CHRONIQUE LITTÉRAIRE
' Fables ; par A* V* AmetuU » et aucune aoadAnieê
La littérature a aussi ses préjugés qui sont embras* <és aussi avec fanatisme et défendus avec fureur» Cest iine opinion très-sérieusement accréditée parmi les gon tfaiques admirateurs de ce qui n'est plus, qu''il est ab« , solumcnt impossible de composer aujourd'hui de bonnèa fables , attendu que Jean Lafontaine en a fait autrefois d'excellentes; et il est probable qu'on opposerait encore la désespérante perfection de Phèdre à l'éinu- , fation des poë'tes vivants, si ce premier épouvantait ii*eût pas déjà complettement échoué auprès de La- ' fontaine lui-même....* Que prétendent ces intolérant sectateurs d'un culte exclusif? Espèrent-ils nous persuader que Raciae a eu tort de donner Athalie à la ' V. 4» 3i . ,
ée^ne qui possédait d^jh les Horaces, et que Voltaire a.' multiplia vainement les chefs-d'œuvre pour s'élever Il la hauteur de ses deux illustres devanciers? David a-t-il brisé son pinceau devant les chefs-d'œuvre de Raphaël , ou l'a-t-il égalé par les siens ? La carrière du .génie est-elle devenue trop étroite pour recevoir tous les concurrens qui viennent j disputer les prix:? €t si le langage allégorique n'est ,pas déplacé dans un ai^ticle où je traite de l'apologue, Jupiter était-il donc le seul habitant de l'Olympe à qui la Grèce élevât des autels, et ne voyons-nous pas qu'Alcide méritât par ses travaux de partager l'immortalité du maître des dieux/
Mais Lafontaine est un de ces génies originaux dont la nati^^ ne reproduit pas la merveille , Lafontaine est par excellence le poëte inimitable. — Je le sais bien , pédants) qui vous parle de P imiter P L'apologlie n*at-il pas comme tous les autres genres ^eg innombrables variétés ? le grand fabuliste du dix-septième . siècle n'a-t-il rien laissé à moissonner après lui dans le vaste champ de nos vices . et de nos ridicules ? de nouvelles mœurs, de nouveaux rapports n'étendent- ils pas incessamment le domaine de la philosophie sa lyrique? et s'il est vrai, comme l'a dit Lafontaine, que l'apologue soit ua drame,
A cent actenri divers Et dont la scène est l'univers,
Le tempK dont 1^ main imprime a chaque fige la physionomie qui lui est propre, n'offre-t-il pas au fabuliste aussi bien qu'à l'auteur comique, dans une succession presque constante de phénomènes toujours nouveaux , une source abondante et intarissable de sujets d'étude et d'imitation /*«,•• Si Lafontaine et Molière vivaient de nos jours , leur génie enfanterait des chefs-^i'œuvres «que to^ comportait pas le siècle qu'ils ont illustré. La fable des animaux malades de la peste ci^ Vhi^toire de Louis XIV et de ses courtisans -, celle des Charbonniers et du Marguillier (i) dut paraître sous un autre règne.
(i) Fablf de M. AniMlt.
Concluons de ces observations- qu'il- Q*est ni aisi fil impossible de faire aujourd'hui de bonnes fables ^ qu0 Jes difficultés viennent du genre et o^on de réarÎYaik qui les a surmonUfes -, et que des cheis*d'o^vre qui sont la preuve de tout ce que Tesprit bumaia peut aV teindre ne sauraient être pr^sent^s oomint 1^ iaes^m!# des défiances qu'il doit concevoir. - ^
M* Arnault a rëpondu aux . détraeteuirs d^ taleoli contemporains , coflune le philosophe d'Athées devait lequel on niait le mouvement, et le succès le plut incontestable a déjà justifié ses effo^. Une partie td^ fables dont se compose le recueil qu'il pubUe aujouiï* d'faui parut pour la première fois eu i8ia. De grtods changemens se sont opérés depuis cette époque, dans la situation personnelle de l'auteur* Dépouillé de ses él^rpbis acquis par trente ans de travaux; exilé de sa patrie qu'il honore ; poursuivi jusques dans le sanctuaire des arts \ de tout ce qu'il posséda autrefois il ne lui. reste plus que son talent. Lafontaiue, n^QÎ^s malheureux , fut méconnu aussi du monarque doqt le règne fut illustré par ses écrits^ Mais Loigs XIV , injuste envers le courageux ami de Fouquet, comblait en même temp« Racine de ses bienfaits , et de nos jours la proscription n'épargne pas Fauteur de Marius.
S'il suffit à la tyrannie de punir la gloire par l'ia-^ fortune , elle est satisfaite ; si elle a cspéi^é que l'injtii^ tice et le malheur flétriraieat le talent proscrit, elle s'est trompée» Accueilli avec honneur sur cette teora hospitalière ^
0& l^ritiér du grand GuiUaiune 'Si'tk pas peur de la liberté,, (a) If. ArnauU vient d'ajouter en peu de mois tm namr ireau titre à ces titres glorieux que la fortune n'enlëyr pas. Comme Ovide, il a trouvé aussi dans l'exil les ilVh^ pirations du génie.
