuve est douteuse. L*appel nominal «lieu, et M. Hubin long-tems ballotté , obtient enfia les bonpeurs, de la lecture^

Messieurs du Sam Noir ^ . 'K'avais-j9 pas .raison de vous appe)ler Us ^îgnes suù-^ f^esscttrs d« Marat jet du fère Duchesne ? Les crimes, qu'ils ont commis ne sopt que 4es peccadilles en corn-* paraisoB du doubla sacrilège dont vous venez deVous^ rendre coupables^ N'est>èe { point un sacrilège^ en effet^. d'avoir exhumé de la poussière ob il était enseveli l^en-, but infortuné que je mis au jour en i8f2 ; mon rp^ «ueii de i*oesies diveIlses enOn y pùisqmiljatU rappelle^^ far son rioM^ qui mourut en naissant et dont la mort. me causa tant de larmes ?,iV^est-ce point un sacrilège plus borrible encore d'avoir a impliqué à Lous xviii ^es, vers consacres k Napoléon le Grand ^^ comme je. IW-; pelle en tête de mon ode qui comme^^ce par cette stropnô, éù^ l^ar une , ffitalité inexplicable.» Apollon lui -même; iB*inspii*a.pour la première, et po^r; la dernière fois ?

Toi dont le sublima géuie , , . .

Sauva la France à son déclin : .

Toi que In «ag^ Gcrmauio

A nomme thommé du destin v' * ' ■

TIapoIron ! gV^nd roi , grand liotnmc î '

En vain dans la Grèce «^t dans Rohm "'>

Clio chorcllerait ton égal : , . . .>

Seul , dans ta carrière immortelle ,

Hvl hominé he Ait ton modèle y

£t ilul ne sera ton rival.

Je le If^pète , messieurs , le sens détourné "que Vou« 4vcz donné hl quelques-uns des Vers de cette ode , est fine injurieuse parodie* Mon ouvrage n*offrait-il donc' V. 4« 1% ^

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|mt rniHe autres passages applicables a\ii circonitanccf présentes ? £t pout vous citer un exemple qui vous proa-^ vera en même tems combien mon ame sensible sait coin- }jâtir aux maux de mes semblables ^ \e le tirerai d'une pièce de vers très-toucbante , intitulée les exUés* Dam ce siècle fertile en illustres victimes , hes vertus oAt souffert le ch&timept des crimes. Les malheurs ont ua terme : on dieu réparateur peut-être en ce moment de crise et de spuiliraiicc g Destine au salut de la France Un illustre libérateur.

Il brisera nos fers ; à leur douce patrb Il rendra les infortunes Que la haine et la barbarie Au 'triste exil ont condamnés.

" Voilà, messieurs, voilh les vers que vous eussiez transcrits si votre ame n'était pas aussi noire ^ comme je l'ai àé\^ dit, que la couverture de votre feuille du i8 juin . Puis^îe espérer, du nîoius , quVn réparation , vous les inse* rerèx dans votre prochain n^. ainsi que l'adresse du Itbraite où mes poésies sont à vendre ! Je vous pr<^ ihets , en récompense , jnon pas de ne vous plus inju^ rier , mais de le fail*e en français et avec esprit -, et^ certes ce n'est pas peu vous promettre. ' La commission ' est si enchantée du délire poétiqtie

Si rèene dans l'ode du Pindare de Bruxelles , si tou« ée oe la mélancolie élégiaquc empreinte dans le dia-* logue sur les exilés , morceau digne de Tibulle , qu'eHe n'a pas le courage de reprocher à l'auteur toutes les fkiites de langue , toutes les naïvetés , toutes les inepties qui fourmillent dans son recueil, ni de rappeler au public les méchants vers et les vers méchants qu'il a depuis si courageusement publiés contre les victimes de la tjrrannî« et contre les braves morts au champ d'honneur. Elle s'empresse de faire droit à sa réclamation en apprenant au public qu'il trouvera chez M. Stapleaux , libraire , marché auxnerbes, n^. 28G , l'édition complette et intacte des œuvres de M. Hubin.

On passe h une autre réclamation.

Au Nain Jauncy

Tivoli , le 90 j«dn# Mon fils , Quoique placé tout pris du St.-Siège je suis fort mal -> assis dans- ce monde. Est - il une position plus embarrassante que la mienne? Titulaire de deux

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UTcheyèehé$ ParU et Montéfiascone , je reste i^ Rome ^entre les deux sièges ëpiscopaut comme on dit fort improprement le cul à terre. A Paris fe me trouve place d'une manière tout aussi incommode, entre deux fauteuils académiques, celui de l'ancienne académie et celui de l'institut*

Ne pourriez- vous , mon fils, répondre ^ ce diléme que j*ai Tainement soumis à la sagacité du ministre de l'in-iérî«ur» Ou Louis xtin est un roi constitutionnel et du choix, du peuple, ou bien S. M. est un roi légitime et par la grâce de dieu. Dans le premier cas il a promis de respecter les nominations faites ayant son avènement au trône, et par conséquent je dois rester aca-* démicien comme membre de l'institut. Dans le second cas il est obligé de maintenir les nominations approuvées par le roi-«on prédécesseur, et, à ce titre, je ciois en«* core mieux , comme membre de l'ancienne académie , demeurer académicien.

