‹ Le Nain jaune réfugiéChapitre 54 sur 88 · DE L'HOMME · texte numérisé non relu

DE L'HOMME

COnSIDÉBÉ COMME MABCHAirniSB (l).

Voltaire , Pope , Buffon , Gondillac et beaucoup d'autres écrivains dont on retrouverait facilement tous les noms pour- pen qu'on voulût consulter Tindex des cours de France , d'Espagne et de Tunis , ont traité de l'homme en général et l'ont considéré dans tous ses rapports physiques et moraux. Mais je ne sache pas qu'un s«ul d'entre eux ait encore envisagé l'espèce humaine comme objet de commerce et d'échange , et Ton a lieu d'être surpris qu'un si vaste sujet de recherches et de méditations ait échappé jusqu'ici à la sagacité des philosophes et des économistes • Un ministre expérimenté avait composé sur cette matière un ouvrage qu'on dit très-curieux; mais malheureusement il a vendu son manuscrit à un gros monsieur qui en a fait l'acquisition à un prix exorbitant , uniquement pour empêcher qu'il ne soit livré h l'impression ; et il est vraisemblable que le fruit des veilles de ce ministre fameux a subi le même sort que plusieurs pièces également intéressantes , telles que la protestation adressée an parlement contre la légitimité des enfans d'une reine de France , la correspondance d'un prince philosophe avec Robespierre , et une^ infinité d'autres écrits dont |a publicité n'aurait pas laissé de fournir un jour des matériaux précieux pour la composition de Thistoire.

Depuis Joseph qui fut vendu par ses frères, suivant le témoignage des auteurs sacrés le commerce des hommes a pris dans toutes lesparties dtt monde connu, un accroisse* ment considérable. Des plaines glacées du Kamtchaska au

(i) Les personnes sur qui les images fout plus d^impression que les écrits , peuvent consulter la balance politique , carricatu^f jbiute au 3i"*^. uumcro d« rancienns «oUectioo du liain Jaunt,

voe 4>rà4ant de Gibrritftr , des bords de la mer noire aux vive» de laSetne^ rfaomme-marchaDdiiie a, suivant les moiurs, et lu caractèce de xhaquo^ peuple , sa va*leur rëelle et sa valcul: da conv^ition , sa hausse et sa baisse , son tarif ot ses courtiers» On traite sur la place publique, et à domicile ^ en gros at en détail » au comptant et \ cr<^dit^

Il existe cependant une espèce d*homnies assez nom-^ breuse dont le oommerce est expressément défendu de-, puis quelques temjuu Pour fomr d'un privilège si pré* cieux , il suidt d'avqiji une peau, opuleur dfébène , Iq nez camus, et la tcte ce^ouverte 4« laineffiiis^ Quand on possède, de paj.'eils, av^ajotag^s oa ne oQufft plus 1^ risque d'être yendju h. prix d'argent comme une bétn de somme. AdmicablA résultais des, progrte de. la civilisation européenne ^ efiet suMîme et-. trQ|^ pi9U vanté des généreux efforts- da la pIiilc«iti:Qpie aiif^Wâe, qui permet d'espérer qu'une fayeiaff ausn dsstingtt^fe a'é-» tendra tôt ou tard h ceux de- nos «eoMables qei OAk le maibeur, de ne pas ressefn)>Ij9r aux nè^s ! .

Les grandes (bires dans lesq^ielles sonA trailiéas lea plus importantes opérations pointent le nom de CaHus* Lea échanges, et les ventes. a*yr fbiit par BBllions.; mais là marchaxKlise ne paraît jamais sur Le marche à canse des inconv^aienls de toute nature que cela pourrait entraîner. Les négocie n4e se méfient asses les uns des autres et la loyaujbé Ut phis scrupuleuse i^ préside pas également à toulea lea transactions. Les uns vendent quelquefois ce qo^Uft n'ont pas à leur disposition , les autres ne livreat pas toujours ce qu^ils ont vendu. Geux« ei se rui«4?ikt , eeux-là font foi*tune ; les gros capitalistes sont les seuls qui ne perdent jamais parce qu'ils font la loi V ct.le;» courtiers se moquent de tous les autres parce qfs'ils font d'immenses bénéfices sans compromettre aucune avance.

