BANQUET DES CONSPIRATEURS
Pour orner les yétements de la rébellion de quelque couleur brillante qui puisse plaire aux yeux des sots inconstants et des pauvres mécontents, qui sont bouche béante et se frottant les mains à la nouTelIe de quelque changement imaginaire.
Shakspeark. Xtenri rr, partie ii. *:
On avait fait de grands préparatifs au château d'Ellieslaw pour rassemblée qui devait avoir lieu dans ce jour important , et à laquelle on attendait non-seulement les gentilshommes de distinction du voisinage, attachés au parti jacobite, mais aussi plusieurs mécontents subordonnés, que le dérangement de leurs affaires > l'amour du changement, le ressentiment contre l'Angleterre , ou quelqu'une des causes nombreuses qui enflammaient à cette époque les pasakHis des hommes, invitaient à prendre part à une entreprise périlleuse. Les personnes distinguées par leur rang ou leur fortune s'y trouvèrent en petit nombre, car presque tous les grands propriétaires se tenaient à l'écart, et la plupart des bons bourgeois et des fermiers proposaient la religion presbytérienne) 84; par conséquent, quoiqu'ils ne fussent pas partisans de TUnion, n'étaient pas disposés à s'engager dans une conspiration jacobite. Mais il y avait quelques riches gentilshommes qui, soit par les principes qu'on leur avait inspirés de bonne heure , soit par des motifs de religion , partagaient les vues ambitieuses d'EUieslaw 5 ou avaient donné une sorte d'appui à son plan *, puis quelques jeunes gens d'un caractère bouillant, tels que Mareschal , ambitieux de se signaler en prenant part à une entreprise hardie , dans l'espoir de rétablir l'indépendance de leur patrie. Les autres membres du parti étaient des hommes d'un rang inférieur , qui avaient dissipé leur fortune, et qui étaient prêts à se soulever dans cette partie du royaume, comme ils le firent ensuite en 1715 » sous Foster et Derwentwater , lorsqu'une troupe commandée par
iH LE i^Àm nota.
un gentillionmie ê^ Border, appelé DooiglM, était praufoe entièrement coiiipcMSée de flibufiftiers ^ parmi iesquds le f^nyeux L«e« tn^a-Bag, comme on le Dominait, avait >iiii .grade distingoé. JS&w croyons qu'il est nécessaire de dfoiin^ ces <}étails, qui ne «'«ppti-*quent qu'à la province où se passe notre histoire, parce que dans d'autres parties de ce royaume le parti jacobite était composé de membres incontestablement pliis IbnnidaMes, plus nombreux, et en même temps plus respectables.
Une longue table s'étendait dans la VdSte salle du château d'£Ilieslaw, qui était encore à peu près dans le même état que cent ans auparavant, s'étendant, en sombre longueur; sur tout un côté éa ekàteati vfmté e» areeamx de pierres de taille^ d'où sortaient des figures saillantes qui, sciHptées sous toutes les formes bizarres qaerimagiaatioH feutastique d'un architecte du temps des Gosses avait pu enfanter , grinçaient des dents, et semblaient menaeerles c<»nvives. Lasalledu banquet était édaàrée par <)e8r6oMres iMgues et étroites , garnies «n meures de eouterur, m tra¥ei<&é4&ncflsle soleil Tie pouvait faire percer <ïue quélquies layons hilt^ eft décomposés. Une baffl^ière, qcre la tradition alBi^OMit avoir étô prise aux Angiars à la bataille 4e Sarek, flefttaît au-desGNKs d« ftKH teoil dans lequel EHieslaw siégeait en sa quafifté de pré^iéMt^ comme pour eftSaorner le coimige des oonvïf^, «ti tour itappe«< iMt )e souvenir des anciennes victoires remportées «nr leurs ^•<* 91ns. Lui-même, avec mi «nmâen plein de dignité , vêts etk Mtte oeeasion a^ee tm soin extraordfnaire) et avec des traits qui , Inea ^'ite eussent une expression famiiclie et sirsîstFe , paavc^iMt, Béamnoitis, élre appelés beaux, refA^seaataitlparfaiteiiieiit l'a»oi«^ bliron féodal. Sir Frédéric Ijsngtey était ft sa droite , «t M. Ma* ped<Aia1 de Mafesefcal-Wefis à «a gauobe. Qmtqiies per^soiaiage0 de considérât^, avée leiM^flts, leurs tréfes et leurs neveux, toie** <!n3^£ri«A t te tMmt bout de ta table, et parmi eeus^i ^bait ^cé My RitdiffiB. Au ddà de }a saKère (piècie massive d'argenterie ^^uî oe^ èopait le milieu de la UiM^ , étaient assia ce que tVm pMvait «p^ pdtt 8tne mmnine tuf%a^ ^ens 4mt la vanité^était fiattée par IHdé^ d'itre^ssAs à cette noble %ablè, en même temps que , même n^ •es tf^ee «ne dûMînciion marquée à la partie infêrîMnô, leur pféh Mmce diminuait rorgoeîl de leurs «^rieai«. On peut jeger dtfs iftdivid«rsqtti comptaient l'estrâaMtè de la taMe^ puia^poe Wim de WesMAiraM; ae tiDUvait parmi eux. L^aiiiiAffeiease eKtm^&ti» de «set homme , «aosafot ae présenter danslafRanaend^mie fm^
CmPlTRR XIII. li»
sonne à laquelle il venait de faire l'iosulte la plus ÎBsigne, ne peut » s'expliquer qu'en supposant qu'il se croyait bien sûr que la part] qu'il.avait eue à l'enlèvement de miss Vère était un secret spir^ gneusement renfermé dans le cœur du père et dans celui de la fille.
