CHAPITRE III
« Jenny n'avait pas besoin d'entretenir le feu de sa, cuisine pour tout ce qu'Hobbie a rapporté , dit une des sœurs.
— Non y en vérité, ma chère, dit une autre; le petit tas de tourbe qui a servi à conserver le feu dans la cheminée , si on le çoufflait bien , eût sulQ pour faire rôtir tout le gibier de notre Hobbie.
— Oui , ou le bout de chandelle , si le vent voulait ne pas en faire vaciller la flanmie , dit la troisième. A sa place, j'aurais préféré rapporter un corbeau, plutôt que de revenir trois fois au logis sans la corne d'un chevreuil pour souffler dedans. »
Hobbie se tournait vers l'une et Tautre , les regardant alternativement avec un froncement de sourcils dont l'augure était démenti par le sourire de bonne humeur qu'il s'efforçait de faire paraître sur ses lèvres. Il chercha ensuite à les apaiser en leur annonçant le présent qu'EarnscIiff se proposait de leur faire.
« Dans ma jeunesse , dit la vieille dame , un homme aurait eu honte de revenir de la montagne sans avoir un chevreuil pendu de chaque côté de sa selle , comme un coquetier qui porte des veaux.
— Je voudrais alors qu'ils nous en eussent laissé quelques-uns, ma chère grand'mère, répliqua Hobbie; mais ils ont probablement dépeuplé tout le pays, vos vieux amis ?
— Vous voyez cependant qu'il y a d'autres personnes qui savent en trouver , Hobbie , » dit la sœur aînée en jetant un coup d'œil sur EarnscIiS.
tt Hé bien ! hé bien ! femme , chaque chien n'a-t-il pas son jour! Earnscliff me pardonnera d'employer ce vieux proveii». Ne puis-je avoir son bonheur et lui ne peut-il éprouver mon malheur une autre fois ? C'est loin d'être agréable pour un homme qui a couru toute la journée et qui a été effrayé... Non , je ne veux pas dire cela non plus , mais surpris par des esprits , en revenant à la maison , d'avoir encore à se débattre contre une troupe de femmes qui, toute la journée, n'ont eu qu'à faire tourner un morceau de bois attaché à un fil , ou à faire des trous à an tablier de cuisine. .«
— Effrayé par des esiM*its ! >» s'écrièrent à la fois toutes les femmes qui alors, comme le sont peut-être encore aujourd'hui les habitants de ces vallées , s'occupaient singulièrement de toutes ces bizarreries de l'imagination.
« Ah ! non , je n'ai pas dit effrayé, répliqua Hobbie, j'ai voulu
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dire surpris, il n'y avait qu'un seul esprit , non plus ; Earnscliff , vous l'avez vu aussi bien que moi. »
Et il continua à raconter en détail , à sa manière , et sans trop d'exagération , la rencontre qu'ils avaient faite de l'être mystérieux à Mucklestane-Moor, et finit par dire qu'il ne pouvait conjecturer ce que ce pouvait être , à moins que ce ne fût le grand Ennemi lui-même , ou quelqu'un des anciens Peghts , qui possédaient le pays autrefois.
— Un ancien Peght ! s'écria la grand'mère ; non non , que Dieu te préserve de mal « n)on enfant ! Ce n'est pas un Pegth que cela. . . . c'est l'Homme Brun des Marécages ! O malheureux temps ! Qu'est-ce que ces esprits ont à faire pour venir porter le trouble dans notre propre pays , maintenant que la tranquillité y est rétablie , ainsi que la bonne intelligence et le respect aux lois? Oh ! que maudit soit-il ! il n'a jamais apporté rien de bon ni pour le pays ni pour les habitants. Mon défunt père m'a souvent dit qu'on l'avait aperçu l'année de la sanglante bataille de Marston-Moor , ensuite pendant les troubles de Montrose , et enfin avant la déroute de Dunbar. De mon temps , on l'a encore vu vers l'époque de l'affaire de Bothwell-Brigg , et on disait que le laird de Binarbuck 5 qui avait le don de seconde vue, eut un entretien avec lui quelque temps avant le débarquement d'Argyle. Mais , quant à cela , je ne puis en parler d'une manière bien précise ; c'était fort loin , dans l'ouest. O mes enfants ! jamais il ne lui est permis de révenir que dans des temps désastreux •, ainsi je recommandé à chacun de vous d'avoir recours à celui qui peut vous protéger au jour du trouble et du malheur. »
Earnscliff prit alors la parole , et manifesta la ferme persuasion où il était que la personne qu'il avait vue était quelque pauvre maniaque, et n'était chargée d'aucune mission, de la part de l'au^ tre monde , pour annoncer une guerre ou toute autre calamité ; mais la compagnie accueillit très-froidement ses paroles , et tous se réunirent pour l'engager à abandonner le dessein qu'il avait formé de retourner le lendemain à Mucklestane-Moor.
« Oh ! mon cher enfant, » dit la vieille dame , dont le cœur naturellement bon faisait étendre son style maternel à tous ceux à qui elle s'intéressait, « vous devez être prudent plus que personne. Il a été fait une large brèche à votre maison par la mort sanglante de votre père , les procès et diverses pertes. Vous êtes la fleur du troupeau , le fils qui doit reconstruire l'ancien édifice,