LA CONSTITUTION
Au moment ob nos ennemis repoussaient nos raisons jiar d'injurieuses, clameurs , an grand aveu est venu tious absoudre. La Constitution : tel fut à toutes les époques notre cri de ralliement *, le salut de la France est attaché au maintien de la Constitution ; disioo^^
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Bow 9u i8i4 ^ la ConsiùuHon est Parcke satute qm , seule , peut nous sauver du naufrage , avons-nous répète en i8i5: depuis, la Coiwri/«//o/i fut sans cesse invoquée par nous , alors même qu'elle n'était plus qu'un vain simulacre : dans notre exil , chacun de nos écrits a été une protestation nouvelle en faveur de la Co/wtitulion; et voilà qu'aujourd'hui la voix rojale daigne enfin s'unir à la nôtre-, voilà que Louis xviii lui-même Vécrie avec nous: la Constitution! la Constitution!
Déjà sans doute , fa roahreillance s'est hâtée d'em^ poîsônner les motifs dé cette conversion tout à-la«fois brusque et tardive. On ne peut l'attrihuei- , aura-t-elle dit , qu'à la puissante médiation des ath'és -, peut-être à leurs menaces -, peut-être à des menaces d'autant plus ..eflifajrantes qu'elles sont mieux déguisées. EHe aura prétende qu'un pareil acte ne pouvait être que l'eâet d'une - iBtri^ie ministérielle % qu'il avait été arraché à la faiblesse par la crainte; que le monarque, après de loix* . gués hésitations ^ n'avait cédé qu'à l'impérieuse nécessifév que c'était une ruse de gueire , une contre-mine .politique pour prévenir l'explosion du mécontentement général. Quelques- uns se seront permis de proposer ces questions insidieuses : pourquoi le nombre des régr- 'mens suisses s'aocroît-il de jour en jour? Pourquoi leur marche est-elle accélérée? Pourquoi impose-t-on silence aux troupes les plus dévouées ? Pourquoi désarme-t-oa Ja garde nationale? D'autres n'aarot)t pas oraint de faire des rapprochemens perfides : peu de fours avant le 20 mars, la Constitution fut jurée solennellement par le rôi et par sa famille , auront- ils dit : car à quels exc^s ne se porte pas 'la méchanceté? il en est même qui, faute de raisons , se seront couverts du masque d'une frivole pitié , et qui , sous le préteilté de plaindre leurs eoihpati*îotes , auront évoqué tour-à-tour les ombres des victimes que la Constitution n'a pas protégées : ils auront renouvelé le récit cent fois rebattu des crimes «ommis par les agents du pouvçir ; ils auront retracé , "après toote l'Europe , le tableau des misères publiques ;
ils anront faîi retentir les ctis âts cliaycfns cfcargA' de fers et amoncelas dans les cachots *, comme si H France ne les entendait pas depak ioiig - teras ! Une classe non moins mmii^rease d'incr^édules volontaires et mal intentionnés aura poussé la témérité jusqu'^ s'in« Ibrmer si api'ès tant àe promesses prodiguées dans le péril et violées ensuite , ces promesses nouveltes s'appuyaient sur de nouvelles et de plus snres ^-anttes , comme si l'univers ne savait pas que Louis xviii ne donna f ornais sa parole en vain !
Pour nous , loin de partager cette injurieuse défiance , nous somo^s les premiers à gémir sur les circonstances^ étales qui , au premier aspect , sembleraient l'autoriser ; et nous voudrions ; de grand coeur , effacer des annales françaises les événemens qui se sont passés sous nos yetix , et qui fourniront h l'indocilité populaire unfe excuse éternelle. Mais dans Timpossibilitéob noussommbs 4e faire que ce q.ui est ne soit pas , nous aurons recours à des armes d^une trempe plus forte que ceUes de l'expérieno^ ^ aux armes de la dialectique et de la politique.
On demande qurfles sont les garanties de Texécutioa des promesses nouvelles de S. M. Louis xviii ? Nous né dirons point qu'elles se trouv-ent dans sa franchise ^ dans sa loyauté , dans 4es actes de sa vie toute entière : nous parlons h une classe de lecteurs trop prévenus , aux Français qui s'obstinent à juger de l'avenir par le passé.
Nous puiserons no» preuves à des sources plus pures : fions trouverons les garanties que Ton exige dans l'acte même à Tappui duquel ces garanties sont exigées. Oui , l'ordonnance de sa majesté est tout à-la-fois l'objet et l'argumeut de la démbnstration.
