‹ LE NAIN NOIRChapitre 28 sur 99 · LA POURSUITE · texte numérisé non relu

LA POURSUITE

Maintenant à cbeyal et la lance à la main ! cria le

laird; maintenant il cheyal, et yite la lance k la main!

^ que ceux qui ne Youdront pa» aller à Telfer^s-Kie ne

me regardent jamais en face. Ballade des Frontières.

« A cheval ! à cheval ! la lance en main , » s*écria Hohbie en s'adressant à ses parents. Plusieurs avaient déjà le pied à Tétrier ; et tandis qu'Elliot rassemblait à la hâte des armes et des accou-^ trements, chose qui n'était pas facile dans cet état de confusion , tout le vallon retentissait de l'approbation de ses jeunes amis.

« Ouï , oui , s'écria Simon de Hackbum , voilà comme oii doit s'y prendre , Hobbie. Que les femmes restent à la maison , et se lamentent , rien de mieux ; mais les hommes doivent faire ara autres ce que les autres leur ont fait 5 c'est l'Écriture qui le dit.

— Taisez-vous , jeune homme, » s'écria l'uti des vieillards d'un ton sévère ; « vouis ne savez ce que vous dites.

— Avez-vous quelques nouvelles ? avez-vous quelques renseignements , Hobbie? dit le vieux Dick de Dingle. Mes braves , ne soyez pas trop pressés.

— A quoi bon venir nous prêcher, justement dans un moment pareil, dit Simon. Si vous ne pouvez porter du secours vousmême , au moins n'empêchez pas ceux qui le peuvent.

—Comment, jeune homme, dit le vieillard, voudriez-vbus vous venger avant de savoir qui vous a offensé?

— Pensez-vous que nous ne connaissons pas la route d'Angleterre aussi bien que nos pères ? Tous les maux nous viennent dé ce côté-là ; c'est un vieux proverbe qui est bien vrai : aussi allonsnous nous diriger sur celte route, comme si le diable nous poussait vers le sud.

— Nous suivrons la trace des chevaux d*Earnscliff , à travers la plaine , dit un des EUiot.

— Je les suivrais à travers le Moor le plus obscur, le long du Border, quand même il s*y serait tenu une foire la veille , » dit Hugues, le maréchal ferrant deRinglebum, « car c'est toujours moi-même qui ferre son cheval.

tf Lfi NAIN NOm.

^ Lâchez les lévriers , cria an aatrç : où sont-ils ?

— Bah ! dit encore un autre , le soleil est levé depuis longtemps , et la rosée n'est pkrs svr la terre ; la piste ne tiendra jamais. »

Hobbie siffla aussitôt ses chiens qui erraient autour des décombres de la vieille habitation, remplissant l'air de leurs plaintifs hurlements.

« Maintenant , Killbuck , dit Hobbîe , îl faut essayer ton savoir faire... » Et puis comme si un trait de lumière fût tombé sur lui : « Cet affireux démon, contmu«-t^U,in'a dit quelque tàxm de tout ceci. Il peut en savoir davantage , «dt par les brigands sur la terre, soit par les diables Ikrbaê. IX faut que je lettre de kd, dussé^je tailler chaque parole sur son vilaûa oorpi avec mon salH«. » n donna à la h&te quelques instructioQS i ses eamarades. t Que quatre d'entre vous, avec Simon, s'en aillent tontdroH à Grceme's- Gap. Si ce sont des Anglais, c'est par là qu'ito reviendrout. Que le reste se diqierse par troupe^ de deux, de trois cavaliers sur toute rétendue de la Jande, et qu'ils vienûent me rejoiadre à Trystin-Pool. Dites à mes frères, lorsqu'ils arriveront , de vous suivre et de venir ooos trouver là. Pawres g^rgons ! leurs cœurs seront presque aussi désespérés queie mien , car Us ne se doutât guère dans quelle maison de deuil ils JV)iKirteat leur v^aaison ! Je vais passer à Mueklestane-Moor vKH*-mâme^

— Et si j'étais à votre place, dit Dick du Dîngle, )e parleraisau Si^e Elshie. U peut vous dire tout ee qui se passe dans le pays, s'il est bien disposé.

— Il faudra bien , » dit Hobhie, tout oeeupé à m^tre ses armes en ordre , « qu'il me dise ce qu'il sait ^ur l'aSaîre de la nuit dernière , ou je saurai bien pourquoi.

'-' Oui , mais parle-lui avec douoeur, mon brave garçon, parlelui avec douceur, Hobbie; les gens de son espèce n'aiment pas à être rudoyés , dit le vieillard. Us ont de si fréquentes communications avec les démons et les mauvais gémes qui Sof^ toujours hargneux, que leur caractère s'en ressent.