Ce fut devant cette compagnie nombreuse et n^ôiée que Ton :. servit un dîner composé, non pa$ , à la vérité , des délicatesses de» la saison, suivant l'expression des journaux, mais d'énorme^ pièces de viande, dont le poids faisait gémir la table. La gaieté ne futpas^ proportionnée à la bonne chère. Les convives du bas bout forent,, pendant quelque temp^ , glacés par la contrainte et le respect, qu'ils éprouvaient en se voyant membres d'une assemblée aussi auguste, et étaient saisis du môme sentiment de crainte que P. P., clerc de la paroisse , avoue avoir ressenti la première fois qu'il entonna Tait du psaume devant ces très-bonombles personnages, M. le juge Freeman, la bonne lady Jones, et le grand sir Thomas^ liruby. Cette glace cérémonieuse se fondit cependant bientèt à la chaleur des excitants à la joie, qui furent libéralement servis et > aussi libéralement conçommés par les convives de la classe infé-> rieura : leur gaieté devint causeuse , bruyante et même tumul-tueuse.
IVlais il n'était pas au pouvoir du vin ni de l'eau-de-vie d'échauffer les esprits de ceux qui occupaient des places plus dis* tinguées au banquet. Ils éprouvaient ce (roid glacial dont on est* souvent saisi lorsque l'on e^t forcé de prendre une résoluti4)ar désespérée , après s'ôtre mis en une position dans laquelle il est. aussi difficile d'avancer que 4e reculer. Le précipice leiur paraissait plus profond et plus dangereux à mesure qu'ils s'afi^rocbaient du. bord, et chacun attendait avec un sentiment de crainte et d'hési-* tation que l'un ou Tautre des confédérés donnât l'exemple en s'y précipitant lui-môme. Ce sentiment intérieur agissait différem**. ment, selon les diverses habitudes et les divers caractères d^ membres de l'assemblée : l'an était grave et 9^ieux , loutre sot et désappointé; un troisième jetait des regards inquiets sur les places restées vides au haut bout de la table ^ qui avaient été réservées pour des membres de la conspiration dont la prudenci». l'avait emporté sur le zèle politique, et qui s'étaient absentés de l'assemblée dans ce moment. Quelques-uns paraissaient même chercher à établir dans leur esprit une comparaison entre le rang , et les intérêts des membres absents et de ceux présents. Sir Fré-*
f M . LE NAIN NOm.
déric Langley était froid, bourru et mécontent. EUieskw, de son côté, faisait des efforts tellement pénibles pour animer ses convives, que l'on voyait clairement qu'il était lui-même découragé. Ratcliffe examinait l'ensemble de cette scène avec le sang-frôid d'un spectateur attentif mais désintéressé. Mareschal seul, fidèle à son caractère de vivacité et d'étourderie, mangeait et buvait, riait et plaisantait, et paraissait s'amuser de l'embarras de la compagnie. « Qui donc a pu abattre notre noble courage? leur dit-il; on nous croirait à un enterrement, où ceux qui nouent le deuil ne doivent parler qu'à voix basse , tandis que les muets et les vedettes funéraires (en indiquant des yeux l'autre bout de la taUe) font bombance là-bas. Ellieslaw, quand commencerez-vous à mettre le convoi en marche 7 votre esprit sommeille ; qui a pu refroidir les hautes espérances du chevalier de Langley-Dale?
— Vous parlez comme un fou , dit Ellieslaw ; ne voyez-vous pas combien de membres sont absents ?
— Eh bien, après? dit Mareschal ; ne saviez-vous pas d'avance qu'une moitié du genre humain parle mieux qu'elle n'agit? Quant à moi, je me sens beaucoup encouragé en voyant que les deux tiers au moins de nos amis ont été exacts au rendez-vous, quoique je soupçonne fort qu'une moitié est venue pour, au pis aller, s'assurer au moins d'un dtner.
— Nous n'avons point de nouvelles de la côte que l'on puisse regarder -comme donnant la certitude de l'arrivée du roi^ » dit quelqu'un de la compagnie de ce ton équivoque et faible qui indique un manque de résolution.
— Pas un mot de la part du comte de D..., ni d'un seul gentilhomme de la partie méridionale du Border, dit un troisième.
— Quel est celui qui désire avoir un plus grand nombre d'hommes de l'Angleterre? » s'écria Mareschal avec le ton théâtral d'un héroïsme affecté :
MoD cousin EHyslaw ? Non, malgré ton soupir, Si le destin nous condamne à mourir.
— Pour l'amour de Dieu, Mareschal! dit Ellieslaw, faites-nous grâce de vos folies en ce moment.
— Eh bien donc , dit son cousin , je vais vous donner ma sagesse, telle qu'elle est. Puisque nous nous sommes avancés comme des fous, nous ne pouvons pas reculer comme des lâches. Nous avons assez fait pour attirer sur nous les soupçons et la ven-