CHAPITRE X. lOi
riches nous ont oubliés, et ceux de notre rang n'ont que le strict nécessaire ; nous n'avons pas un seul ami qui puisse ou qui veuille rétablir la ferme comme elle était.
—'Alors, Hobbie, dit la grand'mère, il faut mettre notre confiance dans celui qui peut faire sortir des amis et de la fortune du Moor le plus stérile,, comme on dît. »
Hobbie se leva à l'instant. « Vous avez raison^ s'écria-t-il, vous avez raison. Je connais un ami sur le Moor stérile, qui peut et qui veut nous secourir. Les événements me l'avaient totalement fait oublier. J'ai laissé, ce matin , au Mucklestane-Moor assez d'or pour rebâtir deux fois la ferme de Heugh-Foot et la garnir de bétail et d'instruments , et je suis sûr qu'Elshie ne s'opposera pas à ce que nous en fassions usage.
— Elsbie ! >» dit la grand'mère étonnée ; « de quel Elshie voulez* vous parler ?
— Duquel, si ce n'est Cunny Elshie, Fermite de Mucklestane ? dit Hobbie.
— Dieu nous préserve, mon fils, dit la grand'mère^ que vous alliez puiser de l'eau dans des citernes corrompues, ou que vous demandiez du secours à ceux qui ont fait pacte avec l'esprit malin ! Il n'y a jamaii? eu de bonheur dans leurs dons , ni de grâce dans leurs sentiers. Tout 1^ pays sait que cet Elshie est un sorcier. Oh ! s'il y avait des lois et une paisible administration de la justice, qui fait qu'un royaume fleurit et marche dans la bonne voie, on ne laisserait pas vivre des gens de cette espèce. Sorciers et sorcières sont l'abomination et le Qéau de la terre.
— En vérité , ma mère , répondit Hobbie , vous direz ce que vous voudrez^ mais je suis d'avis que les sorciers et les sorcières n'ont pas la moitié du pouvoir qu'ils avaient autrefois ; au moins suis-je certain qu'un homme qui complote le mal, comme le vieux EUieâlaw, ou un brigand comme ce Westburnflat, sont un grand fléati et une plus grande abomination dans un pays qu'une bande infernale des plus méchantes sorcières qui aient jamais chevauché sur un manche à balai , ou tenu leur sabbat le soir du mardi gras. Elshie n'aurait jamais eu l'intention d'incendier ma maison et mes granges, et je suis résolu à essayer s'il veut faire quelque chose pour nous aider à les rebâtir. Il est bien connu pour habile homme dans toute la contrée jusqu'à Brough^ 80us-Stanmore.
— Prends garde, mon enfant, dit mistress Elliot; considère
02 LE NAIÎJ NOIR.
que ses bienfjpiit^ n*ont propté à personne. Jopjç Hçwden est njort yers le temps de la chute des feuilles précisément de la maladie dont Elshie prétendait J'ayoir guéri 5 et cjuoiqjLi'if ait e^Jpôc^lé la vache de Lam^side de iqourir d*une épizpotie, néanmoins Ip haut mal a été plps cruel parmi ces mputops q|ie dans aucune de$ saisons précédentes*. Et puis ^'ai ouï dir(3 (ju'il se servait ,dp paroles si ofiepsantes envers les hom^nes , qjie c'e^t insi}Uer la providence elle-mêp.?- Squyaiiez-VQUS que yous dît^ vpusr(pêq[ie^ la premièrp fois que yous le yîtes, qu'i^ ressemblai}; plutôt ^ mi fantôme^au'à un ôtrp vivant.
— Laissez dqnc , ma pière ^ dit Hobbie , Elshie n!est pas aussi mauvais que çelfl. |l est vrai que §on corps tout (Jifforn^e n'est pas un objet fort agréable à voir, et que son langage est rude^ mais il n'est pas aijssi dangereux en effets (ju'en paroles. Si j'avais quelque chose à manger, car je n'ai rien pris de touji© la journépj jp me çpucherais pour dpiix ou trois heures à p^té de mon cheval, et demain, au point du jour, je partirfiis pour Mucklestane.