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(a) V^ftde M. Arnftalt.
St les premières fables de M. Arnault reçurent en 'paraissant de justes éloges, elles essuyèrent aussi irn grand nombre de critiques, qui, pour la plupart , sont faciles à réfuter. On accusa Fauteur d'avoir trop souvent substitua les formes acerbes de la satyre aux grâces naïves de l'apologue, la malice épîgrammatique de Voltaire ^ la bodbommie de Lafontaine. Je deimanderaî à cenx qui ont adressa ce reproche à M» > Arnault, oii est la poétique de l'apologue? Boileau <qm traça les règles de la chanson n'a pas défini 4'art du fabuliste. Dirons -nous que son silence fut un oubli, ou le regarderons-nous comme un aveu de • la liberté qui appartient à ce genre de composition? •Si la fable fût inventée pour corriger le vice en lu» offrant le spectacle de sa laideur dans un portrait allégorique, le choix des couleurs qu'elle emploie n'est-il pas toujours assujéti à la nature même du modèle dont elle se propose l'imitation ? Malheur au iiècle oîi l'apologue doit être une satyre! mats honneur au poëte philosophe qui sait observer ses contemporains et reproduit fidèlement leurs traits dans ses écrits ! Ceux qui condamfient les productions ne s'apperçoivent pas qu'ils reprochent II la copie les dé* fauts de l'original^ ils ressemblent à ces coquettes su« Tannées qui accusent le talent du peintre des difformf tés de leur^ image*
On a critiqué sous un autre rapport un très^pelii nombre de fables du même auteur, dans lesqueU les on n'a 'voulu voir que des allégoriçs ingénieuses, des contes piquants , reproduits sous le titre de l'apo* logue. Cette observation ne manque pas de justesse ; *inais que prouve - t - elle ?••••• La fable des deux amis ' est -^ elle moins morale et moins parfaite que celle des **deux pigeons ? Si Touvrage me plaît, que m'importe le nom que l'auteur lui a donné? J'admire les chefs-d'œuvre de l'art, comme j'honore le taleivt de l'ai-tiste sans m'informer du rang qu'il occupe d^ns le monde , et ^e la condition à laquelle il. appartient*
Prët^ndez-vous dire , me demandera-t^on , que M. Arnault se soit élevé, dans Tapologue, h toute la sublimité du génie de Lafontaine ? Non sans doute*, M* Arnault n'accepterait pas un pareil éloge, et je ne «ais pas non plus flatter à ce point le talent et le malheur* Noua apprenons de lui-même qu'il regarde comme im*-
Î>raticable aujourd'hui la route qui fut ouverte .par 'inimitable fablier. *
Sana lÎTaliser tes travaut»
De Jean j^adoptai le système.
Je me dois le peu jque je vâum , Je suis moi comme U est lui*mâmt.
« Ne forçons point notre talent , « Nous ne ferions rien arec grâce, A dit cet esprit excellent Dont je n^ai point suivi la trace.
Le mérite de l'invejition dans le choix de tous les stijets, l'originalité des narrations, la nouveauté des leçons morales qu'elles expriment, l'art du style port^ à la plus haute perfection, voilà ce qu'il faut savoir apprécier poui* avoir' une idée du peu que vaut M. Arnault, à^ aucune académie*
Dans un prochain article, je justifierai mes éloges par des citations et je soumettrai h l'auteur quelques critiques dont plusieurs de ses fables me paraissent susceptibles.
D^ermite du Brabtmt»
Antidote au congrès de Vienne , ou tEurope telle qu'elle doit être sous le rapport de la politique et de Fequilibre des états. l\)
Je dirais volontiers h l'auteur de cet ouvrage ce que Malherbe disait au confesseur chargé de le mettre dans la voie du salut : Mon père , je crois tout cela , mais de grâce , ne m'en parlez plus , si vous ne voulez pas m'en dégoûter»
(i) En Belgique, chez les marchands de nouveautés , ,et II Pruxeiies , chez D£MAT | hbraire i Place de la ViUe.