^ Le cardinal Maury.

La commision est prête à donner à Monseigneur toute satisfaction sur les conséquences^ lorsqu'il aura démontré par des faits l'existence des pf émisses. Amsterdtun , 2 juillet.

Messieurs,

Quelle a été n^a surprise , je puis dire mon indigna^ tîon, en lisant dans vos annales de THyt^enée (iSnae. livraf- 8on} le couplet qui se terminé par cette pensée aussi ingénieuse qu'élégamment exprimée : les sentiments de nos cœurs sont àes bouquets.

«c Que rien ne peut faner famais. »

Certes il ^ a peu de délicatesse à trafiquer aînsi dés vers qui m'appartiennent, non comme auteur, a diea ne plaise ! mais à titre dVditeur. II est facile de vous convaincre de la vérité par l'exemplaire que je joins à ma réclamation. Vous y vetr^ ces tnémes vers qui s'adressent maintenant h la duchesse de Berry , figurer à la fia d'un petit divertissement intitulé le chantier de Saardam ou ^impromptu hollandais , pièce qu'on a représentée en 181 1 sur le théatr^ de la cour à toc^ cas ion de rentrée ^solehnelle de LL. MM* impériales *€t royales dans leur uille d^ Amsterdam ; ainsi que Téfirivait à cette époque M. Allissan de Qiaset qui n^é* lait point encore chevalier.

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Cèn¥eDe»-ett, meAsteuffs» le procédé n^est paftd*\in.lb7it dievalier pui»^ue chevalier il y a. Déflorer ainsi ua ouvrage dont ^slï fail toute* la dc^pense et dont je n'ai rien retiré, est un trait abominaole ! M% de Cha-^ aet^ peu suis bien c^aia, se sera &it payer par la cour de Louis xviu ces vers que lui avait dé]h fort larjrgeioei^t payés celie de Napoléon*, ^t moi j*en suis pourmes frais; car, \e n£ puis vous le cacher^ je possède encore toute Tédition de ce divertissement dont lUmpres.sion ne m*a* pas plus, diverti <|uele pyublio oe s*est diverti à la repréâeotatiojx*.

>'a> L'konneur etc^ Van -Serrure > libraire h. Amsterdam.

La réclamation de M. P^an^ Serrure ne paraît point fbfidéfe en justice; lorsqu'un hominepeut prouver qu'on lui a fait souscrire des billets le pistolet sur la gorge, i^ n'eart pas tenu dç les acquitter, et il en peut disposer à son gré. Or, comme M. le chevalier de Chazet nous s^ merveilleusement appris dans la Quotidienne qu'il n'a fait des vers pour Tusu^ipateur , qu'aùii de n'être pas fusillé; comme chanuQ sait qu'il eu^ «ourait le risque, il est évident quM peut casser tous se^ marchés poétiques, et vendre sa muse h qui bon lui semble^

Le présid4>nt : Messieurs ^ ^article PxRis « inséré dans la a4^ livraison du Nain Jaune- , a provoqué un très^ grand nombre de réclamations ^ la plupart signées par dfis baurgeoi3 môiae de Paris,. J'en ai distingué deux qui sont , en quelque soi*te , le résumé de toutes le^ autres , et , & coup sûr , l'expression fidèle des sentiment de nos concitoyens. Je voua invite, à en ^.utorisec^ la lecture et Tinsertion^ — Adopté.

yéujs Rédacteurs du Nain Jawie^ Messieurs ,

La peinture que vous avest îkïie y d^xis votre dernière fevraison ^ du caractère et de l'esprit des Parisiens est un modète de malice mais noa pas de resr* semblance.

J'arrive de Parts ; personne ne rit , personne n'eat tenté de rire , |e vous assure : on ne rit pas même aux Tuileries, quoique les malheurs pu bhcs soient à leur comble > le peuple a horreur du présent , la cour tremble poui' Tavenii*. Le:» emprisonnemens , les e:|ib>

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lès mises en snrveîllance se intihiplîent de jour en jotiT** ie n\ii pas ouï dire qu'on fût très-gai dans le donjon "de Vincennes , ou dans les cours de la conciergerie.

Il ne faut pas juger de tout Paris par quelques <^<?gants de la chausse d*Antin , de toutes Jes sociél<5s , par celle du cafë Tortoni •, de toutes les femmes , par quelques folles. Il y a h Paris deux mille individus qui se moquent de tout. La citt^ est pour eux dans les galeries du Palais-Royal , la gloire dans la possession d*une caillette , la liberté dans le droit de se promener au jardin des Tuileries. Cette espèce d'oisifs et d'indiflerens se rencontre dans toutes les capitales comme dans celle de la France , «t il serait injuste de flétrir le ca»l^ctère de tout un peuple , par une accusation qui ne doit atteindre que la plus méprisable fraction de hk société.

