‹ Le Nain jaune réfugiéChapitre 35 sur 88 · PASQUIN ET MARFORIO · texte numérisé non relu

PASQUIN ET MARFORIO

DIALOGUE sua LBS BEAUX ARTS»

Pasquin. Pourquoi cette humeur sombre ?

Maiforio* Ce cher monsieur Blucher !

Pa&quin^ Il ne commande pas à Bruxelles ^ dieu merci ! et nous pouvons y parler tout à Taise de la bibliothèque d'Alexandrie (i), voire même du mustfe s d'ailleurs si j'en crois les renseignemens qpe je me suis procurés avant de quitter Paris ^ on s*est servi du nom de ce général , pour ôter aux p]:opriétaires du jour^ nal des Arts (a) tout prétexte de réclamations. .

Marforio. Quoi! ce serait un tour de la police.

Pasquin. Nul doute. Au surplus ^ il usait du droit de la guerre,

Marfbrio* A la bonne heure ; mais il troppo , célèbre Canova^ n'a pas la même excuse. A moins qu^on ne le considère comme un soldat du pape.

Pasquin. En effet il n'a pas tenu à lui de nous fairft emballer; bien que nous fussions une propriété partie «taulière (3) ^ il nous aurait traités Comme l'ambassadeur d'Espagne a fait pour les trois tableaux de Murillos et pourceiuideZurbaran(4}. Chacun alors faisait ses farcet*

Marforio^ Une fois à Rome , dieu sait si Pie VU n'au«< "• ' ■■ - - ..... ^ . ■ > ■ „

(i) Voir le volume des fahtaisies. Ce yolume lappriiné par la police £iit suite aux deux volumes du Nain Jaune publié à Paris. Il sera mis incessamment en vente et contiendra la ciel de toutes les anagrammes de ces deux volumeâ.

(3) Le dialogue de Pas^oin et de MarJTorio inséré dans le tt.» aS du Journal des Arts fut cause de la suppression de oette feuill*^ On feignit à la police d'être poussé k cette mesure par le commandant de Tarmée prussienne. Le fait est que le gouvememeat français seul craignait uu journal d^opposition.

(3) Voir le i i^^o vol. du Nain Jaune , page 338.

(4) Ces tableaux avaient été donnés au musée par tm parti* culier et ne faisaient point partit d«s objets €OD<piis eift Espagne.

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raît point e.Hectué la menace d'Adrien VI (5), qui dontf a pu donner dans ee tennis aa MgDor Canova ce dont il a toujours manqué?

Pasfjuinp Ce h'es^ pas, à coup sûr , le refus d'un prince magnanime, k-^^f^ Vam mwk ^oaé faire oA4r .pour pviz de sa protection rApolion ^u Belrédère. Ce ne sont jpoittt u<m ph» les «xoeMentescoaaîdëratioBsqtte le mi« aîstre de ce fvmœ a fait valoir au congrès de Paris po«r i'ÎQtérét ées i>eau« arts et oeliii de la Franœ.

êfatforéé. Q«*lmpoi^ ! les réclamatiMis de la cour de IfcéiâeB'^o ottt pas mevns é^ écoutées , et l'osi s'est eai«* fttfê JÈ^iXWf&Ki^^ ée €0 qui avarit été céàé par des traités.

Pasfptin. Je le sais. We trouvant point -de protecttnrs dans les amis de la justice, -Cmnova n'en a point manqué parmi les ennemis de la France. L'un, grand professear de morale , dans la sen'le vu« des bonnes ihœm*5 ëé afin de rendre h dieu ce qui appartenait à César , a bien voulu faire appuyer les meijaces du soldat du 'pape pav 'quelques milliers de bayonnettes qui n'éntenft nuliemMt \ la solde du successeur de St. Pierre. I7atltre s^est chargé à^ plaider la «cause de sa sainteté tfa tpfiraïud des mtniMvs iréunis. Elève diplooiaie , et nurcdiaiit fpeée olmuth sor les traces de Tillustre Pitt , il n'allait garde de laisser .éobapper une aussi belle oc- Gaston de iratre h, 4a Franoe^ <3*-est lui qui a débité au sein de cette assemblée mhiistéiûelle tous les faux arguments que le Danois Maltebrun a répétés deux jours après dans la Quotidienne*

: Marfbria^ Il est assez singulier que ce soient deux béréliques qui ^ pour enrichir le père aient dépouillé le ils ahié de l'église^

" Pasquîn. H est vrai que ce dernier s'y est prêté avec une complaisance merveilleuse.

Marforia^ Vous vous moquez, Pasqiiin. J'ai entenffu

*'(5),'0 pape voulait faire prucipltcr dans le Tibr« lef 8tiila«s de Pasquiu «t de Marforio.

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dite au contraire qu'il avait protesta ^ qu^I avait mèo^ voulu un moment opposer la force à la force»

Poiquin* Sans le respect (}ue )*ai jpour mon v^m \^ TOUS dirais que cVtaient de véritables pasquinaides» Ja^ mais comédie B*a été mieux jouée» Tout était convenu d'avance. Il fallait bien à Paris feindre de céder à 1^ violence , ce qu'on avait promis à Gand d^ giieté decœur \ autrement on risquait de pousser à bout Tapathioparisienne* Un jour viendra où je pourrai tout dire« Ias pièces de cegrand débat simulé ue son^ pat perdues, pour Tbistoire.

