‹ Le Nain jaune réfugiéChapitre 78 sur 88 · CHRONIQUE DES ÉVEILLÉS · texte numérisé non relu

CHRONIQUE DES ÉVEILLÉS

COHTE^ HI5T0IU, OO TOUT CM QUE t OW VOVSRÂ.

Qui potest capére^ capiat.

* faisons de» contes, puisque n'est plus permis dédire clairement que des platitudes ou des infamies» La Fa- BLB , dit*on, est fille de Toppi^ession '^ le conte e«t ce^ fainement le frère de H fable.

Au pays des Eveillés, il survint autrefois de ^andt troubles ; un antique usu^ê pai tageait ce peuple en de«K

portions fort inégales par le nombre et par la force *^ & plus nombreuse des deux ëtaît assujettie à ne marcher qu'en lisières , elle ne pouyait faire un pas sans cet instrument incommode, par lequel tous ces mouvemens étaient gênés *, d'ailleurs ces lisières étaient faites et tenues par Tautre portion qui s'en servait le plus sou* Tent d'une façon peu convenable.

Les Eveillés, quoi qu'on en dise, étaient fort attachés k leurs anciens usages \ et la preuve , c'est qu*un tel état de choses se soutint, tant bien que mal, durant de ibrt longs siècles* A It^ fin pourtant, les porte-lisières en vinrent à trouver cet assujettissement insupporta<ble ; ils se regardaient et se disaient mutuellement : nous sommes incomparablement plus nombreux et plut Ibrts que ceux qui nous tiennent en lesse; nous ne pensons pas que nous soyons moins sages , ou moins habiles ; et l'histoire dit qu'ils avaient en effet d'assez bonnes raisons pour parler ainsi. Ik se retournèrent donc , et dirent aux autres : grand merci de la peine ^ nos j)ères se sont laissés conduire comme vous l'avez voulu \ vous avet eu , dites - vous , l^ien du mal^ au moins il est certain que vous en avez tiré beaucoup de profit : renoncez pour l'avenir à des soins qui nous déplaisent, nous prétendons nous diriger nous-mêmes; nos bras, nos jambes son plus forts que les vôtres, nous croyons aussi que nos yeux sont meilleurs; du reste, marchons ensemble, tout n'en ira que mieux, car l'émulation étant générale, U société profitera de nos efforts communs.

Là -dessus, les faiseurs et teneurs de lisières jettèrent les hauts cris : c'est, disaient -ils , à vous une chose inouïe que de vouloir vous conduire seuls; le droit naturel , le droit divin y sont formellement contraires^ vous allez être des rebelles , et nous vous exterminerons».

Nous n'entendons pas trop , répondaient les premiers , comment un peuple est rebelle quand il résiste aux prétentions d'une poignée d'individus; quant aux droits naturel et divin , nous les reconnaissons comme vpus; mais Dieu , sans nul d^ute , fauteur de ces droits |

■mis prot^ ^Tidemment , car il mms a fints les phtm kfrts] c'est même ce qui nous empécbe de redouter ifos meDaces. Quelques-uns des andeas tei»enrs de li'* aières , touches de ses raisons , se joignirent à la matfe des EretUës; îl est juste, dîsaient-^ils, que le fardeaii. du joug soit supporte par tout le monde : tant que ceux-ci ont consenti à s'en ehai^er tout seuls , il était assurément tr^-bon pour nous d'en ^tre dégagés; mais aujounfbui la nécessite se joint à la justice, car ils sont nombreux et connaissent leur force : faisoo» donc de nécessité vertu, et renonçons de bonne grâce à ce que nous ne pourrions plus conserver. Mais les autres n'en crièrent que plus fort à la révolte ^ et ils confondirent dans leur haine leurs anciens coropa^ gnons avec la masse des EveîHés. Ils parvinrent même à faire croire au grand OYcagogc que c'était h lui que l'on en voulait, et qxît ses intérêts étaient dans \ous lés cas ftofifondus avec les leurs; ils se gardèrent bien de lui rappeler que jamais la grande famille des. Eveillés ne s'était élevée contre lui, et qu'au contraire cYtait de leurs mainâ qu'il avait été contraint d'arracher pièce-à-pîèce toutes les parties de son domaine. Cependant les Eveillés secouaient violemment leurs lisières; et, cotnme on refusait de les leur ôter, ib ne tardèrent point h les rompre. Le combat dès lors éta^t engagé; mais les forces des deux partis étaient trop inégales pour que le succès fût incertain. Les teneurs de lisières furent renversés ; les uns prirent la fuite; les autres, s' étant déguisés, continuèrent dans l'ombre une guerre cruelle, qui mit les Eveillés en fureur. Ces derniers usèrent d'abord cruellement de la liberté qu'its avaient conquise : dans leur exal^ tatiou insensée , ils tournèrent leurs mains contre euxmêmes \ ils len vinrent jusqu'à déchirer cet Oïcagoge f qu'ils avaient jusque-là respecté et aimé, mais que les teneurs de lisières leur avait fait considérer comme un ennemi 'y ils jurèrent, dans leur délire , de n'en plus feconnidtre d'auti;>e , et prirent tous le nom de Poliùfîea^