•^ Oh ! laissez-moi fiure, pour en venir à bout, répondit Hobbie ; j'ai quelque chose en moi aujourd'hui qui me ferait braver tous les sorciers de la terre et tous les diables del'eitfer. »

Alors , se trouvant comi^étement équipé, il se jeta sur son cbeval auqu^ il fit monter rapidement la coUme. »

EUiot parvint bientôt au sommet , 4e^ceAdîU'aaU?e côté avec

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la même vitesse, traversa un bots, puis une loagoe tallée, et anÎTa enfin à Muckie6tane-M oor . Comme il avait été obligé, dans le coivs de son voyage ^ de ralentir sa BHUPciie , en oonsidératioD de la Caltigue qae son cheval pourrait encore avonr à essuyer, il avait en le tatops de faire de mûres réflexionsaur la œanièredoiit .il devait parler au Nain , afin de tiror de lui toi» les renseigne* ments dont il le croyait en possession sur les auteurs du malheur qui venait de raocaûer. Hobbie, quoique braeque, flranc, et d'un caractère "fort vif, comme la plupwrt de ees compatrioteSi ne bma* qoait ncdienifent de cette finesse qui est aussi un dto leurs traits caFactéristîqQes. Il léfléchit que, diaprés ce qu^il avait observé dans la soirée mémorable où il avait vu le Nain ponr la première fois, et d'après la conduite de cet être mystérieux dq^is ce tempslà, U était probable que les menaces et la violence, loin de le domp* ter, ne (Paient que le rendre encore ^us firrouche.

« Je M parlerai avec douceur, dit- il, comme le vieux Dickon jRie Ta conseillé. Quoiqu'on dise qu'il a fait un pacte avec Satan , il ne peut pas être diable incamé au point de ne pas avoir pitié de la position malheureuse où je me trouve. On dit d'ailleurs qu'il fBiit de temps en temps de bonnes actions, des oeuvres charitables. Je me modémrai autant que posâUe et le caresserai suivant la directien du poil;et au pis aller, je n'aurai qu'à lui tordre leçon, au bout du compte. »

Dans eette <fisposition accommodante, il fifapprocba de la hutte du solitaire.

Le vieillard s'était pas sur son mége d'audience , et Hobbie ne put Tapercevoir ni dans le jardin ni dans les enclos.

« Il est renfermé <kn5 sa forteresse, dit Hobbie, pent^tre pour ne pas se basset voir; mats je la démolirai sur sa tète , si ne puis Faborder autrement. >♦

Après cette réflexion , il éleva la voix et appela Elshie d'un ton aussi suppliant que le tumulte de ses sentiments le lui permettait. « Elshie , mon bon ami ! <» Point de réponse. « Elshie , mon bon père Elshie !» Le Nain garda le silence. « Que le chagrin s'empare de ta carcasse crochue ! » dit le Borderer entre ses dents; puis reprenant son ton de douceur : « Bon père Elshie , dit-il , le plus malheureux des hommes vient prendre un conseil de votre sagesse.

— Tant mieux! répondit la vwx grêle et discordante du Nain, à travers une très-pelite fenêtre ressemblant & une fente pour

lancer des flèches, qu'il avait pratiquée près de la porte de sa de* meure, et par laquelle il pouvait voir tous ceux qui s'en appro* chaient, sans qu'ils pussent eux-mêmes voir dans l'intérieur.

— Tant mieux ! » dit Hobbie d'un air d'impatience. « Que signifie ce tant mieux, Elshie? N'entendez^vous pas que je vous dis que je suis Tétre le plus malheureux qui existe?

— Et n'entendez-vous pas que je vous dis que c'est tant mieux > répondit le Nain. Ne vous ai-je pas av^ti ce matin, lorsque vous vous croyiez si heureux, de la soirée qui se préparait pour vous?

— Vous me l'avez dit en effet, répliqua Hobbie, et c'est ce qui fait que je viens maintenant vous demander conseil. Celui qui a prévu le mal doit en connaître le remède.

^- Je ne connais point de remède aux maux de ce monde, dit le Nain, et si j'en connaissais, pourquoi soulagerais-je les autres» tandis que personne ne m'a soulagé ? n'ai-je pas perdu une fortune avec laquelle j'aurais acheté cent fois toutes les montagnes stériles ? un rang auprès duquel le tien est comme celui de paysan ? une société où se trouvait réuni tout ce qu'il y avait d'aimable ^ tout ce qu'il y avait d'intellectuel ? N'ai-je pas perdu tout cela ? Ne demeurai-je pas ici, comme le plus vil rebut de la nature, dans la plus hideuse et la plus solitaire de ses retraites, moi-même plus hideux que tout ce qui m'environne ? £t pourquoi d'autres vermisseaux viendraient-ils se plaindre à moi d'avoir été foulés aux pieds, quand je me trouve moi-même éérasé sous la roue du char?

— Tous pouvez avoir perdu tout cela , >» répondit Hobbie dans l'amertume de son émotion. « Terres, amis, propriétés et richesses , vous pouvez avoir perçlu tout cela ; mais votre cœur n'a jamais été aussi ai&igé que le mien, car vous n'avez jamais perdu de Grâce Armstrong ; et maintenant mes dernières espérances sesont évanouies, je ne la verrai plus ! »

Ces paroles furent prononcées avec l'accent de la plus profonde émotion. Il garda le silence, car le nom de sa Qancée avait apaisé^ tout autre sentiment haineux ou irritable du pauvre Hobbie. Avant qu'il eût pu adrtîsser de nouveau la parole au soUtaire, une main sèche et aux longs doigts t^ant un gros sac de cuir, fut passée hors de la petite fenêtre, et comme ello lâchait le fardeau et le laissait tomber avec bruit sur la terre , le Nain dit alors à Elliot d'une voix rude :

« Tiens, voilà le baume qui guérit tous les maux de l'humanité, du moins c'est ainsi que pense chaque misérable mortel. Rq-

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