‹ Le Nain jaune réfugiéChapitre 45 sur 88 · PANGLOSS ET PLEIGNIER · texte numérisé non relu

PANGLOSS ET PLEIGNIER

TBAVEBSAITT LE STYX*

Pangloss* Dans quel état sortez- vous donc du meilleur des montles possibles ?

Pleignier (portant sa tête et son poignet droit sous son bras gauclie* ) Comme vous voyez : dans Tétat où m'a fait mettre le meilleur des rois possibles à qui je n'ai jamais pâ parler*

Pangloss. Voilà une chose singulière , et je serais curieux de connaître la raison suffisante d'un pareil effet. Qui étes>vous , mon ami ?

Pleignier. On me nomme Pleignier -, je suis ou plutôt j'étais cambreur de tiges de bottes à Paris-, mais avant de vous répondre ne pourrais -je bavoir à qui je parle î Serie£*vou8 encore quelque procureur, quelque juge ?

Pangloss. A dieu ne plaise 1 je suis Pangioss*

Pleignier. Quoi 1 ce fameux docteur , l'ami , le corn'pagnon de Candide dont l'histoire m'a tant diverti !

Pangioss m Lu^-méme*

Plejgnier* Mais comment vous trouvé-je ici occupé 2i ramer comme un galérien. •

^.^imglôssi Tel ts^ TaiT^t du destin^. Comme 'j'ai 4tê fUitrefeU un peu pendu , et que j'ai manié Taviron sur une chiourme , le sage Mînos a |ugé*à propos de m*ad^ joindre à Caron pour transposer d'une rive à Pautre les ombres des eondamnés à la peine capitale. Dtea jnerci , je m'acquitte assez bien de- mon emploi et j'j* trouve même quelque plaisir. C'est moi qi^i interroge le premier les ombres les plus malheureuses , je leur demande des nouvelles df la , terre qu'elles viennent de quitter , et }*ai la satisfaction de leur prouver que tout iy passait pt>ur le mieux*

Pleignier. La tâche est difficile

Pafigioss. Moins que vous né penses , puisque tou« tes n'arrivent ici qu'à regret. Mais brisons là-dessus v et contez^moi , je vous prie , comment un cambreur de tiges' de bottes a pu s'attirer, dans le meilleur des rojraumes possibles , un châtiment qu'on n'inflige plus depuis long-tems , même chez les nations les moins civilisées, du continent,

Pleignier^ Helas 1 il faudrait remonter trop loin pour que vous pussiez comprendre combien ce châtiment es% injuste et cruel.

Panglossm Dispensez-vous de ce soin. Je suis an fait. Depuis plusieurs mois , je ne fais rien. autre chose que de passer les ombres de ceux qu'expédient les coura prévôtales, les cours d'assises, les commissions militàii'es , ftc. j etc. Les frères . Faucher , Nej , Labédoyère ^ et tant d^autres ne m'ont rien laisse ignorer.

Pieignier. En ce cas vous saurez donc que g^mis«^ aant sur les maux de ma patrie.. « ^ Panghss* (L'interrompant}. Et pourquoi gémissiez-' vous? l

Pleignier. Pourquoi ! pourquoi l Parce que la France ^tait plong<5e dans l'avilissement , parce que mes conw patriotes étaient abreuv<^s d'humiiiatfons , parce que la misère était an comble, parce que la tyrannie la plus insupportable pesait sur chaque citoyen, par-* ee qu'enfin..

Pdngtôsf. fioacement, mon ami. Tont cela ^taîtpàtir fe mieux et ne pouvait être autrement* Apres une r^vo^ ^ntîon d*un qudrt de siède , après avoir servi tonr-à^ tour les gouvernemens populaires , le gouveritiement An^^rial et le* gouvernement royal, vos com.patrîotes JleVaient étte ndeessairement divisas d'intérêts et d*opi* fiions, et Paroour de la patrie ne devait plus entret* pour rien ^i dans leurs calculs ni dans leurs affectiohiTé Oi*' dans lin tel ëtat dVgoïsane et de division , il n^f ftvàît qu*un seul moyen de rallier les esprits vers^fe même centre , et de leur donner une énergie communr^ cVtait d'établir un ordre de choses tel, qu'il froissât également toutes les opinions et touts les intérêts* Car supposez un gouvernement mixte et modéré: chaque citoyen occupé de conserver une fortune acquise , ou d*en amasser une nouvelle n*aurait nullement songé à la chose publique*

Pieîgnier* En vérité, je crois encore entendre raîsiDinner Tavocat général de la cour d'assises. Quoi! vous prétendez que le mal présent doit amener un bien futur?

; Pdnglùsu yoilh le fond de mon système. ' ' Pltignier. Quoi! vous voulez me persuader qu'on t bien fait de me plonger dans les cachots)^ ' Pangloss* Sans doute.

' Pieignier^ De m'y torturer pour me faire avouer de^ projets que je n'avais pojnt conçus ? *

Pangloss^ Assurément.

Pleignier^t De n^e mutiler ensuite , et de me tran^ cher la tête?

Panglcss. C'est mon avis.

Plei^nier, Vous êtes donc plus corrompu que le» agents de In police , plus mercenaire que mes juges*

Pangloss. Vous confondez.

Pleignier*, Lorsque j'ai formé mon association dey patriotes de 1816, mes intentions étaient pvu*e9« Une

Qoo^^

Page 1