Personne ne révoque en doute les lumières et la sagesse de Louis xviii : sa majesté a donc prévu toutes les conséquences qui dérivent de rengagement solennel qu'elle a bien voulu prendre ; elle a mesuré de l'œil du génie et du courage , et l'effrayante distance où elle
%e troave do bot ^ et la vaste ëtendoe de la carri^ oh elle se propose de reotrer* Eh bieo ! ces coosëquences v les daogers de la retraite , les daogers plus graods encore qui eotraveroot sa marche^ mats sortout les aveux qui jaillissent d*un seol aveu: voilà les gaxanties contre lesquelles viennent ëehoaer toutes les alarmes , toutes les récriminations , tontes les interprëtatious , tons les efforts de la méchancetë. Nbn , nn roi qui n'hésite point à se condamner lui-même en condamnant ceux qui n'agissaient que pour lui et par lui ; lin roi qui s^expose à toutes les chances d'nne rëactioa dont il donne lui-même le signal ; un roi qui affronte et Timpatience depuis long-tems concentrée de tons les patriotes , et le ressentiment de ses propres amis : un pareil roi ne peut manquer de franchise et de fermeté dans Texécution d*une mesure dont Tidéo seule deman* dait tant de fermeté et tant de franchise ; et lorsque Ton vient k considérer que ce roi est Louis xviif , cet argument se fortifie de tonte la force de sa grande ame, de toute la majesté de ce digne représentant de diea même*
Si les preuves d'ensemble portent déjà la convictton dans tous les esprits , qui osera élever quelques doutes en parcourant les preuves de détail ?
Quels aveux , avons - nous dit , jaillisent d'un seal aveu ! La chambre dissoute était inconstitutionnelle et pour le nombre des députés et pour Page d*un grand nombre d*entr*eux et surtout pour les actes et les opiliions de Timmeose majorité. Cependant la loi des pré* venus, la loi sur les cris séditieux, la loi du fx janvier, lois attentatoires à la liberté et à la vie des citoyens , lois proposées au nom de sa majesté , discutées par les chambres 4 acceptées et promulguées par sa majesté ne doivent le jour qu'à cette chambre que sa majesté déclare inconstitutionnelle : ces lois ont toujours force de lois en dépit de la constitution , et le premier acte de la nouvelle chambre constitutionelle doit être de les abro-* ger , c'est-à*dire de déclarer à la face du monde que
des milliers de Français ont été et sont encore aujourd'hui exilés , déportes , ' emprisonnés , mutilés , exé** cutés contre toute espèce d& justice ; d*oîi i*on tirera la conséquence que toutes les fois que S. M. n'a pas daigné leur faire grâce , ils ont été assassinés , et que toutes les fois que S. M. a daigné commuer leur peine , $• M. h*a pas même fait un acte de justice ^ d'où Ton tirera la conséquence que les journaux ont continuelle-xnent et grossièrement insulté à Ja bonne foi des lec^ teurs , et que tous ceux qui ont été punis pour avoir tenu un langage différent de celui des journaux sont des martyrs de la vérité •, d'où l'on tirera enfin la conséquence qu'une ordonnance royale qui offre matière à de semblables conséquences , est un acte du plus sublime courage, et d'une franchise dont l'histoire ofire bien peu d'exemples.
Sa majesté est convaincue que les besoins et les vœux de ses sujets se réunissent pour conserver intoc^e la charte constitutionelle.
Intacte ! remarquez bien ce mot : intacte est le sy* nonime de vierge: et nous devons nous féliciter qu'il n'en soit pas de la virginité de la Constitution comme de *la virginité humaine ; car toute la puissance de sa majesté elle-même échouerait dans le noble dessein de rendre à la charte sa pureté originelle. Mais si cette grande restauration n'est pas impossible, elle offre , dans les circonstances présentes , des difficultés que Louis XVIII seul était capable de surmonter. Ici le cou^ rage ne suffit pas v il faut de Taudace : car sa volonté , pure dans son principe , reçoit un démenti dans son exécution puisqu'au moment où le roi jure le maintien de la Constitution dans toute son intégrité, on pro* e ède à la nomination de ses défenseurs par des voies inconstitutionnelfes; puisque les députés vont être choisis par des électeurs inconstitutionnels, sous l'influencedepré' iidens inconstitntionnellement désignés par les préfets , en vertu d'une ordonnance inconstitutionnelle? Une diffi* euUé nouvelle se présente ou plutôt un nouveau sacrifice
c^ imposa h Mi^ritier de Lonls xvr. Par «ne încon-* cerablê fatalité les membres de la convention se troiiteot pkc^ sous la protection spéciale , expresse de Ja charte: sa majesté va donc , en les rappellant, ajouter à la garantie de sa parole , une garantie de fait , et signaler son retour sincère h la Constitution en provoquant luî-naéme leur retour et en protégeant leur personne.^ Un pï^ince légitime qui achète à ce prix l'intégrité de la Constiîtttioti n'est-il pas digne d'une confiance aveugle et d'une reconnaissance sans bornes ?
