CHAPITRE XVm. lOT
La lettre qu'on vient de lire contient les seuls éelaircissements <iue noue ayons pu nous procurer sur les incidents de la première partie de notre histoire. L'opinion d'Hobbîe , comme peut-être cdia de la plupart de nos lecteurs , était que le reclus de Mucklestane-Moor avait un esprit qui n'était éclairé que d'une lumière douteuse que Ton pourrait comparer à celle du crépuscule , et qu'il n'avait pas des idées bien fixes de ce qu'il désirait, non plus que l'aptitude nécessaire pour parvenir à son but par les moyens les ptus courts et les plus directs ; en un mot, ch^cher à démêler le fil <fe sa ecmduîte , c'était , disait Hobbie , chercher une route «n droite ligne au milieu d'une plaine couverte de bruyères , où Ton aperçoit bien un grand nombre de sentiers qui se croisent en tous sens, mais pas un seul qui ^ prolcmge d'une manière dis^ tjncte.
Lorsque Isabelle eut lu cette litf tre , son premier soin fut de demander des nouvelles de son père. On lui dit qu*il avait quitté le chftteau de bonne heure , après avoir eu une longue entrevue svee M. Ratcliffe , et qu'il était d^à loin sur la route qui conduisait au port le plus voisin , où il pouvait espérer s'embarquer pour le continent.
<( Et où est sir Edouard Mauley ? » car personne n'avait vu le Kain depuis la seène extraordinaire de la soirée précédente.
« Ah , mon Dieu ! pourvu qu'il ne soit rien arrivé de mal au pauvre Elshie ! dit Hobbie ; j'aimerais mieux être ruiné encore une seconde fois. »
Il monta aussitôt à ^eval ei courut à la cabane du Solitaire ; la chèvre accourut à lui en bêlant , car Theure de la traite était passée depuis long-temps. Le Solitaire ne se trouva nulle part ; la porte de sa hutte était ouverte, contre l'ordinaire, le feu éteint, et tout était resté dans le même état où Isabelle l'avait vu lorsqu'elle était venue lui faire sa visite. Il était clair que les mêmes moyens de transport qui l'avaient amené à Ëlliesiaw avaient servi à le conduire du château dans une autre demeure. Hobbie s'en retourna tout consterné.
« J^ crains, monteur Ratcliffe, que nous n'ayons perdu Gunny Elshie.
-* Oui , il Test en effet , »> lui répondit^U en lui remettant nn papier ; « lisez , et vous verrez que vous n'avez rien perdu à le connaître. »
C'était un a<^ fort court , pœr lequel sir Edouard Mauley , au-
trement appelé Elshender le Reclus, donnait en toute propriété à Jlalbert, ou Hobbie Elliot, et à Grâce Armstrong une somme con^ sidérable, que ledit Eiliot lui avait empruntée.
La joie d'Hobbie fut mêlée de sentiments qui lui firent répandre d'abondantes larmes.
u C'est singulier, dit-il ; mais je ne puis me réjouir de posséder cette fortune , à moins que je ne sache si celui qui me la donne est heureux aussi.
— Après le sentiment de plaisir qui nait dans notre propre bonheur , dit Ratcliffe , le plus vif est celui que nous éprouvons en sachant que nous avons contribué à celui des autres. Si tous les bienfaits de mon maître eussent été répandus comme celui-ci, combien différemment il en aurait été récompensé ! mais la profusion inconsidérée qui voudrait assouvir l'avarice où fournir à la prodigalité, ne produit aucun bien et n'offre point en retour la reconnaissance. C'est semer le vent pour recueillir le tourbillon.
—Et ce serait une récolle bien légère , dit Hobbie. Mais avec la permission de ma jeune lady , je voudrais bien prendre les ruches d'abeilles d'Els.hie et les placer dans le petit parterre de Grâce, à Heugh-Foot ; elles ne seront jamais inquiétées par au* cun de nous. Et la pauvre chèvre, elle serait négligée dans un grand village comme celui-ci, tandis qu'elle pourrait paître à son aise dans nptre pré fleuri, le long du ruisseau ; les chiens la connaîtraient dans l'espace d'une journée, et ne lui feraient jamais de mal y et Grâce la trairait elle-même tous les matins pour l'amour d'Elshie , car , quoique bourru et mordant dans ses discours , il était attaché à ces pauvres bêtes. »
On accueillit volontiers les demandes d'Hobbie, non sans admirer la délicatesse du sentiment naturel qui lui indiquait ce moyen de prouver sa reconnaissance. Il fut enchanté lorsque Ratcliffe lui dit qu'il ne laisserait pas ignorer^à son bienfaiteur le soin qu'il voulait prendre de ses animaux favoris.
« Ayez bien soin de lui dire aussi, ajouta Hobbie, que ma grand'mère, mes sœurs, et surtout Grâce et moi, nous sommes tous bien portants et heureux, et que tout est son ouvrage; cela ne peut que lui faire plaisir, je pense.»
En effet, Eiliot, ainsi que sa famille à Heugh-Foot, continua long-temps à être aussi heureux et content qu'elle le méritait par son intacte probité, sa délicatesse et son courage.
Tous les obstacles qui auraient pu s'opposer au mariage