‹ LE NAIN NOIRChapitre 48 sur 99 · LA FIANCÉE PAR CONTRAINTE · texte numérisé non relu

LA FIANCÉE PAR CONTRAINTE

Il amène le comte Osmond pour receyolr mes vœnx. ' O cbançement épouTantable ! à la place de Tancrède , Porgaeillenx^Osmond ! Tancrède et Sigismonde,

M. Yère, à qui une longue pratique dans Fart de la dissimulation avait donné le pouvoir de composer son air, ses manières et jusqu'à sa démarche, pour favoriser ses projets de déception , s'avança le long de la galerie de pierre et monta la première rampe de Tescalier qui conduisait à Tappartement d'Isabelle, du pas alerte, ferme et décidé de l'homme qui est occupé d'une affaire importante, à la vérité, mais dont il ne doute nullement qu'il ne vienne à bout. Mais, lorsqu'il fut hors de portée d'être entendu des personnes qu'il venait de quitter, sa marche devint plus lente et plus irrésolue, comme étant en harmonie avec ses incertitudes et ses craintes. A la fin, il s'arrêta dans une antichambre, pour recueillir ses idées et former son plan de raisonnement avant de se présenter chez sa fille.

« Yit-on jamais un père infortuné se trouver dans une alternative plus affreuse et plus embarrassante l <c Telles furent ses premières réflexions. « Si nos projets échouent par suite de notre désunion, il n'est point douteux que le gouvernement ne me sacrifie comme le premier moteur de l'insurrection. Ou bien , en supposant que je puisse m'abaisser jusqu'à sauver ma vie par une pronypte soumission, ne suis-je pas, même alors, complètement ruiné? J'ai rompu avec Ratcliffe d'une manière irréconciliable , et de ce côté-là je ne puis attendre qu'insulte et persécution. Il

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me (Anén donc errer, pauvre et dMioooré, dai» aoctm moyea d'existence, et encore moins sans arcir une fortune sai&sa&te poar oontreiialancer rinfemie que mes compatriotes, aiœi que eeux dont j'aurai épousé et détesté le parti, attacheront au nom du renégat politique. Cette idée n'est pas supportable. Et, cependant, quel choix me re$te-t-il entre cette destinée et la honte de réchafàud 7 Rien ne peut me sauver qu'une réconciliation arec ces deux hommes ; et, pour reffectuer , j'ai im)mis à Langley qu'Isabelle l'épouserait ayant minuit, et à Mareschal que ce serait sans contrainte. Je n'ai plus qu'une porte de salut; c'est qu'elle consente à recevoir la main d'un homme qui lui déplaît, et dans un laps de temps qu'elle trouverait déjà trop court, qpand môme il serait amant favorisé. Mais je dois compter sur la générosité romanesque de son caractère, et, dfe quelque vives couleurs que je lui peigne la nécessité de son obéissance, elles seront au-dessous de la réalité. »

Après avoir terminé cette suite mélancolique de réflexions sur sa position périlleuse, il entra dans l'appartement de sa fille, chaque nerf tendu pour le soutien du raisonnement qu'il avait à lui feire. Quoique faux et ambitieux, il n'était pas tellement dépourvu de tendresse paternelle qu'il n'éprouvât quelques remords en réfléchissant au rôle qu'il allait jouer, en abusant des sentiments d'une fille tendre et soumise : mais en se rappelant que, s'il réussissait, le résultat de sa ruse serait au moins d'avoir procuré à sa fiïle un mariage avantageux, tandis que, dans le cas contraire, il était un homme perdu , tous ses scrupules s'évanouirent.

Il trouva miss Tère assise près de la fenêtre de son cabinet de toilette, la tête appuyée sur une main 5 ou elle sommeillait , ou était tellement plongée dans la méditation, qu*clle n'entendit point le bruit qu'il fit en entrant. Il s'approcha en donnant à ses traits une expression profonde de chagrin et de sympathie, et, s'asscyant auprès d'elle, appela son attention en ïui prenant doucement la main, mouvement qu'il ne manqua pas d'accompagner dMn profond soupir.

« Mon père î » dit feabelle avec une sorte de tressaillement (f^ exprimait autant de frayeur que de joie et de tendresse.

— Oui, Isabelle, votre malheureux père qui, plein de repentir, vient demander pardon à sa fille d'une offense dont fl s'est rendu coupable envers elle par excès de tendresse, et lui feire ses adieux pour toujours.

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^Mcmpère! ane offoise envers mQi?F«ire tos adieux pour

toujours ! Que signifie tout ceci ?

— Oui, IsabeHe, je parle sérieusement-, mais, ayant tout, je TOQS demanderai si vous ne soupçonnez pas que j'étais dans le secret de l'arentnre qui vous est arrivée hier matin ?

