LETTRE D'UN PARISIEN
Mos débats sanglans sont terminés, mon ami ; il paratt que les armées ont fait leur soumission : c'est la dernière scène du dj\une ; oe qui doit iui][re o'est plus ^téres^ant poi^r hk multitude»
t^endant eés éyén^Méhs, voitâtiiedémfttidiéi: éh tiitidei réflexions : médite-t-on sur hi forc^ et Tagilitë dé deux Gom^ battans? Un sentiment de prédilection attaché h l'un , oil fait dts vœux pour lui, on suit avec anxiété tou^ ses mouy^ mens, oû soufiî*e des coupsqil*il reçoit; et, %*'A succombe, ofl soufire encore, mais on respire. Dahs cette lutte, nousaybnft succombé, mon ami; la France est consternée; elle jette uâ regard abattu sxxt les maux qui la menacent, sur Tadouds* sèment qu'elle espère, sur l'indépendance quelle attend ^ sur la libei-té qu'elle désire, sur les vengeances qu'elle re-» doute, mais, plus que tout, sur les projets de ses vainqueurs*
Cependant ne nous allarmons point encore ; à toute ri*^ gueur , il est possible que la générosité se montre ehes uil ennemi dont l'orgueil est satisfait j dont l'ititéfèt bien en-*' tendu ne peut être de nous humilier. Réfléchissofas fVoide» ment sur le caractère de cet ennemi, sur ses intentions pté« sumées, et calculons le degré d^espoir ou de crainte qtie eel données peuvent produire: mais, avant tout, jetons un 6DUp d'oeil sur notre malheureuse patrie* L'esprit de parti dé-^ chire son sein , les passions s'agitent » la ruine engendre lé désespoir, Tamour-propre est aigri par l'humiliation, la tranquillité du foyer domestique est troublée par le choc des opi-» nions , d'anciens amis sont devenus Irréconciliables, et la haine Concentrée ^ la barbarie , la férocité , soat l'affreuse perspective qu'ofi&e aujourd'hui notre belle France*
On entend les cris des divers partis : le succès , le dépit , l'espérance , la crainte, produisant une déstinion qui nuit au bien public , qui s'oppose à tout projet d'amélioration. Malheureux ! pensez doive que ces accens de joie et de fureur n'obtiennent des étrangers que le sourire du mépris ; pensea donc que toute vôtre industrie ne doit plus être emplovée qu'à effacer les ravages de la guerre ; pen** 8e£ donc que vous n'aUre^ de bonnes lois et des institutions sages , qu'après avoir formé une opinion publique ^ -qui commande le respeet ^ vos législateurs ; et penses^ surtout , que vos enfans attendent de vous d'autres actions que celles qu'enfante le détire d'une satisfactfon stérile ou d*une rage impuissante*
: Si mû voix pouvait être entendue de tous les Français, je leur dirai : « Vous, partisans de Bonaparte , étîes* » vous attaches h sa personne? suivez-le dans son exil , » car son retour n'est plus probable. Son pouvoir vous con- » venait -il , parce que vous le partagiez ? cherchez d'auti*es 3» ressources , car le pouvoir absolu ne trouvera plus ici 31 de bases stables. Aimiez- vous la gloire militaire et l'é— » clat des conquêtes F voyez notre dépopulation , cou- 3> teraplez la dévastation de nos campagnes , et considérez » que si. le système militaire établit la puissauee, son cbran- D lement produit Pindiscipline et souvent le brigandage. » Pensiez-vous que dans le prince résidait la force de » Tétat ? l'exemple d'une nation rivale vous prouve que > les institutions sont tout , et que le prince peut n'être s rien. Ohérissez-vous les idées libérales que Bonaparte, s vous promettait de faire prévaloir? consolez-^ vous ; n la semence en est jet^ dans une terre féconde , il 3» n'est plus possible d'en arracher le gern^e ; plusieurs » ^générations s'éteindraient avant que les idées de liberté ». civile fussent elTacées.