—Et pourquoi pas ce soir? dit Henri ; j'irai avec yous.
— ^on chey§l est fatigué, répOQdIil; Hobbie.
-r En ce cas vous pouvez prendrg le mien, dit Jolin.
— Mais \^ ^uis moi-môme trèi^- fatigué, » dit Hpbbie en insistant.
« Vous , fatigué ! à}t H^nri ; fi dpnc ! je vQus ai yu fçster e^ selle pendant vjngt-cjuatre heures de suite saps jamiais prononcer ce mot.
— La nuit est bien pbscpre, » dit Hpbbie ei) reg^i'dftnt par la fenêtre de 1^ chaunaière-, « mais, ^ parler françhemept, qup^q^p Elshie soit réelleipent un braye homme , cependant j'^iïpg Bqjeux qp'il fasse grijnd jçur quand je vais lui fejre une visite. »
Cette franchise de {a part de Hobbie epqpêcha toute disçussipQ ultérieure 5 conciliant ainsi la trop grande précipitation ^u conseil de son frère avec les mesures d'une pfudence trop timide recomnaantjées par sa grand'mère, il pfit les rafraîchi§$enients que la chaumière put fournir, et après avoir embrassé cordialement toutes les personnes qui l'entouraient , il se retira sous le hangar pt s'étendit à côté de spn fidèle palefroi. Ses frères se psjrtagèfent quelques bottes d^ paille prpprp qi^'ili? tfPuyèrent
i Le texte dit rnoor-Hl et lovping-ill. La première de ces çK^Udie^ cft|ue ^ tourments aig^s ; la seconde fait sauter l^apin^al comme sMl était ivre. a. 1^
à%m VéMaie QfpésmnnmA oocopée par la Taeh& d^Annaple; qqwt mx fCMumea^ ellea s'arrangèrent pour prendre dn repos aoimne YétsA à» la ehaunûère put te leur permettre.
A la pointfl du joiir, Hobhîo se Iqtb , et, après aycwr pansé et sellé son oheval , il partit pour Moekiestane-Moor. ir évHa )t QQiDpi^niQ dQ l'un ou de Faatre de ses ftëres^ pensanl que le j^aia était plus propiee à ceux qui v^aaieiit le visiter seols.
<< Notre yoisui , » penaait^tl en lui-même à mesure quil avan^ çait, <« n.'e9t pas^ très-commode, et il y a des moments où il n'est pas Irè^foetle de l'endurer. Qlit sait sll sera sorti de sa cabane pour ramaasor te sao d'argent? SM ne l'a pas fait , c'a été une boone aubaine pour quelqu'un, et je serai bien attrapé. Àttonsi, Tarvas, .« dit-U à son cheval en lui donnant un eoup d'éperon^ « dépôeboDS-nons, mon anoé. lï faut, s'il se peut, que noas arrivions les premiers. »
Il se trouvait aiers sair bt vasle lande, qui eommençait k être éclaûrée par ks premâera vaycma dn aoleit ^ la penle douée par laquelle UdesceiBdait lui montrait dtstinctement, quoique loin , la demeure du Kain. La porte s'anvrit, et Hrtibie vit de ses propres yeu&le phénomène dent ilavaif sî souvent entendu parler. Deux Ggures bumaines, si l'on pouvait dbnneff fe nom et ceHe dn Nain, aortireot de la reliaiÉe solitanre éa redns,. et pérorent converser ensemble en plein air. Puis la. ^ande f^re se pencha , comme pour ramasser quelque chose qui était à terre près de ta porte de la. butte ;. ensuite dles s'avancèrent toRites les denx i une petite distance, et s'arrêtèrent de nouvean, comme si eBes étaient ea grande conversation. Toutes les terreurs superstitieuses de Hob* Ue se réveillèrent à cette vue, et il lui paraissait impossible que le Nain laissât pénétrer quelqo'un.daps sa demeure, et qu'il y edt des êtres asses^ hardis pour venir le visiter la nuit. Iktos PintHne persnaaion qu'il avait vu un sorcier s'entretenir familièrement avec un eqBrit, Hobbie retint son haleine et la bride de son cbe* val, réeolu à ne pas encotxrir l'indignation de l'un ou de Fautre par une initem:q>tion indiscrète de leur conférence. Ilss^aperçur rent sans doute de son approche; caràpeme avait->Rfait halte, que le Nain rentra dans sa cabane, et la grande figore qui l'Avait ac* compagne parut se glisser.te long de l'enclos du jardin et s^érar noifir aux yeux du stupéfait Hobt»e.