Bes fai&eurs <de lisières qni s'étaient ènfiiîs ameà*tarent alors oontre eux tous les Endormis de la con- *trëe. Mais les Eveillés, s' étant armés, cliassèreot las Endormis^ et les dégoûtèrent pour long- temps de l'envie de se m^êler des aiTaires de leurs voisins/

Il ne fut point aussi facile aux Eveillés de s'arranger entre eux quand ils se trouvèrent les maîtres «dans \e\j^ maison : chacun prétendait conduire h son gré le mé^ nage , et les désordres semblaient, interminables.^ Ceiit ctans ces entrefaites que parut au miUeu d'eux un homme qui venait, disait-on, de Bo5»e Pabt. , Il avait beaucoup contribué à chasser les EndormU; . il faisait h tous les plus belles promesses, et semblait n'avoir d'autre intérêt que de les tenir ; il sut inspi<rer la conGance; la foule de ceux qu'en langage viil«gaire on appelle des Esclaves^ préconisèrent ses ver<tus, et lui scrvput de marchepied,, relevèrent jusqu'au fauteuil révéré de l'antique Oïcagoge, D*abord il «^ montra digne de sa grandf fortune*, il dissipa les factions, rétablit les lois, rappela même les anciens teneurs de lisières que le malheur avait abattus, et déclara qu'il entendait que tous les Eveillés vécussent en frères. Mais tant de belles espérances qu*il avait données, furent promptement déçues : l'homme de Bonite pjkÂT , au lieu de s'occuper du bonheur des Eveillés,^ jconçut bientôt mille projets gigantesques. Il rétablit les lisières*, il les serra plus qu'elles ne l'avaient été, et se mit dans la tête d'en donner à tous ses voisins* Tout réussit d'abord au gré de ses désirs; les Ares , les fiulgares, les Abares , etc. , furent tous à ses pieds,: rien ne semblait devoir lui résister; mais les Eveillés gémissaient sous ce nouveau joug, et lorsque la forn tune trahit enfin' celui dont elle avait ^ si longtemps secondé les desseins, ils viredt avec joie renverser ce colosse élevé sur leurs têtes. Quelques^ restes des antiques Basiléiens parlèrent alors du vénérable frère de l'ancien Oïcagoge : son âge, ses vertus héréditaires, tout semblait un gage de paix et de bonheur : on le

iFÎt donc arriver avce, et ce pire de famille fut salii^^ par tous ses enfans , qui lui ouvrirent et leurs bras «^ leurj cœurs.

Malheureusement les incurables teneurs de lisières crurent voir revenir avec le vénérable Oïcagoge, leuiv anciennes prérogatives ^ de toutes parts on les vit ac-éourir tout couverts de poussière et de honte. Ils ma<nifestërent sans détour leurs regrets et le. désir de renouer des liens auxquels les Eveillés ne voulaient plus se soumettre. Ils prirent à leurs gages des infômes qui font métier habituel de couvrir du papier blanc de lignes noires tracées dans toutes les directions. Ceuxci sonnèrent l'alarme , ils rappellèrent des doctrines proscrites , ils tentèrent de déshonorer les braves Eveils lés qui tant de fois avaient versé 4eur sang pour la cause commune, ik effrayèrent tous ceux dont le sort était lié à un nouvel ôrdi'e de choses : ils excitèrent un mécontentement universel, et cet homme autrefois venu de bonne part , n'eut '^u'à se montrer pour redevenir encore le point de ralliement du plus grand noo^ bre d'espérances.

Etait-il enfin corrigé? revenait-il en effet de bonne part celui qui se présentait de nouveau ? l'avenir Tau* rait fait voir : mîais il ne fut point honteux pour un grand peuple de marcher avec lui ii la rencontre du inonde enticx coalisé contre sa puissance ^ contre sa puissance , ai-je dit , l'avenir nous l'apprendra aussi! Cependant il succomba, il fut solennellement rejeté , et ce monde armé, disait-on, contre lui, ne s'arrêta point. Les Bulgares, les Abares et toute la gent en ^re, se précipita sur le domaine du père de famille. Le père de famille ! ses enfans déchirés élevaient ea vain leurs mains vers lui. Des femmes, il est vrai, lui présentaient des fleurs, fotjnaient des danses en sa présence • mais la cour de son palais servait de bivouac, et des canons en encombraient les avenues. •.*...

D'infâmes conseillers , cependant, osaient, en son nom» parler de vengeance: de qui donc aurait lise venger le pëm

de famille ? de cfeux qui avaient tout téïïXé pour pté^ server leur pays de l'ignominie prêteàraccabier? de cette armée qui préférait la mort à Tavilissement ?

