‹ LE NAIN NOIRChapitre 16 sur 99 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

« Oh ! maintenant , Tami , » dit EUiot, voyant que le Nain déraisonnable en indiquait une autre plus grosse qu'aucune de celles qu'ils eussent remuées, « Earnscliff peut faire comme il Toudra ; que vous soyez homme , ou tout autre chose de pire , le diable me torde les doigts si je vais me casser plus long4emps les reins à élever des pierres , comme un manœuvre , sans recevoir seulement un remercîment pour ma peine!

— Remercîment ! >» s'écria le Nain avec un geste qui exprimait le plus profond mépris. « Tenez , prenez-le , et engraissez-vous avec. Prenez , et puisse-t-il fructifier autant avec vous qu'avec moi, et avec tout homme, tout reptile qui a entendu ce mot de la bouche de son semMable^ Allons, hors d'ici! ou travaillez^ ou partez !

— Voilà une belle récompense que nous recevons, Earnscliff, dit Hobbie, pour avoir construit un tabernacle pour le diable luimême , et peut-être compromis nos propres âmes par-dessus le marché.

— Notre présence , répondit Earnscliff^ ne fait qu'irriter sa frénésie, à ce qu'il paraît; nous ferions mieux de nous retirer, et d'envoyer quelqu'un lui apporter des vivres et quelques objets de première nécessité. »

C'est ce qu'ils firent en effet. Le domestique qui fut envoyé trouva le Nain travaillant encore à son mur, mais ne put en tirer une seule parole ; et comme il était imbu des superstitions du pays, il n'importuna pas long-temps cet être singulier de ses ques* tiens ou de ses avis, mais aprèsi avoir placé sur une pierre un peu éloignée les objets qu'il avait apportés, il les laissa à la disposition du misanthrope.

Le Nain continua chaque jour ses travaux avec une activité in^^ croyable et qui paraissait presque surnaturelle. Il faisait souvent en un jour un ouvrage que Ton aurait cru être celui de deux hommes , et son édifice prit bientôt l'apparence des murs d'une hutte, qui, quoique très-petite, et construite seulement de pierres, de mottes de gazon sans mortier, offrait, attendu le volume extraordinaire des pierres employées, un air de solidité peu commune pour une cabane de dimension si petite et d'une construction si grossière. Earnscliff, attentif à tous ses mouvements, ne se fut pas plutôt aperçu du but auquel ils tendaient, qu'il fit porter un certain nombre de pièces de bois propres à une toiture^ et qu'il fit déposer près de là, se proposant même d^envoyer le lendemaiq

m LE NATN NOIR.

des ouvriers pour les mettre en place. Mais l'exécution de son dessein fut prévenue par le Nain^ qui, dès le soi^ mème^ pendant la nuit et de bonne heure dans la matinée, avait travaillé avec tant d'ardeur et d'adresse qu'il avait presque complété l'arrangement des chevrons* Son second travail fût de couper des joncs et de couvrir sa demeure, ce qu'il exécuta avec une dextérité extraordinaire.

Gomme d'antres secours que ceux qu'il pouvait tirer accidetitellement d'un passant paraissaient lui répugner, on lui fournit des matériaux convenables à son objet, ainsi que des outils, dont il fit usage avec beaucoup d'habileté. Il construisit la porte et la fenêtre de sa cabane, arrangea un bois de lit grossier, plaça quel-* ques tablettes, et parut devenir d'une humeur moins bourrue à mesure que son habitation devenait plus commode.

n s'occupa ensuite à former une forte clôture et à cultiver aussi bien qu'il lui M possible le terrain qu'elle renfermait^ et à force de transporter du terreau et de le travailler avec le sol, il parvînt à se faire un petit jardin. On doit naturellement penser que, ainsi que nous l'avons déjà fait entendre , cet être solitaire était de temps en temps aidé par les voyageurs qui traversaient par hasard le Moor, aussi bien que par diverses personnes que la curiosité «ogageait à venir visiter ses travaux. Il était efifectivement impossible de voir une créature humaine , qui , au premier coup d'œil, était si peu propre à des ouvrages de fatigue , travailla avec une assiduité aussi constante , sans s'arrêter quelques minutes pour l'aider dans ses (opérations; et comme aucun de ces aides accidentels ne connaissait le degré d'assistance que le Nain avait reçu d'autres personnes, la rapidité de ses progrès ne perdait rien à leurs yeux de ce qu'elle avait de merveilleux. L'apparence de force et de solidité de la cabane, construite ea un si court espace de temps et par un tel être, et l'habileté supérieure qu'il montrait' dans la mécanique et dans les autres arts , tout cela contribua à donner des soupçons aux habitants du voisinage. Ils soutenaient que, si ce n'était pas un fantôme , opinion qu'ils avaient abandonnée , puisqu'il paraissait bien clairement que c'était un être vivant , il fallait cependant qu'il eût des liaisons étroites avec le monde invisible, et qu'il eût choisi cet endroit écarté pour entretenir ses relations sans être dérangé. Ils soutenaient aussi , quoique dans un sens différent dé celui que le philosophe donnait à cette phrase , qu'il n'était jamais moins seul que quand il

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