CHAPITRE IX
VISITE A WESTBURNFLAT.
Ainsi parla le eheTalier. Le géant dit : Emmène ayec toi cette sotte de fille, et déliyre-moi de ta présence et de la sienne. Pour un œil brillant , pour un sourcil arqué, pour un teint de lis et de roses, il ne me conyient point de me battre ayec toi. Romance du Faucon.
La tour devant laquelle se trouvait alors la troupe formait un petit bâtiment carré de l'aspect le plus sombre. Les murs étaient d'une grande épaisseur , et les fenêtres ou les fentes qui en tenaient lieu semblaient avoir été faites plutôt pour fournir aux habitants les moyens de se défendre , que pour admettre l'air ou la la lumière dans les appartements. Une petite plate-^forme, se projetant en dehors des murs de tous les côtés, donnait un avantage de plus aux assiégés à cause dû parapet formant niche ; à partir de là, s'élevait brusquement le toit couvert en dalles grises. Une seule tourelle placée à un des angles, défendue par une porte garnie d'énormes clous de fer, s'élevait jusqu'au-dessus de la plateforme, et donnait accès sur le toit par l'escalier en spirale qu'elle renfermait.
Les cavaliers crurent s'apercevoir que leurs mouvements étaient observés par quelqu'un caché dans la tourelle, et leurs soupçons furent bientôt confirmés, lorsque, à travers une petite ouverture, ils virent passer le bras d'une femme agitant un mouchoir, comme
CHAPITREES. 9»
une espèce de signal de détresse. Hobbie se sentit presque tout hors de lui de joie et d'impatience.
: « C'est la main et le bras de Giftce , dit-il ; je les reconnaîtrais entre mille ; il n'y en a pas de semblaUes de ce côté-ci des Lowdens. Nous la délivrerons , mes amis , dussions-nous démolir la tour de Westburnflat, pierre par pierre. »
Earnscliff, bien qu'il doutât qu'il fût possible à un amant de reconnaître à une aussi grande distance le bras de sa belle, ne voulut cependant rien dire qui pût diminuer les vives espérances de son ami ; et Ton résolut de sommer la garnison.
Les cris de la troupe et les sons d'un ou deux cors amenièrent enfin , à une des meurtrières qui flanquaient l'entrée , le visage farouche d'une vieille femme.
« C'est la mère du brigand, dit un des EUiot ; et elle est dix fois plus méchante que lui , et coupable d'une grande partie du mal qu'il fait dans le pays.
— ^ Qui étes-vous ? Que demandez-vous ici ? » telles ftirent les questions delà respectable matrone.
« William Grœmede Westburnflat, répondit Earnscliff.
— Il n'est pas ici, répondit la vieille dame.
— Quand en est-il parti? poursuivit Earnscliff.
— Je ne saurais vous le dire, répondit la portière.
— Quand reviendra-t-il? » demanda Hobie Elliot. •
— Je n'en sais rien du tout , » répondit l'inexorable gardienne de la forteresse.
— Y a-t-il quelqu'un dans la tour avec vous ? demanda encore Earnscliff.
— Personne que moi et des chats.
— Eh bien ! ouvrez la porte et laissez-nous entrer , dit Earnscliff ; je suis juge de paix , et à la recherche de renseignements au sujet d'un crime de félonie.
— Que le diable soit aux doigts de ceux qui tireront un verrou pour cela , répliqua la portière, car les miens n'en feront jamais rien. N'avez-vous pas de honte de venir ici avec une bande ausâ nombreuse, avec vos épées et vos lances , et vos casques d'acier, pour effrayer une pauvre veuve qui est toute seule?
— Notre information , dit Earnscliff , est positive ; nous cherchons des objets qui ont été enlevés de vive force, et qui sont d'une valeur considérable.
^^ Et une jeune fille qui a été cruellement faite prisonnitee, et
m L£ KAIN NOIR.