Tout i-écemment , à Tune des foires les plus célèbres qui se soieht tenues depuis long-temps , on fut témoin d'aune 'spéculation singulière et d'un genre nouveau \

il est bon de rapporter ici Tanecdote , car^oasles-joilrnaux qui en ont rendu compte dans le temps l'ont étran-* gement défigurée. Un vieux marchand , les uns disent Arabe , les autres disent Juif, .av^jt • fcit une faillite scandaleuse. Ce ,d^{>astre , attiibuë à ^on ineenduite le laissait absolument sans ressource, et de TÎngt millions d*hommes qu'il avait possédés, il'ne lui Testait pas sei^lement une âme. Il imagine de ïi^pandre le bruit qu'un de ses frères venait de lui laisser un brillant héritage et qu'il n'avait qu'à se présenter pour être mis en. possession. Cette nouvelle releva son crédit,*, il fit des achats considérables , et paya quelques temps après avec l'argent qu'il trouva dans les bourses des millions d'hommes dont* il venait d'acquérir la propriété. Des jurisconsultes éclairés ont prétendu que ce marché était radicalement nul , que le maîtie ne peut en aucun «cas disposer du pécule de ses esclaVcs , et qu'il est infôme de les dé-^ pouiller pour payer le prix de leur acquisition. Le procès s'instruit depuis quelques t^oDps , et le pubhc en attend l'issue avec impatience.

De tous les contrats de cette espèce les plus condamnables et les plus révoltants sont ceux par lesquels les propriétaires d'hommes se font, dans des. échanges réciproques , l'abandon de leurs ennemis personnels. Ces infâmes conventions sont assimilées aux sacrilèges ; aussi les distingue- t-on aujourd'hui sous le nom de Simonie , marché simonieujue , expression qui caractérise , comme on sait , les stipulations impies par lesquelles o» trafique des choses sacrées.

Les ventes en détail ont lieu journellement et à Tin^ fini , ici du iQoins , l'homme rendu a sa djigoité n'eft plus vendu par son semblable \ il se vend lui-même, ce qui est bien différent. C'est un véritable contrat 5fnallagmatique par lequel l'un engage son honneur et l'autre son argent. Cette définition ne vous satisfait pas ? • . Vous m'objectez que M. M. tels et teb ont souvent passé des marehés de cette nature , .quoiq^'tb lussent daus Timposibilité absolue d'engager aucune des

Digiti

denx choses dont je viens de parler. Je réponds qu*il ne fant pas jouer sur les mots, et qu'il n'est pas plus ridicule de parler de rhonneur de tel sujet, que de la clémence de tel roi dont on parle tous les joars; et dont il sera question encore plus d'une fois ; jusqu'à ce qu'on ait définitivement adopté le projet de loi par lequel il est défendu de parler des souverains éti*angers, autrement que pour faire leur éloge*

On se vend à la tribune , an ministère , dans les Journaux , sur le Banc des jurés , dans la chaire de vérité. £t, chose remarquable ! plus la marchandise est avariée , plus elle trouve d'acheteurs. La bonne foi des vendeurs est d'ordinaire la seule garantie de ieura engagements : aussi arrive-t-il souvent qu'on est tout surpris d'avoir acheté ce qui a déjà été vendu. Le trafic est poussé si loin à cet égard , qu'on a vu dernièrement un grand personnage faire une fortune considérable en vendant tous ceux qui l'avaient acheté.

BIOGRAPHIE GENERALE

9B5 CHEVALIERS DB LETEIGNOIR.

BEUBifoirvtLLK , À l'un des héros des premières armées, de la république. Sa carrière militaire est à jamais illustre par le petit doigt d'un tambour. Il chérit telle^ ment sa douce obscurité qu'il a fait quelques tentatives pour dérober à l'histoire les principales circons* tances de sa vie politique. Lors de la première entreprise qui renversa Bonaparte , les chefs ne trouvèrent réuni en nul autre un aussi haut degré d'aptitude à les laisser faire. •

Cbevsé de Lesser. ( 4». ) Quelques censeurs atrabilaires , laudatores tempo ris acti dénigrent sans cesse les auteurs de nos jours , et se pluignent de leur stérilité \ ces gens-là ne savent donc rien , ne lisent donc rien « et quel tems ftit jeûnais plus fertile en poètes ^ et pai*mi tous ces poètes quel auteur fut jamais plus fertile que H. Creusé de Lesser? Concevoir , disposer ^ enfanter

Qoo^^

xin poème épique , c'est pour lui JTaffaûre de sh mois; et déjà la Table Ronde , Amadis , les Paladins de Charf iemagne , sortis de sa plume ingénieuse et féconde ont enrichi le Parnasse français de cinquante mille alexan* drins tout au moins , auxquels il faut ajouter quelques milliers de vers de toute dimension dont se composent ses poésies légères ; nous croyons ne pas exagérer en évaluant sa fortune littéraire à soixante .mille vers au soleil.

DiEULAFOT k ( Michel. ) Cenijrancs au denier cùuf combien font^ils ? Vingt livres^

Voilà ce que M, Bieulafoy sait à. merveille , et €• qui lui fait infiniment plus d'honneur qu'une foule de parodies qu'il a composées avec M. Gersain , poëte da même force et de même réputation» M* Dienlafoy s'est dit de bonne heure que pour avoir de l'argent il fallait en gagner^ que pour en gagner le moyen le plus simple est de faire valoir celui qu'on a , et qu'il n'y a pas de petite semaine pour qui sait bien ce qu'elle rappoite. ,

DvcLosEL k> ancien auditeur au conseil d'état ^ place qui le fatiguait prodigieusement, car M. Duclozelparle piusfacileraent qu'il n'écoute : il se dédommageait ^e son silence obligé, avec ses amis qu'il réduisait ^ leur tour au rôle d'auditeur.