Jusqu^à présent des circonstances qui ne se renou'» velleront plus ont induit sa majesté nous ne dirontpas à manquer à sa parole royale , mais à n'observer qu'une faible partie des engagemens qu'elle avait con* tractés dans la mauvaise fortune* Sa majesté est con«» vaincue aujourd'hui
Qu*il faut dit actionis et non pas des paroles pour guérir l'incrédulité générale \ qu'il ue suffit pa» après tant de proclamations , de déclarations , de protestations , de publier une ordonnance plus ou moint constitutionneUe ^ que ce premier pas doit l'entraîner 'k de nouvelles et nombreuses démarches , et que dan» cett» course rapide , tout est perdu si elle regarde en arrière* Toutes les institutions que n'avoue pas la charte seront do^ abolies. Les cours prévôtales disparaîtront, le nombre immense des citoyens distraits de leurs juges naturels seront de nouveau traduits par-devant les tribu iianx compétens , leurs jugemens seront re visés e^ cassés I ear si les victimes ne .sortent pas pour cela dit tomb^iu i du mains les principes reprennent une vigueur nouvelle et néeessaire* La liberté de la presse règpera dans toute l'étendue dé son pouvoir , et l'exercice le plus modéré qu'en puissent faire les sujets de sa majesté sera de réclamer publiquement les uns leur fortune injustement ravie , les autres leur liberté , ceuxci la réhabilitation de lears parens \ cenx-lè leur propre booneur flétri Contre tous kf droits de \m
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Justice ef de Phiimanîttf« Sa majesté a prévu e)Ia^ même que ces réclamations se multiplieraient à Tia- -lîni ^ mais elle a senti qu'elle ne pouvait pas moins faiire pour conserver intacte la charte constitutionnelle *, ce qui ne fait pas moins d*liODneur à la sagacité de soa esprit qu'à la droiture de son cœur , ce qui ,noiis offre un nouveau gagé de T exécution de sa parole i*oyaIe«
Poursuivons Texamen des** garanties que nous pHsente la situation mêmeoii S. M. s'est placée par son ordon?- .nance du 7 septembre*
Dissoudre une chambre c'est la désaprouvet ^ la dtsrtoudre dans des circonstances aussi critiques, sans lui accorder un seul mot d'éloge c'est là désaprouvcr han^ tement : cependant cette chambre introm^blâ «eloa kl belle expression de S« M* h'est que [le foyer du royalisme le plus pur , autour duquel se réndis^sent par conséquent tons les royalistes dé^voués* - Il est donc naturel que le roi , par un acte semblable ^ se soit aliéné au moins leur aftection* Ainsi S. M« à'est peut-ctrèfait des ennemis de ses amis et ne s'4»stpoint encore fait des amis de ses ennemis : il y a donc dic la part de S. M* une preuve évidente de bonne foi et de grandeur d'ame h se fermer lui-même tous les chemins qui pourraient le ramener , malgré lui , à des mesures arbi^ traires : S. M. s>st donc imposé , à dessein » la nécessite de marcher franchement dans l'étroit sentier de la cottstitntiop ) pouvait-elle nous donner un gage plus cef tain d^ la pureté de ses intentions ?
Parlerons -nbus de la disposition des esprits après une longue compression , des dangei*s qui peuvent r^ultor d'une liberté soudaine 1 du choe des opinions dans les assemblées électorales , des intrigues du parti qui soc^ tombe , des espérances du parti qui se rolère ? Parlerons-nous des effoits dés fonctionnaires pour se maintenir dans des places auxquelles leur existence tst doublement attachée ? Des efforts contraires de leurs subordonnés qui n'ont été qUf Uun victimes *, en un W^ de Tef-*
f^rrescenee g<fhë'3le qui succédera D^cessairement k un régime de terreur ? Non , sans doute : tous les éWmens de réaction qui mis en mouvement sous un monarque moins loyal et moins -imé , inspireraient de jus*tes alarmes sVvanouissent en présence du caractère et de la bonne foi bien connue de Louis xyiii. Offrons donc h sa majesté, si elle persiste ^ et qui^ oserait en douter ? ) , offrons ici le double tribut de notre admiration et de notre reconnaissance. Espéions même que , frappés et entraînas par un si grand exemple , les béritiers du tr6ne nous donneront^ leur tour des garanties non moios réelles dans leur respect religieux pour la cbarte , et que ni le comte d'Artois , ni le duc ni la duchesse d'Angouléme , ni le duc de Berri ne le céderont en loyauté et en libéralité à Tauguste restaurateur de la constitution.