<pjà taut plus da double dc^ toote la propriété » dit HflblM^
— Je vous préviens, continua Earoâdiff^ que le seul moyen do prouver riRnœ^use de votre fib ^ est de nous kiauir ej^tcer tr«iquîtlemeiit et visiter h loaîsoflL
— £k que fieres-vous, si je ne veux pas vous jeter les clefs» on tirer les verroux, ou bien ouvrir la grîHe à de la eanttUe? » dtlli vieiHe d'an Ion railleur.
M Nous entrerons de force avec les cl^ da roi^ et noo» roocH pcoBS le eon i tout ôtre vivant que nous trouverons dans la mar* son, si vous n'ouvre pas snr^leHcbamp, » répondit HQU)ie inrité» et CD loi fiiisaBl des menaces.
: « Gens menacés vivent longp-temps, » dit la vîeUte sorcière aveo le même ton d'ironie ; « voilà la griile de fer, essayez vos forces contre eUe ; elle a résisté à des gens qui valaient nneuixqao vous. >»
Ma parbnt ainsi^ eUe se mit à rire „ et se relira de l'ouvertofo à travers laquelle elle avait parlementé.
Les aaâé^eants commenoàrent akMPS une consultatifm sérieuse. L'immense épaisseur des mura et la petitesse des fenêtres aurait pu résister qoelque tmnps , même à une batterie de canons : l'entrée était défendue d'abord par une forte grille ^ entièrement composée de barres de fer travaillées au marteau , et tellement lourdes et solides, qu'il paraissait qu'aucune force humaine u'aur rait pu venir à bout de la rompre.
« Ni tenailles , ni marteaux ne pourront jamais y miordre , » dit Hugues, le maréchal ferrant de Ringleburn -, <( auta^^t vouloir la battre en ruine avec des tuyaux de pipe. »
En dedans de l'allée par laquelle on entrait, et à la distance de neuf pieds , que formait la solide épaisseur du mur , était uneie^ conde porte en bois de chêne , garnie , dans sa longueur et dans sa largeur, de barres de fer qui se croisaient et qui étaient rivées l'une sur l'autre ; tous les intervalles étaient remplis de clous à large tête. Indépendamment de toutes ces défenses , ils n'ajoutaient pas beaucoup de foi au dire de la vieille , qu'elle compo^ sait à elle seule toute la garnison. Les plus rusés de la troupe avaient remarqué des traces de pieds de chevaux dans le sentier par lequel ils étaient parvenus auprès de la tour, ce qui paraissait indiquer que plusieurs personnes étaient récemment passées dans cette direction.
A toutes ces difllicultés venait se joindre le manque de moyens pour attaquer la place. Il n'y avait pas d'espoir de se procurer des
écbBU#6asse% kwguas pour atteindre k pMerfariue \ et leBiteath ires, outre qu'elles étaient fort étroites, étaient défendues par dwf k^are» de finr. U ne faUait donc pas songer à esooladeir » encore moins à miner , faute d'instruments et d^ poudre* D'ua au^ cAtÀ,, IfOft assîégeattte n'a^aiœit ni vivres , m moyena d'abri^ ni aubes objets eonvenaUes pour lesmeUre à mâiae di^ooiiTertir le siège en blocus, outre qu'ils aariûent à courir le risque de se Yoig attaqua pa^ quelques-uns des eamanutes du naaiAudeur , qui YJeailraitent à son seeounk Sobbie gnnsaii les geats en omtcIimé autour de |s^ fotteresse, et en voyant qu'il m pouvait trouve»' a»r eun moyeu d'y eiMrer de force. £o6n il s'écria tout à eoup : « Bt pwrquoi ne pas taire como^ nos pères ont fiât autreÏEais ? A l'ouvrage , mes enfants s coupons des buissons ci des ronces» omr pilpns-les contre la porte, mettonsry le feu, et enfumons ta vieîUefiUedu diaU» comme si nous voutioiis grîUer sa peau pour en bûre du Iwd. »
Tous apptoudirent à cette proposition , et «e mirent aussil^ à l'ouvrage , les uns avec leurs sabres , les autres avec leursxouteaux, coupant des touffes d'aune et des buissons d'aubépine q«i croissaier^ sur les bords du ruisseau, et dont quelques-uns étaient assez vieux et assez secs pour c^ obj^ > tandis que d'autres s^ mir^t à les rassembler en un grand tas , aussi près que poss4bfe de la grille de fer. On se procura bientôt du feu avec un fusil, et Bobbie s'avançait déjà vers le bûcher avec un tison eidlammé^ lorsque la figure brutale du voleur et le bout du mousqueton se montrèrent en partie à une meurtrière qui flanquait l'entrée. -
n Grand merci,» dit-il d'un ton moqueiur, «pour avoir rassemblé une aussi grande provision propre à nous servir pendant l'hiver^ mais, si vous avancez un pas de plus avec ce tison, aucun ne vous eura coûté plus cher dans toute votre vie.