Laborir I^ Tour-à~tour homme de lettres, avocat j^ diplomate y journaliste , et toujours homme de bien V «omme il est prouvé par les journaux qu'il a faits , par les consultations qu'il a signées et par les fonctions qu'il a remplies au ministère des affaires, étrangères , d'où il a été forcé de s'éloigner un instant, pour avoir dans un moment d'indisci'étion bien pardonnable à un boa f'rançais , confié le secret d'une nouvelle heureuse à un agent de change de ses amis.

Louis ( l'abbé ) offre la preuve de ce que peut une volonté ferme et longue.

Occupé depuis vingt-cinq ans du soin.de pçi*suader it ses amis qu'il a un talent supérieur^'t itii^e réputatioii

Qoo^^

^irMten finanees ^ il est feciieteent parvena à les eon» jrainore et ils Ton porté au ministère.

Trop modeste pour oser produire ses idées , il s'est fait une galerie de celles qu'il a puisées dans les œuvrea de tous les auteurs français et anglais qui ont écrit sur ^les finances. Sa conversation / comme celle de M. Beaufils , est si bien préparée d'avance que, quelle que soit la branche du crédit public que Ton veuille traiter , hier , aujourd'hui et demain, il vous dira, et vous répétera de la même . manière et dans les mêmes termes , le» phrases que son heureuse mémoire a retenues des oeuvres des plus habiles économistes et principalement du livre iU la richesse des muions dont l'abbé Louis a fait son bréviaire*

MicHAVD i^b Comme poëte M. Michaud en est encore à son prinlenis :. c'est un printenis étemel ; comme historien , il a enti'epiis une hisloire des croisades dont il est parvenu à faire un livre très-ennujenx* La chose n'était pas facile : mais ce ne sont jpas les yéritables titres de oe père des ténèbres à l'honneur qu'il a obtenu d'être nommé secrétaire de l'ordre de Téteignoir. Fondateur de la Quotidienne^ rédacteur principal de la Gazette de France^^ garçon machiniste d\;i théâtre des reactions , pamphlétaire en titre d'office de la secte misophanienne , sous-directeur des mines qu'il creuse et que d'autres font jouer : tels sont les droits incontestables de M. Michaud , à la considéi-ation dont il jouit dans le royaume des taupes*

Nodier, k Le coryphée de cette société de philadelphes qui s'obstinent à disputer aiu souverains alliés l'hon-r neur d'avoir détruit Bonaparte et pacifié TËurope.

— L'Oracle qm puise ses nouvelles aux meillenres sources , annonce que les généraux Savary et Lalle^

Qoo^^

ifntknt se ti'ouvaient dans la ville ^*Â]ger au momcBt du bombardement. Il est bien vrai qu'ils sont en Afri* que , mais c*est sous la protection des Bédouins du désert pour qui l'ho-^pUalité est comme on saitlapre-* mière et la plus inviolable des< lois.

— Le journal des Maires pose en principe que Ito régime constitutionnel est un bienfait de la légitimités Uingénieuse découverte! £n effet lisez lliistoîre et tous verrez qne le régime constitutionnel n*a été véritablement établi en Angleterre que depuis Tinstant où l'usurpateur prince d'Orange s'est emparé du ti'ône du légitime Charles II.

— A quelles rionséquences- une proposition absurde ne conduit-elle pas ? L'illi^lre publiciste , M. Fiévée « composé sous ^e titre d'histoire de la session de i8ï5 ^ une apolofTÎe de la chambre que S. M. vient de dissoudre* So'n système tout entier* repose sur cette idée princi-

Î)ale : la nation se divise en deux grandes cathégorîes : a première , celle des indii*idus payés ^ se compose de sujets plus ou moins mauvais; la seconde, celle des individus pqyants , Se compose des sujets par excellence. D'où il suivrait que le souverain étant le mieux payé et ne payant rien est le plus mauvais sujet du royaume* — Quelques esprits superficiels ont era remarquer, une contradiction manifeste entre la sentence qui condamne h mort le général Glausel , A Tordonnance eonstitiitionnelle qui a paru le même jour» Nous n'y voyons qu'une preuve éclatante d'un retour sincère àlac/mr/e, puisque la cour a rejette le moyen préjudiciel tiré de la loi àHamnistie , non parce que l'accusé se trouvait hors de cause en vertu de cette loi, mais uniquement parce que l'application de cette loi qu'on doit a une chambre recounue inconstitutionnelle , serait une nouvelle atteinte h la constitution^

Page 1