A Vauteur de Vartîcle Paris.

Non , la peinture que vous faites de notre caractère li*est point d*un Parisien : un compatriote nous connaîtrait mieux; non, la froide assurance avec laquelle* vous annoncez que nos fers sont rivés pour toujours n'est point d'un Français : un Français ne saurait même ' concevoir la possibilité d'un éternel esclavap;e. Pour toujours !...,• Pardonnez ,• mais il y a de l'absurdité h. le dire sérieusement , et de la barbarie à en plaisanter.

Les Athéniens non moins légers , non raf>ins frivoles que nous , adoraient cependant la liberté : nous sommes les Athéniens d'aujourd'hui. Comme eux nous avons de glorieux souvenirs et la conscience de nos droits : comme enxlebadinage etia satyre savent quelquefois nous charmer, mais de plus nobles loisirs nous occupent et nous captivent : les jeux de Betlone ne nons sont pas moins fa-miliers que ceux de Melporaène \ et Ton nous a vus pins d'une fois nous élancer du théâtre au champ d'honneur. Avant que nos plaies , empoisonnées par l'appareil posé pour les guérir, ne fussent rouvertes par la main même qui devait les cicatriser , il y avait du courage peut-être îi' rire de blessures que nous avions alors l'espérance de voir bientôt fermées ; mais nous avons pu rire d'une infortune , jamais d\in allront \ et, quoique vous en di-> siez , l'esprit chea les Parisiens comme chez les Athéniens, n'a point gâté le cœur. Plus heureux î s'ils luttèrent iong-tems contre la tyrannie, ils conquirent enfin leur indépendance , et la conservèrent long^tems ; uuu& avons

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ttxwsi conquis Fa nôtre mi prix de bien du sang ; mvÊt elle nous a été ravie aussitôt , et ^ chez nous , toute Ta mertume des regrets se j;6int h toute I^mpatien ce du désir*. Où sont , dites-vous, les preuves de cette iwpatience ? ' Où so^t-elies ?.•••• Interrogez nd» tyrans : ks terreur» dont ils sont assièges , la triple g«*de dont ils s^cnvi* ronnent , les é6hafauds cpi'ils dressent de toutes pai^fs^ ne parlent-ils pas ëlocfueroment en notre faveur î' Où sont-ellos ? Interrogez les mliNer» de victimes entàsscfes dans les cachots ; leurs f^s tt*attestent-ils paf et nos. vceux et nos eiïqrts ? Où lont-elles ? £st-ee de bonne foi que vous nous adressez une pareille question .^ Ja-* mais Paris n^a nianifestif sa pensée par des actes plus nombreux et plus éclatans. Un siècle tout entier oiFre moins de plaintes , de murmures , de rëvoJtes , de séditions, de conspirations que n'en ofFre Tann^ qui sM^ coule. Toute ractivitc des tribunaux peut à peine suffire a fuger les mecontens de tous les rancs , de toutes les classes , de tous les sexes : les grands, les laili ta ires, ^ 'le pem^e , tout conspire: il y 9 mille conspirations.» ou plutôt il n'y ^n a qu'une:' chacun se devine , s'en--, tena ; uif degrif d'audcM^e de plus y et tout le monde s expliquera* IlcconnaisseTr-YOïis a ces traits le tableau que vous avez traed des Parisiens ? En vëriié, des pleurs d'indignation s'échappent de mes^jreux. Vous parlez de nous cotiume en poi'lent nos ennemis : vous vous êtes fait l'ecbo des sarcasmes de nç6 voisins qui lic s'ar* rétcnt qu'à la surface,, et jugent de la masse qu'ils ne votcHt pas par quelques individus qui se donnent en spectacle» '

O Paris ! o noble et malheureuse cite ! si ta vohc gémissante, dépuis tra|) long-tems étouffée, pouvait enfla se faire entendre : l'Europe , dirais-tu,. m''accuse de bai*- &cr en souriant la main qui me frappe: siée reproche n'est point une cruelle ironie^ si l'Europe veut en effet ;ia voir de quelle manière je suis façonncT t^u ^gquVlle m^'mposa i fe n*invoque jw^int son appui , j'en appelle seulement ù sa loyauté : qu'elle d<5clare hautement que ses armées , promptes à repousser toute aggi*ession qui les menacerait, assisteront, en silenee, à nos querelles de famille', tju'cJlc pi*oclame,.en un mot, sa neutralité; qu^clle la procla\ne aujourd'hui , et demain ..••»«. .w^ demain F£u« roj>e n'aura plus de reproches à me* luire! La séance est levcTe»

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VOYAGE EN ENFER, Poime en \ehapUres^ tradait du français de P. A» d« Q)MXeh\xhinA9Lnl\ en f tançais pttr A* F. De Bicoqueterne*

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