— C'est ce que nous allons voir , » dit Hobbie , avançant intré*pidement avec sa torChe.
Lb maraudeur tira sur lui ; mais, fort heureusement pour notre brave ami, le eoup ne partit point ; tandis qu'Eamsctiff, tirant en même temps, en visant à l'étroite ouverture, et à la faible marque que lui fournissait la figure du voleur , eCOeora le côté de sa tdte avec une balle. Il parut qu'il avait cosipté sur le poste auquel il s'était placé , comme présentant plus de sûreté , car il n'eut pas plutôt senti la Uessore, quoique très*légère, qu'il demanda à par-knenter i et à savoir pourquoi on valait ainsi attaquer on honr
' 92 LE NAIN NOIB.
néte homme, un homme paisible, et répandre son sang d'une manière ausisi illégale.
^ <« Nous voulons,, dit Earnscliff, que votre prisonnière nous soit rendue saine et sauve.
' •— Et quel intérêt prenez-vous à elle ? demanda le maraudeur;
— C'est une question que vous, qui la retenez par force, n'avez pas le droit de nous faire, répliqua Earnscliff.
— Ah ! ah ! je crois que je puis deviner, dit le brigand ; eh bien ! messieurs^ il me répugne d'entrer avec vous en inimitié mortelle, en versant le sang d'aucun de vous , quoique Earnscliff n'ait pas
' craint de verser le mien , et qu'il n'ait pas manqué le but de répaisseur d'une pièce de huit sous ; ainsi , pour éviter de plus
' grands malheurs , je consens à rendre ma prisonnière , puisque moins que cela ne saurait vous satisfaire.
' — Et la propriété d'Hobbie ? dit Simon de Stackbum ; pensezvous qu'il vous soit permis de piller les troupeaux et les étables à vaches d^un bravé EUiot, comme le poulailler d'une vieille femme?
— Aussi vrai que c'est le pain qui me fait vivre , répliqua Willie de Westbumflat , aussi vrai que c'est le pain qui me feit vivre, je n'en ai pas une seule vache ! Tout cela est en route depuis long-temps ; il n'y en a pas la corne d'une dans toute la tour. Mais je verrai ce qu'il sera possible d'en ramenqr, et je m'engage à me trouver avec Hobbie au Gastleton , avec deux amis de chaque côté, afin de trouver quelque voie d'accommodement propre à le dédommager du tort qu'il m'accuse de lui avoir fait.
— 'Oui, oui, dit Elliot ; cela ira assez bien ; » puis, s'adressant à son parent : « Que le bétail s'en aille au diable ! Pour l'amour de Dieu , mon ami , ne parle plus de cela ; songeons seulement à tirer la pauvre Grâce des griffes de cet infernal brigand .
— Voulez-vous me donner votre parole, Earnscliff, « dît le maraudeur qui était toujours à la meurtrière , « et n^e promettre sur votre foi et votre honneur, sur votre main et votre gant, que
. je serai libre d'aller et de venir pendant cinq minutes pour ouvrir la grille , et cinq minutes pour la fermer et tirer les verroux? Moins de temps ne me suffirait, car tout cela a bien besoin d'être graissé. Y consentez-vous ?
— Tous aurez tout le temps nécessaire, dit Earnscliff; j'engage ma foi, mon honneur, ma main et mon gant.
— Attendez donc là un moment, dit Westburnflat , ou bien , écoutez : je préférerais que vous fissiez reculer vos gens à une