» Et vous, qui, par des acclamations , avez accueilli le » j'etour du r-oi dans la capitale *, si vous êtes réellement 3) SCS amis , ne contrariez pas les projets d'une politique 31 conciliatrice , en formant des prétentions désavouées 91 par la sagesse ; que vos importunités n'aiTachent point 31 à la faiblesse des concessions que de nouveaux mal- 9 heurs anéantiraient ; épargnez au roi le chagrin d'un 31 refus ^ obtenez ses faveurs en vous gardant d'éveiller 31 l'inquiétude *, et , imitateurs adroits, que chacun de •I vous montre partout l'image d'un bon roi. Vous qui 31 par un fol aveuglement , avez cru que le retour du 31 roi vous dégageait du service militaire et des lois fis- » cales , n'allez pas vous montrer ses détracteurs lors^ ti qu'il faudra acquitter les dettes de l'état , ou recom- 3> pléter les cadres de l'armée ; rappelez- vous qu'il ne suffit n pas de dire, faime le roi y mais qu'il faut encore 3) l'aider de sa personne ^t de ses biens. Mais vous, » classe ncoibr^ude , qui n'êtes devenus royalistes que
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» pour narguer TOtre voisin , votre compagnon , vojtre » frère , songez que vos persiflages ne peuvent qu'a- » limenter la haine ^ songez que la réserve convient au » triomphe ^ songez que le parti dëCedt ga^ne en énergie '» ce qu'il perd en nombre ; songez que le lâche seul > récrimine , songez enfin , que la présence d'un roi just« » prescrit le terme des dissensions eiviles , et commando 3» l'oubli du passé.
» Pour vous , amis de la patrie , qui ne prisez le prince » qu'en raison du bien qu'il répand sur la natipn qu'il s» gouverne, travaillez , travaillez sans relâche au rapro« » chement des esprits divisés •, propagez l'espoir , dén truisez les craintes , détournez les fausses inductions , » montrez avec loyauté l'intention , la tendance » les diffi^ » cultes ; enfin , éclairez , consolez vos concitoyens. »
Voilà ce que je dirais, mon ami ; peut-être serai t-co sans effet : mais je crois cependant qu'un tel langage , aidé du temps et des dispositions naturelles^ pouirait beaucoup sur des esprits français.
LETTBE DU IfSME A UN GARDE DU CORPS.
Quoique vous soyez garde du corps , je sais , monsieur , que vous n'êtes pas plus royaliste que le Roi luimême^ je sais que vous le servez avec honneur, maiff ^ que vous détestez , comme moi , l'esprit de parti. Aussi je vous parlerai le langage de la raison , et vous saurez Tcntendre*
J'ai été témoin des excès de vos camarades sur le bouîevart du Temple, et j'ai gérai sur les résultats qu'ils préparent. Est-ce à un garde du corps , h un homme décoré d'un ordre et jouissant du titre d'officier , à arracher l'œillet qu'il plaît à un commis ms^chand de porter à sa boutonnière? S'il est bien vrai que cette fleur soit tin signe de ralliement , c'ost à la police à intervenir , et à la garde nationale à faire exécuter ses ordres. Estce i^ Un hooune admis à rbonneur de garder la poy-^
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•onM du $«iQiF«rftm , et dont les manières doirent tev distinguées 9 àseoompromettre, en arrachant Paigle qo'ua tirailleur avait conservée à son shakos?Un ordre du commandant militaire aurait eu sans doute un effet sémblabJe à celui qui a M donné sur la cocarde^et, dansle cascontraixe^ il existait des voies Ugales pour punir la désobëiasaace.
Qù'est-il résulté de cet oubli des convenances ? qu*il n*y avaitpas assez d*œillets pour garnir les boutonnières de ceux qui n*y auraient jamais songé , que la populace irritée a fait entendre des cris insultans et séditieux^ que les perturba* teurs, après s'être évadés par les derrières d*un théâtre, ont été la causedes mauvais traitemens qu*ont soufferts quatre do leurs innotents camarades^ que le lendemain de nouveaux assaillans ont été désarmés , et quelques-uns blessés ^ que la
Sarde nationale a été récompensée de son zèle par des coups e sabre et de pistolets *, que le tirailleur a traité son anta^ goniste en vigoureux portefaix^ que des Anglais riaient de ces turpitudes ; et qu*eniin Thabit respectable de garde du roi , est maintenant considéré , dans ce quartier, comme l'uniforme d'un corps ennemi de l'ordre public.