Qoo^^
• Je crois avec l'autetir que le congrus de Vienne s'e«t otÉvert sons des auspices plus favorables que ceux qui ont pri^céd^ l'ouverture du congrès de Westphalie. Je crois qu'il était possible d^ arrêter les bases d'une nouvelle confédëration européenne propre à rétablir l*équiltbre et i maintenir la paix sur le continent. 3% ^crois que pour arriver à cet heureux résultat , ce n*était pas du principe de la légitimité qu'il fallait accou" éher. Je crois au contraire que l'adoption du système représentatif pour tous les royaumes où le besoin d'une constitution sVtait fait sentir, offrait un moyen beaucoup plus assuré d*empécher à Favenir les guerres d'invasion et d'étouffer le germe de l'esprit révolutionnaire ^ je le croîs , quelques bons esprits sont tout disposés à le croire , mais pour que la conviction devienne générale ^ il faut savoir le dire et le prouver sans être ni déclamateur ni ridicule»
Par exemple l'auteur veut apprendre au public qn#
isi le régime affireux de la terreur n'avait succédé ^ la
constitution de 1791 ; que si le despotisme militaire n*a«
Tait effacé ce que les constitutions de l'empire avaient
. de philosophique et de libéral, l'exemple d'un monar-
4|ue constitutionnel et d'un peuple libre eût rnsenst*
l>lement gagné les peuples et les rois , et que peut-
ttre on np compterait plus aujourd'hui en Europe de
MMBarehîe absolue* Cette proposition n'est pas sans
vraisemblance. Exprimée ainsi elle n'a rien de ehoquaqt
et tout le monde peut l'entendre. Eh bien \ comment
croit-on que l'auteur la présente dès le début de son^
ouvrage* La rti^lution , dit-il , aidée de Napole'an a
manqua de nous débarrasser des rois* A la vérité il
«joute dans une note , que p^r roi if entend l'être moral
et non la personne , les rois féodaux , c'est-h-dire la
féoàvXiié'^ cette explication ne suffit pas et Tbacst forcé
de dire à l'auteur qu'à la tribune des jacobins on n'eût
pas tenu un autre langage»
La même virulence d'expression se fait remarquer dan»
Qoo^^
fceancoap d^autres passages que notis ne citerous pas ; nous préferons de faire connaître avec quelle emphase ridicule Fauteur parle de lui et de son ouvi^age.
« Si mon livre a du succès il le devra à là majesté de son aufet , et à In grandeur des principes qui j sont énoncés \ principes que l'auteur n'a point tires ou de ses préjugés ou de ses passions , mais da la nature des choses.
« Pour sVlever à cette nature des choses il a falla faire abstraction , c'est-à dire se débarrasser des tema et des hommes et se jetter dans l'avenir.
J'ai 'cherché la vérité, je n*ai craint que l'erreur, je n'ai pas craint les rois.
Je me suiis dit: il j aura un homme du moins en Europe , qui sera vrai , qui n^aura ni les préjugés des heureux , ni les passions ni les lâchetés des malheu^ veux et des égoïstes^
n Placé hors de la sphère oh dans un tourbillon étemel te meuvent les grands et leurs satellites innombrables qui se compose ut de leurs victimes , de leurs dupes ou de leurs complices ; libre comme la vérité , j'ai he droit de prétendre en être qru de ceux qui ne sau^i raient voir par eux-mêmes. »
r Certes il n'y a qu*un fou , qp'un illuminé capable d^ écrire ainsi , excepté toutefois M. de Chateaubriant ou' Bonaparte ^ M. de Chateaubriant , comme écrivain stU pendié pour détourner desi idées libérales en les revêtant de tontes les formes du jacobinisme , Bonaparte cherchant à se venger de la perte du pouvoir en lançant an Europe un brûlot propre à mettre tout en fea une troisième fois. Cette dernière supposition ^piel^ué' bizarre qu'elle paraisse au premier apperçu se prése^-» tera. sans doute plus d*une fois à l'idée de ceux qui liront dans l'antidote au congrès de Vienne , plusieùm passages aussi singuliers qoe «elui pac lequel nous ter-» ttùoerons aet article*
. « lasqn^ict on ne $*est point eticbre servi d*uti corp^ ie principes poUtiques en matière de religion*, on n'a pas encore on espnt des lois à cet ëgard ; mais Tal* leyrand ^tait là , De Pradt vivait , on pouvait, on devait de plUb consulter TEurope; i'^vRàts i>oiivé moit avis.»
" LE XXIV JUILLET- Dialogue entre X et }S*
Messieurs X et Z ne sont pas des gredins ; qu'on ne, s'avise pas de les conlondre avec les rédacteurs du Journal Général où du Journal des Débats* Ils seraient gens là prendre cette erreur pour une injure et à faire assigner celui qui la commettrait en réparation s'ils ne jugeaient pas plus à propos de lui en demander raison*
Messieurs X et Z, sont des gens d'honneur et même d'honnêtes gens, aussi injustement proscrits qu'aucua det trente-huit parmi lesquels ils figurent. Ils vivent tranquillement dans les environs de Bruxelles , attendant sur les bords des lacs la fin de leur exil, comme les fils d'Israël attendaient sur les rives du fleuve la fin de leur captivité. C'est dans leur dernière promenade qu*ils eurent la conversation qu'on va lire*
Z. Bon jour mon cher X , quoi de nouveau ?
X. Rien mon cher Z\ si ce n'est qu'il y a aujourd'hui tout juste un an que nous avons été proscrits.
Z. N'y a-t-il qu'un an ?