Mcuforio^ Ma foi , je n^ conçois rion^ Quel intérêt la France avait--eUe à éprouvée cette nouvclk p9rt«k Quel pouvait !.«K*

Pasquin. Padmire votre simplicité, ManfUxô^ It a^agit bien de t*intéré€ de la France : voua ne savez don* point que le grand œuvra de la Wgitin^té est d'effheerjusqu'aux vestiges de ce qui a été fait depuis i& a«s y non pas en. mal ^ c^est un sujet trop commode cb reproche , un prétexte trop plausible de réaction' ; mais^ de ce qui s'est fait pendant cette période , d'hoaoraw ble, de grand, d'utile pour la nation» O^, rien t^é^ tait plus propre- que l'établissaient du milséb à reW veiller de nobles^ souvenii*s •, c'était le plus beau ■»•* Bument élevé à la gloire nationale; il attestait dfan<H ciens tnomphes , il attestait l'amour , le fo&t , k rea«4 pect des Français pour les productions des arl$.etdi> génie*

Maffôrio^ Jamais aucun peupfe ne ?it u». usage- plus Kbéral des trésors qu'il avait conquis.

Pasqutn. Détruire ce monument c'était aiiéantir îi ht lois toutes les idées de grandeur et de magnificence , dont le présent et l'avenir pe pouvaient ofSrir de çom** pa raisons»

AfarfbrCa. Sans contredit*, mafscVtait se priver ei^ jD^mc-tems de la seule ressource qui restât. Vaincue 4eux fois ^ resserrée daus d'étroites limites ;■ d^^ouitp-^

lée d'un imm<?nse matériel ^ la France ne ponvaît plut aspirer à ]a prëpondërance militaire. Mais il ne lui (^tait pas impossible par la richesse de ses monuments , par le g^nie de ses artistes , d'eicrcer une grande influence sur le cootineut* Elle aurait été 1* Athènes des tems modernes, et s'il ne lui était plus permis de compter des Miltiades , des Thëmistocies , des Péricles , elle pouvait s'enorgueillir de posséder des Coraebus , des Mnefiicles , des Phidias , des Praxitèle , des Zepxis , des...*

Pasquin. Vous arrêterez- vous Marforio? ne vousappercevez-vous pas que vous tournez toujours dans le même cercle ? Si Téclat du musée était importun , la renommée de la nouvelle école ne devait pas plaire davantage. La génération d'excellents artistes dont elle se compose s'est élevée pendant les v:ngt années de rébellion ^ elle a puis* tamment contribué à la gloire de cette période.

Marforio^ Voilà donc les artistes presqu*aussi coupable« que les militaires.

Pasqidn. Assurément. Voyez aussi comme on les traite. L'auteur du tableau des Sabines , du tableau de Léonidas est exilé loin de sa patrie. En vain les principaux artistes sont allés jusqu'au pied du trâne solliciter une exception il la plus atroce des lois ; en vain ils ont représenté que l'absence du régénérateur y du fondateui* de l'école , était nuisible à la prospérité des arts) que ses leçons, ses conseik n'étaient pas moins précieux que ses, ouvrages^ ils l'ont redemandé comme leur maître , leur ami , leur père» Rien n'a pu toucher le cœur du meilleur des rois.

Marforio^ Le légitime Charles II n'a jamais poussé si loin la vengeance. L'amnistie qu'il eut aussi le travers d'accorder à son peuple , loin de proscrire Milton , lui . garantit sa liberté. Ah ! s'il eût persécuté le plus beau génie d'Angleterre, s'il eût contraint l'auteur du Pai adis Pendu à terminer ses jours sur un sol étranger , le nom de ce prince serait depuis long-tcms en exécration parmi ceux qui cultivent les lettres*

Pctsquin. Savons-nous ce que penseront un jour ceux quicaltivent les arts ! les monuments mutilée > d«s ta^

bleaux livres aux flammes , des vases précieux mis en ^clat ^ voiià ce que les amis des arts auront de reproches à ajouter à ceux qui pèseront de toute part sur lamémoire..,..

Marforio* Pasquin ; mon ami Pasquin , la passion vous entraîne ! Garre aux procès en calomnie !

Pasquin. Ah ! je ne les crains guère ^ je puis justifier par des faits toutes ces allégations. Je veux bien croire que les bas-reliefs de Tare de triomphe n'aient été que décrochés et relégués dans les magasins , mais le basrelief du fronton du corps législatif n*a-t-il pas été détruit à coup de pioche et de marteaux ? C'était cependant le dernier ouvrage de Chaudet , du sculpteur qui depuis vingt-cinq ans a fait le plus d'honneur à l'école française. Et le beau portrait de Napoléon passant les Alpes , chef-d'œuvre de David , n'a-t-il pas été brûlé en place publique ? n'a-t-on pas forcé Raphaël Morghen à briser la planche qui devait en reproduire et en multiplier les images. Ignorez- vous aussi que la ba-taille d'Austerlitz , le tableau le plus capital qu'on doive au pinceau de Gérard , a été arraché de la salle du conseil aux Tuileries , que la belle tapisserie exécutée aux Gobelins d'après le sublime tableau de l'Hôpital de Jaffa , est devenn la proie des vers dans le coin de quelque /itelier. Mille autres beaux ouvrages ont été lacérés ou sont enfouis. Qui ne sait enfin que les plus belles tables , que les vases les plus riches de la manufacture de Sèvres ont été réunis au garde -meuble pour être mis en pièces.

Marforio. Ah ! Pasquin , nous voilà retombés au tems des iconoclastes. C'en est fait des beaux*arts.

Pasquin. Pour la France , peut-être •, mais non pour tous les pays et en particulier pour la Belgique.

Marforio. Est-ce. une plaisanterie?

Pasquin. A dieu ne plaise« Dans un autre entretien je prétends vous en convaincre*

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Afnrfbrio. y y consens , car noti.^ n'avons pas ici cotnnio •n France 'k craindre que quelque héros ou quelque ministre nous prive de la parole une seconde fais.

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