— Vous, monsieur ! >» dit en bégayant Isabelle, partagée entre la conviction qu'il avait justement deviné sa pensée, et la honte , aussi bien que la crainte, qui lui défendaient d'avouer un soupçon aussi humiliant et aussi peu naturel.

«t Oui, continua-t-il, votre hésitation est un aveu tacite que vous aviez cette pensée, et j'ai maintenant la tâche pénible de reconnaître que vos soupçons n'étaient point mal fondés. Mais , écoutez mes raisons. Dans un moment malheureux, j'encourageai la recherche que sir Frédéric Langley faisait de votre main, ne concevant pas qu'il fût possible que vous eussiez aucune objection valable à me faire contre un mariage dans lequel tous les avantages étaient, pour ainsi dire, de votre côté. Dans un moment plus malheureux encore, je pris avec lui des mesures propres à rétablir notre monarque banni sur son trône et à rendre à ma patrie son indépendance. Il a proGlé de mon imprudente confiance, et maintenant ma vie est entre ses mains.

— Votre vie , monsieur ! » dit Isabelle d'une voix faible.

« Oui , Isabelle , la vie de votre père. Dès que je prévis les excès dans lesquels sa passion impétueuse pouvait le jeter (car je . lui rends la justice de croire que sa conduite peu Faisonnable vient de son grand attachement pour vous) , je cherchai, sous le prétexte plausible de votre absence pendant quelques semaines , k m'affranchir de Taltemative dans laquelle je me trouve placé; à cet effet , je me proposais, dans le cas où vous continueriezà avoir une répugnance insurmontable pour ce mariage , de vous envoyer secrètement passer quelques mois au couvent de votre tante maternelle , à Paris. Un concours d'erreurs vous a tirée du liep sûr et secret que je vous avais destiné comme asile temporaire. Le sort m'a enlevé ma dernière chance de salut , et il ne me reste plus maintenant qu'à vous donner ma bénédiction et à vous faire sortir du château , avec M. Ratcliffe , qui se dispose à le quitter ; mon sort sera bientôt décidé.

— Juste ciel , monsieur ! est-il possible? s'écria Isabelle. Oh ! pourquoi ai-je été délivrée de la retraite dans laquelle vous m V

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yjez placée? ou pourquoi ne m'avez-vous pas fait connaître vos intentions ?

— RéQéchissez un instant , Isabelle , répondit M. Yère. You* liez-vous que je cherchasse à nuire dans votre esprit à l'ami que je désirais le plus vivement servir , en vous faisant connaître l'ardeur opiniâtre avec laquelle il poursuivait ses projets ? Pouvais-je le faire avec honneur, après lui avoir promis de l'appuyer? Mais tout est fini. Mareschal et moi nous sommes décidés à mourir avec courage; il ne me reste plus qu'à vous faire partir sous bonne escorte.

— Puissances du ciel ! n'y a-t-il donc aucun moyen? » dit la jeune fille tout épouvantée.

« Aucun , mon enfant , » répondit M. Vère avec douceur , « à l'exception d'un seul, que vous ne voudriez pas conseiller à votre père d'employer, celui d'être le premier à trahir ses amis.

—Oh ! non , non ! » répliqua-t-elle avec horreur, et cependant avec précipitation, comme pour repousser la tentation que l'alternative lui présentait. « Mais n'y a-t-il pas d'autre espoir, la fuite, la médiation , les prières ? J'irai me jeter au genoux de sir Frédéric.

— Ce serait une humiliation inutile , répondit M. Yère ; il est déterminé à suivre la route qu'il s'est tracée, et je suis également résolu à courir les hasards de mon sort ; à une condition seule il renoncerait à ses projets , et cette condition , vous ne l'entendrez jamais de ma bouche.

—Faites-la-moi connaître ; je vous en conjure, mon cher père ! s'écria Isabelle ; que peut-il demander que nous ne devions accorder, pour prévenir la malheureuse catastrophe dont vous êtes menacé ?

— C'est ce que vous ne saurez, Isabelle, » dit M. Yère d'un ton solennel , « que lorsque la tête de votre père aura roulé sur Téchafaud ; alors vous apprendrez qu'il y avait effectivement un sacrifice qui pouvait le sauver.

— Et pourquoi ne pas le dire à présent ? Craignez-vous que j'hésite à faire le sacrifice de ma fortune pour vous sauver ? Oïi bien voulez-vous me léguer l'affreux héritage d'un remords éternel , toutes les fois que je songerais que vous avez péri , tandis qu'il y avait moyen de prévenir le malheur épouvantable qui est prêt à fondre sur vous.

— Eh bien ! mon enfant, dit M. Yère, puisque vous voulez ab-

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