CHAPITRE VIL
qu'un mot à vous dire. Vous me faîtes entendre par vos discours que vous me souhaitez du mal , ainsi qu'aux miens ; maintenant, s'il arrivait quelque malheur à Grèce (ce qu'à Dieu ne plaise ! où à moi^ ou à mon pauvre chien) ; ou bien si je ne suis en sûreté, ou si j'éprouve quelque préjudice en ma personne, mes propriétés ou mon argent, je n'oublierai point à qui j'en serai redevable.
— Va-t-en, rustaud ! s'écria le Nain ; va-t'en chez toi , dans ta demeure, et songe à moi, lorsque tu verras ce qui est arrivé.
— Allons, allons , >> dit Hobbie en remontant à cheval ; « on ne gagne rien à discuter avec des gens contrefaits ; ils sont toujours tels que la nature les a faits; mais j'ai à vous dire , voisin , que si les choses se passent autrement que bien à l'égard de Grâce Armstrong , je vous ferai une bonne peur, si seulement l'on peut trouver un baril goudronné dans les cinq paroisses. ^
Il avait à peine prononcé ces paroles, qu'il s'éloigna. Elshie, après l'avoir regardé avec un sourire de mépris et d'indignation , prit une bêche et une pioche, et s'occupa à creuser une fosse pour enterrer sa chèvre favorite.
Un léger coup de sifflet et les mots : « Hist, Elshie, hist ! » vinrent l'interrompre dans cette triste occupation. Il leva les yeux et vit devant lui le bandit rouge de Westburnflat. Comme le meurtrier de Bangur, il y avait du sang sur son visage , aussi bien qu'aux molettes de ses éperons et aux flancs de son cheval.
— Eh bien ! brigand, demanda le Nain, ton affaire est-elle faite? -*- Oui, oui, n'en doutez pas , répondit le flibustier; lorsque je
monte à cheval , mes ennemis peuvent se lamenter d'avance. Us ont eu plus de lumière que de plaisir, ce matin, àHeuçh-Foot. Il y a là mainlenant une grande étable à vaches vide, et des lamentations, et des cris, au sujet de la jolie fiancée.
— La fiancée ? demanda le Nain.
— Oui , répondit-il ; Charlie Cheatthe-Woodic ^ , comme nous l'appelons, c'est-à-dire Charlie Poster, de Tinning Beck, a promis delà garder dans le Cumberland jusqu'à ce que l'orage soit dissipé. Elle m'a vu et m'a reconnu dans la bagarre, car mon masque est tombé un moment. Je pense que ma personne ne serait plus en sûreté, si elle revenait ici, car les Elliot sont nombreux, et qu'ils aient tort ou raison, ils se soutiennent si bien! Maintenant le but principal de ma visite est de vous demander comment je puis la mettre en sûreté.
I Charles-nargue-le-gibet. à. h.
71 LE NAIN Nom.
— Youdrais-lu donc l'assassiner ? deomnâtf le NmiI.
— Oh non, non , répondit Westburnâat , je ne le ¥Oudrm pas»,. si je pouvais faire autrement.. > Mais on dit que V(m peut quri(|ilefois envoyer fort joliment d«s gen» au% coloaieS) en les eMba^ quant dans un de nos ports, et qu'il y a même quelque chose de bon pour ceux qui amènent de |o)ie& fille». Le bétail femeUe manque au-delà des mers, tandis qu'ici il n'est pas rare. Je songe à faire mieux pour elle. Il y a une dame qui, à' moins qu'elle ûe devienne meilleure^ doit, bon gré mal gré, être envoyée das» les pays étrangers-, j'aurais envie de lui donner &ràce pour suivante... c'est une bonne fille. Hobbie va avoh* une matinée l^^i gaie lorsqu'il rentrera chez lui, et qu'il ne trouvera ni flaacée ni propriété !
— Et n'en as4u pas pitié? dit le Nain.
^ Aurait-il pitié de moi s'il me voyait monter la colline du château * à Jeddard ? répondit le brigand. Cependant je suis un peu fâché pour la jeune fille; mais il en trouvera une autre, et il n'y aura pas grand mal de fait -, l'une est aussi bonne que l'autre. A présent, vous qui aimez qu'on vous raconte des ^ploits, en avez- vous jamais entendu un qui vaille celni que j'ai fait ce matin ?