Je sais , monsieur , que le Roi , que les chefs , loin d^encourager ces excès , les condamnent et les punissent \ mais est~il suffisant de chasser secrètement les coupables ï I^ar exemple, les ravages du café Montansief ont été blâmés, snême par le Journal des Débats : les dommages ont sans doute été acquittés par la caisse du corps , qui aura été remboursée par une retenue faite sur la paie des délinquans^ j'admets cela comme certain , parce que la jus^ tice le voulait ainsi : mais pourquoi n*avoir pas donné de publicité à cet acte de justice? Pourquoi est-il encore des gens qui croient H l'impunité de semblables excès?
,11 y a certainement beaucoup de différence entre les grenadiers de la vieille garde et les gardes du corps : les uns sont des soldats sans naissance , sans fortupe et sans éducation*, les autres sont des officiers bien nés, riches et élevés avec soin. £h bien ! ces grenadiers avaient une coi^dnite régulière , e( Ton ne s'est jamais plaint
(Qu'ils aient causé aucun scandale , tamlis que des gardât du corps 9 qui devraient commander le respect par leur bonne tenue , ont provoqua la canaiHe , et sont aujôur* d'hui aux prises avec elle i Notez , monsieur , que oettte réflexion n'est pas de moi, mais que je vous la rends telle qu'elle était faite dans lea groupes*
En considérant attentivement ce -qui est convenant ,il me semblé que , si j'avais l'honneur d*étre garde du corps, dans les circonstances où nous sommes placés, je voudrais diriger ma conduite d'après les règles de la plus exacte circonspection. Résolu par opinion et par ^tat à défendre mon Roi , je m'abstiendrais de toutes discussions politiques, parce que mon uniforme indiquerait assez une conviction qui ne souiTre plus d'examen. Je serais obéissant et sévère dans l'exercice de mes fonctions comme soldat^ mais« hors de là, je deviendrais indulgent comme citoyen. Mon épée serait un instrument de défense personnelle ; mais jamais elle ne sortirait du fourreau pour soutenir les étourderies d'un camarade, pour faire la guerre à des signes , ou pour forcer un bourgeois à penser , parler ou crier comme moi.
En se conduisant ainsi , je suis certain que les gardes du corps acquerraient une considération qui remplacerait noblement celle qui ne s'obtient que par de longs travaux guerriers. Autrement qu'ils y renoncent, et qu'à défaut d'urbanité , ils apprennent à devenir d'habiles spadassins; car ils trouveront, sous un humble habit, des vétérans fort peu disposés à souffrir un outrage.
Au milieu de ces débats scandaleux j'ai vu la garde nationale sauver vos camarades de la fureur du peuple ; et cependant ces insensés se déchaînaient contre ces honnêtes bourgeois , et les rendaient comptables des affronts qu'ils avaient provoqués. Je crois que c'était l'effet de la colère ; car je ne conçois pas qu'un seul homme raisonnable puisse élever de plainte contre la garde nationale considérée d^uis sa masse* Chacun des iadividus
qai la cotnposent a sans doute son opÎDÎon personnelle f mais tous se réunisseut pour atteindre le but de leur institution , qui «est le maintien de Tordre intérieur.
On dit que MM. les gardes du corps conservaient rancune à la garde nationale , qui leur avait refusé l'otx* ▼erture des barrières dans la nuit du 6 juillet. Je ne sais si cela est vi*ai \ mais dans ce cas ce serait bien à tort ^ parce que la garde nationale n'a pas refusé y mais a seu* lement obéi à des ordres if ui refusaient j ce qui est diamétralement oppoSié, puisque l'un est actif et l'autre passif*
Mais je sais pertinemment que plusieurs gardes nalio* naux très-zélés pour le Roi s'opposaieut néanmoins à ce que la cocarde blanche fut arborée prématurément, afîn d'éviter la gueiTC civile 5 et je sais aussi que tous ceux qui étaient à la barrière Saint Denis , ont été indignés eii. entendant les vociférations. et les menaces que leur adressaient ceux qui voulaient la franchir •