u Vit*K« jamais chose pareille? dit EHiot ; mais je suis dans une position désespérée, et quand ce s^ait Beèbébuth lui-même ,*
il faut que je me hasarde à descendre la coltine jusqu'à lui. » Cependant, malgré son prétendu courage, il ralentit sa marche lorsque, tout près de Tendroit où il avait vu cette grande figure , il aperçut, comme tapi dans une touffe de bruyère, un corps mince, noir et bourru, semblable à celui d'un chien basset.
M II n*a jamais eu de chien que je sache, dit Hobbie, mais plus d'un diable à son service, que Dieu me pardonne d'avoir prononcé un tel mot!... Il ne bouge pas, quelque animal que ce soit... J'ai ridée que c'est un blaireau*, mais, pour effrayer^ les fantômes prennent des formes si bizarres! Gela va se changer peut-être en un lion ou en un crocodile, lorsque je m'avancerai de plus près. Je vais lui Jeter une pierre ; car, s'il vient à prendre une autre forme quand je serai trop près , Tarras n'y .tiendra jamais , et j'aurais trop affaire à lui tenir tête, et au diable en même temps. »
En conséquence , il jeta prudemment une pierre sur l'objet en question, qui n'en resta pas moins immobile. « Ce n'est pas un être vivant, après tout, dit Hobbie, mais bien le sac d'argent qu'il m'a jeté hier au soir par la fenêtre ! Et c'est cette drôle de figure grêle qui me l'a transporté jusqu'ici ? » Alors il s'avança, et souleva la lourde sacoche qui était toute pleine d'or. « Miséricorde ! » dit Hobbie, dont le cœur palpitait en sentant revivre ses espérances et ses projets pour l'avenir, en même temps qu'il soupçonnait à quel dessein ce secours lui était offert ; « miséricorde ! c'est une terrible chose que de toucher à ce qui a été récemment entre les griffes de quelqu'un qui n'est pas de très-bon aloi. Je ne saurais me tirer de l'idée qu'il y a quelque manigance de Satan dans tout ceci ; mais je suis résolu à me comporter en honnête homme et en bon chrétien, arrive ce qu'il voudra ! »
. En conséquence, il s'approcha de la porte de la cabane, et, après, avoir frappé à plusieurs reprises sans Tecevoir aucune réponse, « Elshie ! » dit-il en élevant la voix, « père Elshie ! je sais que vous y êtes, et éveillé, car je vous ai vu sur le seuil de votre porte comme je descendais la colline : vouler-vous sortir et parler un moment avec quelqu'un qui a beaucoup de remerctments à vous faire. Tout ce que vous m'avez dit relativement à Westburnflat n'était que trop vrai ! mais il m'a renvoyé GrAce saine et sauve -, et ainsi il n'est rien arrivé de mal qui ne puisse être facilement enduré. Si vous vouliez sortir seulement un moment, ou me dire que vous m'écoutez... Eh bien ! puisque vous ne voulez