— L'air , l'océan , le feu , >» dit le Nain en se parlant à luimême, « le tremblement de terre , la tempête, le volcan , tout est doux et modéré en comparaison du courroux de l'homme. Et qu'est-ce que ce scélérat, sinon un homme plus habile que les autres à remplir le but de son existence ! Ecoute , misérable ! va de nouveau où je t'ai envoyé auparavant.
— Chez l'intendant ? » demanda Westburnflat.
M Oui ; et dis-lui qu'Ëlshender le reclus lui ordonne de te donner de l'or. Mais , écoute-moi bien ; que la fille soit mise en liberté, et sans qu'il lui ait été fait aucune insulte ; rends-la a sa famille , et fais-lui jurer de ne pas dévoiler ta scélératesse.
— Jurer I dit Westburnfiat ; et si elle manque à son serment? Les femmes ne sont pas réputées pour tenir leurs promesses. Un homme sage comme vous doit savoir cela. Et sans avmr été ior sultée ? Qui sait ce qui peut arriver si on k laisse long-temps à Tinning-Beck? Charlie Cheat-the-Woodic est un fier homme. Cependant si l'or qu'on doit me donner peut monter à vingt pièces , je crois pouvoir assurer qu'elle sera rendue à sa faffîiUe dans les vingt-quatre heures. »
i Lieu d^exécation des criminels. A. M.
CRAPURBVIL W
Le KamtimMatabtettes de sa poche, y traça uae ligne, et en détacha la feuille. « Tiens, " dit*il en la donnant au yolenr; « mais ùi^j ^ea attiMition ; tu sais qu'il n'y a pas à te moquer de moi avec ta perfidie ; si tu oses désobéir à mes ordres , sois sûr que ta misérabl&yte m'en répondra.
— Je connais , » dit le br^aiid en baissant les yeux , « toute Vétendae de votre pouvinr sur cette terre , de quelque part qu^il yoiis soit venu ; vous poovez faire ce qu'aucun autre homme ne peut, soit par vos connaissances en médecine , soit par votre fa^ colté de deriuer; et l'or pleut chez vous à votre commandement, «tasi i^ndamment que j'ai vu tomber les feuilles du frêne dans une froide matinée d'octobre. Je n'ai point l'intention de vous désobéir.
— Oi^fMirais âanc, dit le Nain , et délivre-moi de ton odieuse présence. »
Le voleur donaa de l'^p^ron à son cheval et partit sans faire la saoindre réplique.
Pendant ce temps-là Hobbie Elliot avait continué rapidement sa route, l'écrit harassé de cette crainte vague mais accablante, que l'on ^pelleordinairement un pressentiment de malheur. Avant d'arriver au sommet de la hauteur d'où il pouvait voir son habttatmi , il rene(Hitra sa nourrice, personnage qui était alors d'une grande importance dan^s toutes les familles d'Ecosse, tant dans la baitite classe que dans la moyenne. L'union qui s'établissait entre elle et r^otfant qu'elle nourrissait était regardée comme un lien trop tendre et trop intime pour être rompu , et il arrivait asses: (ordinairement qu'au bout de quelques années la nourrice résidait déQnitivement dans la famille de son nourrisson , prêtant son secours dans les soins domestiques , et recevant en échange des chefs toutes sortes d'égards et d'attentions.
Aussitôt que Hobbie eut reconnu la figure d'Annaple , avec sa mante rouge et son chapeau noir , il ne put s'empêcher de se dire à lui-même s u Quel malheur peut avoir amené la vieille nourrice si loin de la maison , elle qui ne s'éloigne ordinairement de la porte que d'une portée de fusil ? Oh ! ce sera sans doute pour cueillir des airelles , des mûres ou autre chose de cette espèce pour fiiire ses pâtés et ses tartes pour la fête de lundi... Mais je ne puis chasser de ma tête les paroles de ce vieux maudit estropié de sorcier ; la moindre chose me fait craindre quelque mauvaise nouvelle. Killbuck , mon garçon ! n'y avait-il donc pas assez
d'autres daims et de chèvres dans le pays , sans aller justement déchirer la favorite d'Elshie , de préférence à celle d'un autre ? « Cependant Annaple , avec un visage aussi triste qu'un recueil de tragédies, s'était traînée jusqu'à lui et avait saisi son cheval par la bride. Le désespoir était si bien peint dans ses regards qu'il ôta tout pouvoir de lui en demander la cause. « mon enfant y s'écria-t-elle, ne va pas plus loin ; ne va pas plus loin , c'est un spectacle à faire mourir, non pas seulement pour toi, mais pour qui que ce soit !