A lors une voix libre et forte s'éleva du milieu de la foule j elle criait: Cette armée est fidèle, elle fut toujours l'armée de la pairie. Père de famille, ce n'est point vous qu'elle repousse*, elle ne vous connaît pas, elle n'a pu vous connaître : allez vous-même la rallier au panache de votre aïeul ^ allez sanctifier par votre présence un courage que les plus affreux revers ne peuvent abattre; ne souffrez pas qu'on vous enlève une dernière ressource. Ces soldats indomptés» sauront mourir jusqu'au dernier, pour vous sauver des affronts Tous les partis alors se confondront

en un seul. Un seul cri se fera entendre: ^iVe notre Pèrei pii^e à jamais le Sauveur de la Patrie / / /

{ La suite à Vannée prochaine •)

EiXFIN L'ON NOUS COMPRENDRA.

( Cet article devait paraître dans le Nain Jaune du ao. )

Plusieurs joui'nalistes se font une étude de dénaturer nos senti mens et nos expressions ; ils s' épuisent en défini* tions inutiles du mot réaction^ que tout le monde comprend , mais qu'ils voudraient empéchertout le monde de comprendre : semblables à ces charlatans qui cachent soi* * gneusement la composition des drogues dont ib veulent se réserver le débit exclusif.

Pour cette fois nous tâcherons d'être clairs et précis : nous avons dit qu'il y avait réaction , mais en avons-nous accusé le gouvernement ou même ses agens ? Que manifestaient nos articles ? 1^ crainte que le gouvernement ne fût pas maître d'empêcher la réaction. Maintenant, nous allons prouver qu'elle existe , et en désigner les véritables auteurs. * ';

Nous avons un code wa^délî^ études peines, un ministre

ptiblic chargé dt dénoncer, de poursuivre le crime , des tribunaux pour les juger; quiconque, excepté les magistrats, organe de la loi, se permet d'appeler la vindicte pu- Uiquesùr la tête de ses concitoyens ^, est un réacteur, uol ennemi de la patrie, et par conséquent' un ennemi da roi. £n reprenant possession du trône , le roi , dans sa procla— mation, a dit que les coi^a^/e^seraientjugéâ et punis : qui osera s'élever contre leur condamnation , quand le crime aura été prouvé et le jugement prononcé légalement ? Nous n'avons jamais taxé de réaction un jugement régulier*, nos adversaires le savent fort bien , et toutes leurs définitions ne tendent qu*à embrouiller la matière, It calomnier nos intentions et à en imposer sur les leurs; ilssaventfort biea aussi que nos craintes et nos reproches s'adressent ii eux , il eux seuls , qui , par passion , par intérêt , ou par peur , emploient tous les moyens pour égarer Topin ion publique, irriter les ressentimensetfomenterlaguerre civile. Ils nous

représentent comme des ennemis du gouvernement! ••

Mais , insultons-nous à la majesté du roi , à l'honneur de ses ministres, en accusant de réaction ces orateurs de sallon qui déclament sans cesse contre l'indulgence du souverain, c[ui , dans leur royalisme de cannibales , ne parlent que de supplices et de boiurreaux, etprodiguent les noms de traîtres et de scélérats , aux ministres assez fermes , assez sages pour refuser à ces forcenés le sang dont ils sont altérés f Attentbns^nous à la sûreté du gouvernement, en accusant de réaction des journalistes *'*' , calomniateurs h gages , délateurs patentés , qui se font un jeu d'attaquer chaque jour l'honneur et la vie des citoyens i^ Le Moniteur luimême, l'impassible ^/oni^ear, atteint par la contagion , n'a-t-il pas dernièrement gravé sur une de ses lourdes co-

* Les journalistes ont»îls donc oublié les horribles résultats du système de dcuonciation établi sous le régime de la Gonveniion , et les eflctfl sanglans du mot suspect?

** Voyez le Journal des Débats et la Quotidienne tous les jours, le Journal Général du 19 , Ja Gazelle de France du même jour , qui prétend que la liste des proscriptions insérée às^M lo MoniUur dt* trait être bien plus nombreuse. /

Qoo^^

lonnes , en caractères sanglans, uîic liste de proscriptroa digne du temps des Marius et des Sylla? Cherchons-noot à exciter la guerre civile en accusant de réaction cet hommes , vils satellites ou valets disgraciés de Bonaparte^ qui se flattent , à force d'exagération, d'oublier qu'ils ont porté jadis sa livrée , mendté sa faveur et ses bienfaits ) ils se flattent surtout de cacher ainsi hi cause de leur dis-* ^âce : mais tout le monde se rappelle la conduite de ceà tyrans subalternes , tout le monde sait, qu'au moins à leu^ égard , Bonaparte fit un acte de justice généralement apx prouvé, tout le monde sait que ces personnages , mainte^ liant plus royalistes que le roi , étaient alors plus tyrans que le tyran.

Tels sont les hommes que nous n'avons cessé, que ntra» ne cesserons de signaler comme réacteurs, éoiûote enne&ii de la France et du roi , comme uniques auteurs des eïcèa déplorables de Marseille et de Montpellier, qu'il nons sera permis , sans doute , d*appeler réaction^ voilà ceUe dont nous avons horreur, dont nous prévoyons tous les dangers^ dont nous désirons voir arrêter les effets, dussion»-nou9 par cette profession de foi nous exposer à l'indignation dir Journal General j aux injures de la Gazette^ aux calomnies^ du Journal des Débats et aux délations de UÇuotidienne.'

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