— Au nom de Dieu! Annaple, qu'est-ce qu'il y a donc? » demanda le chevalier stupéfait , et cherchant à dégager la bride de la main de la vieille femme \ « pour l'amour du ciel laissez-moi aller voir ce qu'il y a.
— Hélas ! dit-elle, faut-il que j'aie été témoin d'un jour comme celui-ci ! La ferme est à bas ; la jolie bergerie n'est plus qu^on monceau de cendi*és , et tout le troupeau a été emmené. Mais ne va pas plus loin -, ton jeune cœur se briserait , mon enfant , si ta voyais ce que n^es pauvres yeux ont vu ce matin.
— Et qui a osé faire cela ? Lâche la bride , Annaple ; où est ma grand'mëre ? où sont mes sf£urs ? où est Grâce Armstrong ? Ciel ! les paroles du sorcier retentissent encore à mon oreille. »
II sauta à bas de son cheval pour se débarrasser de l'obstacle que lui imposait Annaple , et , montant rapidement la colline , il se trouva bientôt en présence du spectacle dont elle l'avait menacé. C'en était un en effet bien capable de briser le cœur. L'habitation qu'à son départ il avait laissée dans son lieu primitif d'i* solement , près du ruisseau qui descendait de la montagne ^ entourée de toutes les marques d'une abondance produite par la culture , n'était plus qu'un monces^u de ruines noircies par l'in-^ cendie. On voyait encore la fumée qui sortait du milieu des décombres entourés de quelques débris de murailles. La grange à fourrages , celle à grains, les étables où il renfermait ses nom* breux troupeaux , tout ce qui composait la richesse d'un cultivateur d'alors avait été dévasté ou enlevé dans une seule nuit. Il resta un instant immobile, puis il s'écria : « Je suis ruiné, entièrement ruiné ! Que maudites soient les richesses du mpnde ! Encore si ce n'eût pas été la semaine avant mon mariage ! Mais je ne yeux pas foire l'enfant et rester là à pleurer sur mon malheur; si je puis seulement être assez heureux pour trouver Grâce , ma grand'mère , et mes sœurs ! eh bien ! je puis aller servir dans les
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guerres de Flandre , comme fit mon grand'përe , sous la bannière de Bellenden , avec le vieux Buccleuch. Mais il faut que je soutienne mon courage, car autrement elles perdraient tout à fait le leur. »
Hobbie , s'armant de fermeté , descendit la colline, bien résolu k cacher son propre désespoir et à porter à sa famille des consolations dont il avait le plus grand besoin lui-même. Les habitants du voisinage, dans la vallée, ceux surtout qui portaient son nom, s'y étaient déjà rassemblés. Les [dus jeunes étaient en armes et demandaient hautement vengeance, bien qu'ils ignorassent sur qui elle devait tomber; les plus âgés prenaient des mesures pour secourir la famille malheureuse. La •chaumière d'Annaple , située plus bas , au bord du même ruisseau , et à quelque distance de la scène de désolation , avait été mise à la hâte en état de servir temporairement de refuge à la grand'mère et à ses filles, au moyen de quelques objets que les voisins avaient fournis , car on n'avait pu sauver que bien peu de chose de la fureur des flammes.
« Eh bien ! allons-nous donc rester ici toute la journée, dit un grand jeune homme, occupés à regarder les débris presque con- 4sumés de la maison de notre parent? Chacun de ces débris est une honte pour nous. Montons à cheval et mettons-nous à la poursuite des auteurs de ce désastre. Quel est l'endroit le plus près où nous trouverons un limier ?
•^ Chez Earnscliff , répondit un.autre; mais il y a déjà longtemps qu'il est parti avec six cavaliers , pour voir s'il ne pourra pas découvrir la trace des brigands.
—Suivons-le donc, reprit le premier, et soulevons tout le pays ; i mesure que nous avanceront, nous grossirons notre troupe, et alors nous marcherons contre les brigands du Cumberland. Pillons, brûlons, tuons; les plus voisins souffriront les premiers.
— Chut ! taisez-vous, jeune étourdi , dit un vieillard ; vous ne savez ce que vous dites. Quoi ! voudriez-vous allumer la guerre entre deux pays qui sont en paix?
— Et à quoi bon nous retracer si souvent les exploits de nos pères, répliqua le jeune homme , si nous devons rester là et voir de sang-froid incendier les maisons de nos amis, sans lever le bras pour nous venger ? nos pères n'en agissaient pas ainsi ?
-^ Je ne dis pas du tout qu'il ne faille pas tirer vengeance de f injare faite à Hobbie et à sa famille^ le pauvre garçon ! mais, mon
M LE NAIN RCBIt
tmi SmKm 9 il fiiut , aranttoiity avoir hi loi pour Mot dans cetemps-ei, » dit Id vietttard plus pnideot.
«c Et d'atUeurs, dit uo autre TÎeilkLrd, je ne crois pasqu'il existe maintenant un seul homme qui connaisse le moyen légal de dcm* ner suite à une querelle au-delà de h frontière. Tam de Nbittram aurait pu seul nous le dire , mais il est mort dans le grand liÎTer.
—Oui) dit un troisième ; il était de la grande expéditioii qui se porta jusqu'à Thirlevall, l'année après le eombat de Phtliphaiig.
-^ Bah I » dit un autre de ce& eonseillers de didcorde, m il n'est pas besoin d'être si savant pour £eia. il ne ^git que de mettre une motte de tourbe enflammée au bout d'une pique, d'une fourche ou d'une faux, puis de donner du cor, et de faire entendre le cri de guerre, et alors il est permis de suivre sa propriété en Anr gleterre et de la recouvrer de vive force, ou Irien de prendre une partie de la propriété d'un Anglais, pourvu qu'elle ne soit pas plus considérable que cella qu'on a perdue. Yoiià l'ancienne loi dn Border, faite à Dundrennan, du temps de Douglas le Noir. Il n'y a pas à en douter, c'est clair comme le jour.
—-Allons donc, mes enfants, s'écria S imon, à cheval ; nous prendrons avec nous le vieux Cuddie, le clief des domestiques. Il connaît la valeur des troupeaux et des meubles qui ont été perdus; les étaUes et les granges de Hobbie .seront pleines de nouveau avant la nuit, et si nous ne pouvons rebâtir la vieille maison aussi vite , nous rendrons celle de quelque Anglais aussi plate que Heugh-Foot; ce sont là d'ailleurs de justes représailles dans tous les pays du monde. «
Cette proposition animée fut reçue avec de grands applaudissefments par les jeunes gens qui faisaient partie de l'assemblée, lorsqu'on entendit murmurer : « Yoici Hobbie luiHocidme, pauvre garçon, laissons-'uous guider par lui. »
La principale victime du désastre, Hobbie, étant parvenu au bas de la colline, s'avança à travers la foule, sans pouvoir, à cause du tumulte de ses sentiments, faire autre chose que recevoir et rendre les serrements de main par lesquels ses voisins et ses parents lui exprimaient, par un langage muet, la part qu'ils prenaient à son malheur. Quand il pressa la main de Simon de Hackbum , son anxiété lui permit enfln de prononcer quelques paroles : « Grand merci, Simon ! grand merci, voisins, je sais ce que vous voudriez tous me dire. Mais où sont-belles ? où sont....? «» Il s'arrôta , comme s'il eût craint de nommer les objets de son inquiet
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rents lui ladiquèreot la chaumiëre , daaft iMiueUe il se prâeipiti de l'air désespéré d'un homme qui veat connaître tout de suite toute l'étendue de aon mtlheor. Une etpressioB géctérale et profonde de con^ssion TaccomipagaA : «< Ah!, pauvre garçon! paiir vre Hobbie !
-—Il va apprendre maintepant ce qu'il y a de pire pour lui, di* sait Tun.
^ Maia j'espère qu'Eamsdiff sera assez heoreux pour recueillir quelques renseigneneûits sur la pauvre fille , » disait un autre.
Telles furent les exclamations de ces gens qui , n'ayant point de chef reconnu pouf diriger leurs mouTements, attendirent pa^ tie^nmait le retoqr de Hobbie et résolurent de se laisser guider parles instructions*
L'entrevue de H<^ie avec sa fiimille fût extrêmement attei»drissante. Ses sœurs se précipitèrent dans ses bras et l'étouffèrei^ pour ainsi dire de leurs caresses ^ comme si elles eussent voûta l'empêcher de regarder autour de lui et de s'apercevoir de Pabsence de celle qu i lui était encore plus chère.
« Que Dieu te bénisse, mon fils I II peut nous secourir, quand le secours du monde est un roseau brisé. » Tel fut l'aceueil que fit la pauvre vieille à son infortuné petit-fils. Il jeta autour de lui ses regards inquiets , tenant deux de ses sœurs chacune par une main, tandis que la troisième était suspendue à son cou. « Je vous vois, dit-il, je vous ccmipte ; ma grand'mère, Liltas, Jeanne et Aûnot ; mais où est.. . (il hésita, puis conmie s*il eàt fait un efibrt, il continua ) où est Grâce ? sûrement ce n'est pas le moment de se cacher^ ni de plaisanter.
— O mon frère ! notre pauvre Grâce! » Ge fut la sente réponse qu'il put obtenir à toutes ses questions, jusqu'à ce que sa grand'mère se levât , et le dégageant doucement des bras de ses sœmrs qui fondaient en larmes, le fit asseoir, et avec la pathétique sérénité qu'une piété sincère , comme l'huile que Ton jette sur les vagues irritées, peut répandre sur les douleurs les plus vives, elle lui dit : « Mon enfant, lorsque ton grand -père fut tué à la guerre, et me laissa avec six orphelins autour de moi, et à peine du pain à manger, ou un toit pour nous abriter, j'eus la force, non pas une force puisée en moi-même, mais j'eus le courage de dire : Que la volonté du Seigneur soit faite ! Mon fils, notre paisible habitation fut, hier au soir , enfoncée par des maraudeurs armés et mas-
sa LE NAIN NOIR.
qués ; ils ont tout pris et tout détruit, et ont enlevé notre pauvre Grâce. Priez Dieu de vous donner la force de dire : Que sa volonté soit faite !
— Ma mère ! ma mère ! dit Hobbie, ne me pressez point. . . je ne saurais... non pas à présent... je suis un pécheur, un pécheur endurci !... Masqués...! armés...! Grâce enlevée! Donnez-moi mon -épée et le havresac de mon père. Je veux en tirer vengeance, dussé-je aller la chercher dans Tablme de ténèbres.
— O mon enfant, mon enfant ! dit la grand'mère , sois patient sous la verge qui te châtie. Qui sait quand il ^plaira à Dieu de retirer sa main de dessus nous? Le jeune Earnscliff , que le ciel le bénisse ! s'est mis à la poursuite des brigands avec Davie de Stenhouse et ceux qui se sont présentés les premiers. Je criai de laisser brûler la maison et les meubles et de courir après les brigands pour ravoir Grâce y et trois heures après l'incendie, EarnscliS et ses compagnons avaient déjà passé le Fell. Que le bon Dieu le bénisse ! c'est un véritable Earnscliff; c'est le digne 61s de son père, un loyal ami.
— Oui un véritable ami en effet , que Dieu le bénisse ! s'écria Hobbie. Allons, partons , suivons-le dans sa poursuite.
— O mon ûls ! avant de te jeter dans le danger^ laisse-moi t'en* itendre dire : Que sa volonté soit faite !
— Ne me pressez pas, mère... pas à présent. » Il allait sortir 4e la maison , lorsque, tournant la tête, il aperçut sa grand'mère ^lans une atitudé de muette affliction. Il revint aussitôt ^ se jeta dans ses bras , et dit : « Oui ma mère , que sa volonté soit faite , puisque cela peut vous consoler.
— Puisse- t-il te précéder, mon enfant! Oh! puisse-t-il te mettre à même de dire à son tour : Que son nom soit glorifié!
— Adieu, ma mère ! adieu mes chères sœurs! « s*écria EUiot; et il sortit en toute hâte de la chaumière.